SCENE II
MmeDE L'AIGUILLE, M1Ie JEANNETON pleure en travaillant. Mme DE L'AIGUILLE.
Eh bien , qu'est-ce que tu as à pleurer? Tenez , voyez à dixsept aus , si on peut être comme cela .
MIIe JEANNETON.
Mais , ma chère mère , quand vous saurez à l'occasion de quoi je pleure , je crois que vous penserez comme moi.
Mme DE L'AIGUILLE.
Effectivement , je pleurerai aussi moi , ah oui , tu vas voir. Allons , allons, laisse-moi passera ma place, grande nigaude.
(Mademoiselle Jeanneton selève, sa nère passe, et elles s'asseyent toutes les deux.
Donne-moi un peu cette terrine , que j'épluche nos lèves.
MIle JEANNETON.
Tenez, la voilà.
Mme DE L'AIGUILLE.
Et le Sac aUX févCS? (Mademoiselle Jeanneton le lui donne, etclleépluchr
ses fèves.) Ah çà, finis de pleurnicher comme cela; car tout cela m'ennuie.
MIle JEANNETON.
Mais, ma chère mère, écoutez donc la raison de cela.
Mmc DE L'AIGUILLE.
Allons , voyons -7 qu'est-ce qu'elle va dire?
M1Ie JEANNETON.
Si vous vous fâchez....
Que je me fâche ou non , ce n'est pas ton affaire. Tais-toi et parle.
M1Ie JEANNETON.
Vous savez bien que vous m'avezaccordée en mariage à M. Discret.
Mrae DE L'AIGUILLE.
Oui, parce que c'est un honnête homme et qui me convient ; est-ce que tu n'en veux plus? en voici bien d'une autre.' Bon gré malgré tu l'épouseras , premièrement et d'un, voilà qui est fini, je n'écoute plus rien.
M1Ie JEANNETON.
Mais je ne dis pas que je ne l'aime plus.
Mme DE L'AIGUILLE.
Et qu'est-ce que tu dis donc? Il faut parler au lieu de pleurer.
Mlle JEANNETON.
Je dis que j'ai bien peur de ne pas être sa femme.
Mme DE L'AIGUILLE.
Et pourquoi cela?
Mlle JEANNETON.
Parce que.... (Elleplenre)
Mme DE L'AIGUILLE.
Eh bien?
35o l'écrivais
M1Ie JEANNETON.
Je n'oserais vous le dire.
Mme DE L'AIGUILLE.
Mais s'il faut que je le sache, je ne peux pas le deviner.
M1,e JEANNETON.
Dame , c'est qu'on nia dit qu'il était devenu amoureux d'une autre , et qu'il voulait me Taire une infidélité.
Mme DE L'AIGUILLE.
Ah , je ne crois pas celui-là -, il peut te faire toutes les infidélités qu'il voudra, mais il faudra bien qu'il t'épouse, je n'entendrai pas raillerie là-dessus , un honnête homme n'a que sa parole.
MUe JEANNETON.
Mais s'il est infidèle ?
Mme DE L'AIGUILLE.
A présent cela ne fait rien ; mais quand tu seras sa femme, je le ferai bien charrier droit. Est-ce que ton père ne voulait pas faire comme cela au bout d'un an de mariage? Ah pardi il ne s'y est pas frotté deux fois ; il te le dirait bien , s'il n'était pas mort , le pauvre défunt !
M1,e JEANNETON.
Oui , mais si M. Discret en aime une autre , il ne voudra plus de moi. Il n'a pas paru encore à sa place d'aujourd'hui.
Mme DE L'AIGU tLLE.
Oh, mais c'est lundi, il faut de la raison partout. Lai>se-le venir , je lui parlerai , moi , il faudra bien qu'il réponde.
Mlle JEANNETON.
Ah ! ma chère mère , ne lui dites rien encore. Il faut attendre et savoir si tout cela est bien vrai.
Mme DE L'AIGUILLE.
Voilà encore un joli sujet pour être amoureux d'une autre que de ma fille.
MIle JEANNETON.
Nous verrons comment il se conduira.
DES CHARNIERS. 35l
Mme DE L'AIGUILLE.
Je veux bien ne lui pas parler ; mais c'est que s'il me fait une fois monter la moutarde au nez....
Mlle JEANNETON.
Il ne faut pas vous emporter.
Mme DE LAIGUILLE.
Oh , je ne m'emporte pas ; va, va, laisse-moi faire , je sais comme il faut s y prendre avec les hommes, tu n'as qu'à faire comme moi. Ne lui disons rien ni Tune ni l'autre, il sera bien embarrassé.
M,le JEANNETON.
Cest très -bien dit. Mais voilà un monsieur qui cherche quelquechose; il regarde bien notre enseigne. (A part.) Jecrois que c'est le père de M. Dubois.