‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 204 sur 236 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

M. DE GRANTIER, M™ DE VILLEMARE, M. DUPONT, DELISLE.

DELISLE

Madame de Villemare.

Mme DE VILLEMARE .

Ab , mon frère , je suis charmée de vous voir.

M. DE GRANTIER.

Moi, je suis bien aise de voir que vous vous portez bien à présent.

Mme DE VILLEMARE.

Ali , ne parlez pas de cela , je suis dans un état affreux depuis huit jours ; j'arrive de la campague pour voir ce que je ferai à mes nerfs.

M. DE GRANTIER.

Comment, est-ce que la campagne ne vous a pas fait de bien?

Mme DE VILLEMARE.

Non, vraiment, au contraire.

M. DE GRANTIER.

C'est que vous vous êtes toujours couchée au jour, je le parierais.

Mme DE VILLEMARE.

Eh bien oui ; mais je ne peux pas faire autrement : ne parlons plus de cela.

M. DE GRANTIER.

Je n'eu parlerai pas si vous voulez ; mais si vous vous couchiez comme moi à minuit , vous verriez que vous vous porteriez à merveille. Je le disais encore hier à votre mari,

Mmc DE VILLEMARE.

Si vous m'aimiez, voila ce que vous ne lui diriez pas.

M. DE GRANTIER.

Mais je vous demande pardon : c'est parce que je vous aime.

Mme DE VILLEMARE.

Nous allons le voir -, car je viens vous demander de me faire un plaisir.

M. DE GRANTIER.

Qu'est-ce que c'est?

Mme DE VILLEMARE.

Vous connaissez la marquise de Courcière?

M. DE GRANTIER.

Oui.

Mme DE VILLEMARE.

Vous savez comme nous nous aimons?

M. DE GRANTIER.

Oui, comme les femmes s'aiment.

Mme DE VILLEMARE.

Vous ne le croyez pas, cependant rien n'est plus vrai; je

Ta ime beaucoup moi. Il y a un homme pour qui elle s'intéresse vivement, je me suis chargée de vous demander pour lui un entrepôt de tabac qui est vacant et que vous...

M. DE GRANTIER.

Il est donné.

Mme DE VILLEMARE.

Mais il y a un grenier à sel.

Tout cela est donné.

Mme DE VILLEMARE.

Mais son père doit vous écrire aussi.

M. DE GRANTIER.

Le père de la Marquise?

Mrae DE VILLEMARE.

Oui, vous ne pouvez pas le refuser.

M. DE GRANTIER.

Pourquoi cela? Il n'est plus en place.

Mme DE VILLEMARE.

Ah, mon frère! — un homme comme lui!

M. DE GRANTIER.

Mais, madame, je ne peux pas faire l'impossible.

Mme DE VILLEMARE.

Ma mère vous en parlera, je vous en avertis.

M. DE GRANTIER.

Ma mère me tourmente toujours; tenez, M. Dupont peut vous dire qu'il y a deux de ses protégés à qui je sauve aujourd'hui les galères.

Mme DE VILLEMARE.

Bon, voilà une belle misère! mon frère, si vous pouviez, vous me feriez plaisir; d'ailleurs vous connaissez celui pour qui nous demandons.

Qui est-ce?

Mme DE VILLEMARE.

M. Demcrin.

M. DE GRANTIER.

Demerin?

Mme DE VILLEMARE.

Oui, il est là dans votre antichambre.

M. DE GRANTIER.

Eh bien, j'arrangerai cela avec Ini.

Mme DE VILLEMARE.

Je vous en aurai la plus grande obligation.

M. DE GRANTIER.

Ne vous inquiétez pas.

Mme DE VILLEMARE.

C'est charmant à vous. Je meu vais en ce cas -la.

M. DE GRANTIER.

Pourquoi ne dînez-vous pas ici?

Mme DE VILLEMARE.

Est-ce que je dîne?

M. DE GRANTIER.

Vous avez tort.

Mme DE VILLEMARE.

Oui, avec mon estomac. Ah ça, adieu, mon frère. Embrassez-moi donc. (Elle l'embrasse.) Quand est-ce que je vous verrai ?

M. DE GRANTIER.

Ce soir ou demain, (il la reconduit.) Monsieur Demerin, entrez un peu ici.

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