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une expression dont le sens moral pique l'esprit et la curiosilé.
Les proverbes sont les richesses el la sagesse des nations. Celle vérité est démontrée par l'expérience. Toutes les nations semblent , en effet , rivaliser de zèle pour les adopter^ et en enrichir le vocabulaire de leur langue. Ce n'est pas tout : elles sont plagiaires les unes des autres, et le même sens moral se revct des coloris variés, des images et des pensées particulières à chacune de ces nations. Les unes se distinguent par l'originalité, la naïveté, et le naturel de l'expression, telles que les Français, les Italiens et les Espagnols; les autres, par la recherche et la complicaliondes iiées, telles que les Chinois, les Japonais , et presqjje tous les peuples de l'Orient, à qui l'hyperbole est familière.
Ainsi tout le monde saisira la justesse et la série des idées de ce proverbe oriental : avec du temps et de la patience, la feuille de inûner devient de la soie. Celte brillante métaphore est sans doute le fruit de la réflexion , mais les nations qui joignent la vivacité de l'esprit à la fécondité de l'imagination , saisissent plutôt les rapports des choses qui se présentent sous un sens simple, que sous un sens comp'jsé. Cardan, en son Ihrede Sapientia, a fort bien observé que la sagesse et la prudence d'une nation, sont contenues dans ses proverbes; j'ajoute qu'on trouvera toujours son esprit dans ses adages.
Les proverbes rcnrcrmant donc tant de vérités morales, il n'est pas extraordinaire qu'ils aient servi de canevas à nos anciens auleurs; ils ont saisi le sens figuré du proverbe, ils ont créé une action, l'ont étendue, et ont imaginé , pour concourir à celte action , des personnages
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auxquels ils ont donné le caraclère distinctif et Topposition convenable au sujet. Le goût ne s'est épuré qu'insensiblement , l'art était encore dans le chaos. 11 suffît de jeter un coup-d'œil sur la naissance de l'art dramatique en France , pour se convaincre que ses premiers essais ont été des espèces de proverbes. Ce fut en i4o2, que la comédie reçut sa première ébauche. Elle n'eut d'abord rien que de saini dans son objet , son but était d'édifier. Il s'établit une confrérie de la passion dans l'église de la Trinité, à Paris. Les confrères . suivant l'exemple des Espagnols et des Italiens qui faisaient de ces jeux l'ornement et la solennité de leurs jours saints, représentaient, en certaines fêtes, et dans des lieux particuliers, les mystères de la Passion. On se fait aisément une idée de ces espèces de jeux scéniques qui ne brillaient pas par la sévérité des règles , lesquelles ont depuis fondé la scène française. Mais les abus , qui sous le simulacre de la religion se glissèrent insensiblement dans ces drames, pouvant concourir h diminuer le respect du aux choses saintes, forcèrent le gouvernement à supprimer ces représentations ridicules, condamnées déjà parles docteurs de l'Église , et par les autorités les plus respectables en matière de religion. Alors les mystères firent place à des œuvres dramatiques plus régulières, qui avaient pour but de tourner en ridicule les défauts de l'espèce humaine. La scène s'aggrandit : l'avare, l'ambitieux , l'inlrigant, le glorieux, le vindicatif, le faux dévot, y virent des copies fidèles des vices qui les caractérisaient ; jusqu'à ce qu'enfin le génie vint marquer du sceau de la perfection les œuvres de Molière, de Racine et de Corneille, et tracer le nec plus ultra»
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Antérieurement même à cette époque, les vérités morales exprimées en peu de mots et sous la forme proverbiale, durent être le sujet des chansons des premiers trouvères ou troubadours qui s'appliquaient à rendre dans le langage de ]â gaie science ou de la poésie , le sens développé de ces vérités. En accompagnant leurs tensons et sirventes des sons touchants de leurs voix ou des accords harmonieux de la lyre, ils durent nationaliser les proverbes, ceux surtout qui avaient le plus de rapport aux mystères de l'amour, dont ils étaientles chantres privilégiés.
Le génie particulier de cha(|ue nation a imprimé à ses proverbes un caractère puisé dans celui de son temperament, de ses mœurs, de ses habitudes. Ainsi le proverbe , dans la bouche de l'Espagnol sententieux , grave et taciturne , a dû se faire remarquer par la porape et le faste de son expression, par ce ton de morgue qui tient à la fierté nationale, et par cette gravité dont se ressentent toutes ses actions. L'Italien, dont le geste est aussi prompt que la pensée , a dû saisir la première idée familière qui se présentait à la vivacité de son inlellii^ence. Le Français, dont la justesse d'esprit s'accorde avec la régularité du langage , voit, du premier coup-d'œil , le rapport des choses et le rend aussi facilement que l'activité de son intelligence s'en est emparée. L'Anglais, peuple penseur, met dans l'expression de ses proverbes , toute la profondeur de ses méditations. L'Allemand , dont le cerveau est lent mais réfléchi^ répand, dans ses proverbes, cette profusion puisée dans les minutieux détails de la vie qui s'offrent à son expérience; et si l'on en croit les voyageurs, les discours des peuples de l'Amérique ne sont que les paraphrases rendues en imagesvivesetqui peignent ad-
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mirablement le fonds de leurs pensées, des proverbes que la perfection du langage a amenés à une concision qui en fait tout le mérite. Ainsi l'on peut regarder le proverbe comme une vérité morale réduite à sa plus simple expression, ou bien adopter la définition deRivarol. «Les proverbes sont les fruits de l'expérience de tous les peuples , et comme le bon sens de tous les siècles réduit en formule. » Un proverbe exprimé en deux ou trois mots^, remplit la condition de son essence, clarté et précision qui sont les qualités distinctives du genre. L'expression resserrée dans le cercle le pins étroit, donne aux fibres du cerveau une commotion qui ouvre la mémoire , et la pensée s'y loge d'une manière imperturbable. Mais c'est surtout la justesse de son application qui en fait tout le prix, c'est un prisme de lumière dont les reflets se répercutent sur tout le discours , c'est une saillie qui étonne l'âme et imprime à la conversation ce charme qu'accompagnent l'hilarité et la satisfaction générale. Sous ce rapport^, notre langue n'a rien h envier à celle des autres nations. La précision de ses proverbes est le meilleur argument qui parle en sa faveur. On en jugera par les proverbes suivants : Paix et peu, — Peu et bon. — Tout ou rien. — A bon chat , bon rat. — A bon payeur , bon marché. — Qui doit, a tort; qui a compagnon, a maître. — Qui femme a, noise a. — Mieux vaut régie , que rente. — Mal soupe s qui tout dîne. — Enfants et sots , sont devins. Peuton rendre plus de pensées en moins de mots. Que Rome nous vante la concision de ses sentences ; Athènes, la saveur et le piquant de son sel attique; et Lacédémone , le laconisme de ses apophthegmes, nous somn^es assez riches de notre propre fonds.