SCENE VIII
M™ DE L'AIGUILLE, Mlle JEANNETON ; NICOLAS ,une
lettre à la main, les regardant.
Mme DE L'AIGUILLE.
Qu'est-ce que celui-là cherche?
NICOLAS
Madame , ne pourriez-vous pas m'enseigner où demeure mademoiselle Jeannetou?
Mlle JEANNETON. C'est moi J qu'est-ce que c'est? (Elle prend la lettre, etlit l'adresse.)
Ah, ma chère mère, c'est l'écriture de M. Discret.
NICOLAS
Oui , c'est de sa part.
Mme DE L'AIGUILLE.
De sa part? (prenant la lettre.) Voyons un peu ce qu'il chante.
Mlle JEANNETON.
Je meurs de peur qu'on ne m'ait dit vrai.
Mme DE L'AIGUILLE.
Allons, tais-toi donc. (Elle lit la lettre.) Hum... hum... hum... hum... «Mon cœur saigne de tous les cotés... »
M1Ie JEANNETON.
Il lui est arrivé quelque malheur !
Mme DE L'AIGUILLE, lisant
Hum « quand je pense à madame votre mère, » hum —
hum.... hum hum.... «Et comme le piédestal de sa vertu
» a souvent fait des faux pas » Qu'est-ce que veut dire cet
animal-là? De qui parle-t-il?
Mlle JEANNETON.
De vous , ma chère mère.
Mme DE L'AIGUILLE.
Voyons le reste. (Elle lit.) « Je crains qu'il n'en arrive de » même de vous. »
Mlle JEANNETON.
Comment de moi?
Mme DE L'AIGUILLE , lisant.
« Si vous vouliez pourtant éprouver mon amour sans ma- )) riage, je ne demanderais pas mieux, dans ce cas-là, que » d être de tout mon cœur, » Mademoiselle,
» Votre très-humble et très-respectueux serviteur,
» Discret. »
Voilà un grand coquin , un grand gueux!
M1,e JEANNETON.
Mais , ma chère mère, peut-être que
Mme DE L'AIGUILLE , en colère.
JNon, tu n'as que faire de me parler de lui davantage.
NICOLAS
Madame , m'allez-vous donner la réponse?
Mme DE L'AIGUILLE, en colère.
Oui, oui, donne -moi mon aune, que j'étrille ce drôlelà...
NICOLAS
Mais il m'a dit que vous me payeriez.
Mme DE L'AIGUILLE encolère.
Eh bien , tu n'as qu'à venir.
NICOLAS
Je m'en vais lui dire que c'est comme cela que vous recevez sa lettre.
Mme DE L'AIGUILLE.
Ah, tu n'as qu'à lui dire quil n'approche pas d'ici de dix lieues.
NICOLAS
Je n'y manquerai pas.
564 l'écrivain