‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 3)Chapitre 123 sur 206 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

Mrae DE GERCOURT, HENRIETTE, IKAEL.

M™e DE GERCOURT , dédaigneusement.

Qu'est-ce que c'est que cetliomme-lk, mademoiselle?

HENRIETTE

C'est monsieur Ikacl , madame.

j^jme £)E GERCOURT.

Ah , oui , c'est vrai. Qu'est-ce qu'il veut? (Elle s'assied.)

LE DIAMAKT. 2 07

IKAEL.

Matame^ je marche ici pour fous faire un service fort peau.

HENRIETTE

Tenez , madame , c'est un diamant admirable , voyez !

M™e DE GERCOURT,

Un diamant? Non, je ne veux pas le voir.

IKAEL.

Mais , matame , le vue il ne coûte rien ^ regarte un peu seulement, comme il prlUe. (il donne la bague.) Mme DE GERCOURT.

Il n'est pas vilain. (Elle le regarde avec attention.) Mademoiselle, mon diamant du milieu n est-il pas plus beau que cela?

HENRIETTE

Non , vraiment.

M™e DE GERCOURT.

Mais vous avez raison^ il jette beaucoup de feu.

C'est ce que j'ai vu de mieux dans ce genre-là , et il n'est pas cher.

IKAEL .

Non, il est pour un morceau te pain.

M™e DE GERCOURT.

Mais c'est que j'en raffole ! Réellement cela ferait un effet ! . . . Je ne le garderais pas en bague.

HENRIETTE

Dites donc à madame.

IKAEL.

S'il faut parler en conscience, je tis à l'heure même. Il faut touze mille francs -, on n'aurait pas un pareil pour s te prjx , je jure.

M™^ DE GERCOURT

Douze mille francs ! C'est beaucoup d'argent. Je ne veux

plus le voir. ( Elle le regarde toujours.)

HENRIETTE

Mais dites donc à madame le dernier mot, monsieur Ikaël.

M™e DE GERCOURT.

Non, je n'en veux plus entendre parler.

IKAEL.

Matame , je tis encore un parole : il faut touze mille francs , comme j'ai tit ; mais je tonne à matame pour six mille , parce que c'est un personne tout l'affaire il est embarrassée , c'est un lame qui a clioué et a pesoin t'arclient.

Mme DE GERCOURT.

Six mille francs. Combien cela fait-il de louis?

IKAEL.

Justement teux cent cinquante, comme cela il est vrai.

Mme DE GERCOURT.

Deux ceut cinquante louis? Mademoiselle, cela n'est pas cher, n'est-ce pas?

HENRIETTE

Non , vraiment 3 et vous trouveriez bien à vous en défaire à ce prix-là.

M™e DE GERCOURT.

Il me fait un plaisir!... que je ne puis pas dire.

IKAEL. .

Oui , il est fort plaisantement acréable ; matajne il a raison.

HENRIETTE

Eh bien, madame, il faut l'acheter.

jyjme DE GERCOURT.

Mais , je n'ai pas d'argent, et je n'ai rien à vendre.

IKAEL.

Si vous n'avez point t'archent , tonne-moi autre chose j je prends sur la pon prix.

M™e DE GERCOURT.

Que je suis malheureuse l

Mais si monsieur voulait. . .

M^^ DE GERCOURT

Mon mari! Oui, c'est bien à lui qu'il faut s'adresser! Allons, reprends ton diamant, je ne veux plus le voir, (eu rend

la bague.)

IKAEL.

Mais il a grand tort , il trouvera jamais un pareil , malame.

M'^e DE GERCOURT.

Allons , va-t'en ^ cela me donne une humeur épouvantable!

HENRIETTE

Monsieur Ikaël , attendez un moment.

IKAEL.

Je reste toujours , encore.

HENRIETTE

Madame, il me vient une idée. M. le comte de Tourmonl vous prêterait bien six mille francs peut-être?

jVjme DE GERCOURT , souriant,

Lui?

' HENRIETTE

Pourquoi pas? Vous les lui rendrez quand vous voudrez.

M^e DE GERCOURT.

Il est vrai que le comte... Henriette, tu as bien de Tesprit; au moins.

Madame , c'est mon zèle pour vous qui me fait imaginer cela. Ce marché est unique , et je ne voudrais pas vous le voir manquer.

M™6 DE GERCOURT , nonclialamment.

Mais , c'est que le comte... Crois-tu qu'il le veuille?

HENRIETTE

Sûrement : il n'y a pas assez long- temps qu'il vous connaît pour qu'il ne saisisse pas cette occasion de vous faire plaisir, puis madame lui fera vouloir.

M^e DE GERCOURT.

Je lui ferai vouloir? Mais c'est que je ne l'aime pas trop.

HENRIETTE

Qu est-ce que cela fait? Vous n'en aimez pas d'autre mieux que lui à présent.

IM"»e DE GERCOURT.

Non... Écoute. Tu as raison j il va sûrement arriver, et je lui ferai une querelle.. .

210 LE DIAMAISÏ.

HENRIETTE

J'entends , et le raccommodement se fera par la bague.

IM™« DE GERCOURT

Non, je ne veux pas qu iline la donne.

HENRIETTE

Sans doute 3 mais il tous prêtera l'argent qu il faut pour Taclieter.

M^^ DE GERCOURT

C'est cela même,

HENRIETTE

AU, j'entends un carrosse! (Elle va voiràiafenêue.) C'est lui qui arrive. Je vais fa'tfe cacher le Juif dans l'anti-chambre , et je reviendrai. Vous me direz quand il faudra le faire entrer.

M^e DE GERCOURT.

Oui, c'est fort bien. *

(Henriette emmène le Juif.)

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