‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 161 sur 236 · M^ DE L' AIGUILLE, M»* JEANNETON · texte numérisé non relu

M^ DE L' AIGUILLE, M»* JEANNETON

Mme DE L'AIGUILLE, en colère.

Ma vertu a fait des faux pas ! ce ne sera pas avec lui, toujours j s'il revient ici , je lui arracherai les yeux.

Mlle JEANNETON.

Mais c'est peut-être un faux rapport qu'on lui aura fait.

Mme DE LAIGUILLE, en colère.

Quand cela serait vrai, je ne veux pas qu'on me le dise; enfin je te défends de penser à lui davantage.

M1Ie JEANNETON, pleurant.

Mais, ma chère mère, si je ne peux pas m'empècher de l'aimer?

Mmc DE L'AIGUILLE, en colère.

Quoi! tu aurais ce cœur-là, d'aimer un vilain coquin comme cela qui t'insulte, qui insulte ta mère ! Je te torderais plutôt le cou que de souffrir que tu l'aimes encore après cela.

MUe JEANNETON, pleurant.

Mais, ma chère mère, comment voulez -vous que je fasse ?

Mme de L'AIGUILLE , en colère.

Aimes-en un autre, n'importe lequel, cela m'est égal, pourvu que ce ne soit pas lui.

Mlle JEANNETON, pleurant.

Mais si je ne le peux pas.

Mme DE L'AIGUILLE, en colère.

Je te dis que je le veux : je suis ta mère, en un mot comme en cent.

M,le JEANNETON, pleurant.

Mais c'est que moi, je ne sais si vous voudriez....

Mme DE L'AIGUILLE.

Quoi? ne pleure plus , tais-toi et parle.

M1,e JEANNETON se mouche.

Vous savez bien , ma chère mère , ce bal où j'ai été dans la rue de la Mortellerie, avec ma cousine.

Mme DE L'AIGUILLE.

Oui, que tu m'as fait relever, après tavoir attendue toute la nuit pour Couvrir la porte ; ah , ne me parle pas de cela. Eh bien , qu'est-ce que tu veux dire?

Mlle JEANNETON.

C'est qu'il y avait un ami de ma cousine, avec qui j'ai beaucoup dansé -, je ne vois après M. Discret que lui....

Quoi , tu m'en parles encore ?

MIIe JEANNETON.

Ce n'est que pour vous dire qu'après lui, il n'y a que ce monsieur là que je puisse aimer j ma cousine m'a dit que c'était un bon parti , et que si elle n'était pas accordée avec un autre , elle aurait bien voulu de lui.

Mme DE L'AIGUILLE.

Et de quel métier est-il? Il faut savoir sa vocation.

Mlle JEANNETON.

Il n'a point de métier, il porte l'épée.

Mmc DE L'AIGUILLE.

Il porte l'épée : qu'est-ce qu'il est donc?

Mlie JEANNETON.

Il est commis aux barrières.

Mme DE L'AIGUILLE.

Et il se nomme ?

M1Ie JEANNETON.

M. Dubois.

Mme DE L'AIGUILLE.

Comment, M. Dubois ? Eli , mais s'il était le fils de M. de Lafleur , qni s'appelle aussi M. Dubois, cela serait trop heureux .

566 l'écrivain

M1Ie JEANNETON.

Qui, ce monsieur qui nous a acheté des chaussons ce matin ?

Mme DE L'AIGUILLE.

Oui, pourquoi pas? il s'était marié trois ans avant moi, et il doit avoir un fils assez grand à présent.

M1Ie JEANNETON.

Dame, écoutez donc, ce'a pourrait bien être; car il m'a dit que son père avait bien de la protection, qui) était débitant de tabac, et que pour lui il aurait bientôt un meilleur emploi.

Mme DE L'AIGUILLE.

Mais il faudrait savoir si tout cela est bien vrai, et s'il n'est pas amoureux dune autre; car ces chiens d hommes, il ne faut pas trop s'y lier, après ce qui nous arrive.

MIle JEANNETON.

Oh, je suis bien sûre qu'il est amoureux de moi; car il me Ta dit; mais je ne lui ai rien répondu, parce que je comptais épouser M. Discret, cet ingrat-là.

Mme DE L'AIGUILLE.

Quoi, tu y penses encore?

Mlle JEANNETON.

Ah, ma chère mère, c'est pour la dernière fois. Et tenez, le voilà M. Dubois.

Mme DE L'AIGUILLE.

Où cela? celui qui vient de ce côté-ci?

M'le JEANNETON.

Oui, justement, le voilà qui me salue. Il vient à nous.

Eh bien, laisse-le approcher.

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