SCENE IL
Mrae DE GERCOURT, HENRIETTE, IKAEL.
M™e DE GERCOURT , dédaigneusement.
Qu'est-ce que c'est que cetliomme-lk, mademoiselle?
HENRIETTE
C'est monsieur Ikacl , madame.
j^jme £)E GERCOURT.
Ah , oui , c'est vrai. Qu'est-ce qu'il veut? (Elle s'assied.)
LE DIAMAKT. 2 07
IKAEL.
Matame^ je marche ici pour fous faire un service fort peau.
HENRIETTE
Tenez , madame , c'est un diamant admirable , voyez !
M™e DE GERCOURT,
Un diamant? Non, je ne veux pas le voir.
IKAEL.
Mais , matame , le vue il ne coûte rien ^ regarte un peu seulement, comme il prlUe. (il donne la bague.) Mme DE GERCOURT.
Il n'est pas vilain. (Elle le regarde avec attention.) Mademoiselle, mon diamant du milieu n est-il pas plus beau que cela?
HENRIETTE
Non , vraiment.
M™e DE GERCOURT.
Mais vous avez raison^ il jette beaucoup de feu.
C'est ce que j'ai vu de mieux dans ce genre-là , et il n'est pas cher.
IKAEL .
Non, il est pour un morceau te pain.
M™e DE GERCOURT.
Mais c'est que j'en raffole ! Réellement cela ferait un effet ! . . . Je ne le garderais pas en bague.
HENRIETTE
Dites donc à madame.
IKAEL.
S'il faut parler en conscience, je tis à l'heure même. Il faut touze mille francs -, on n'aurait pas un pareil pour s te prjx , je jure.
M™^ DE GERCOURT
Douze mille francs ! C'est beaucoup d'argent. Je ne veux
plus le voir. ( Elle le regarde toujours.)
HENRIETTE
Mais dites donc à madame le dernier mot, monsieur Ikaël.
M™e DE GERCOURT.
Non, je n'en veux plus entendre parler.
IKAEL.
Matame , je tis encore un parole : il faut touze mille francs , comme j'ai tit ; mais je tonne à matame pour six mille , parce que c'est un personne tout l'affaire il est embarrassée , c'est un lame qui a clioué et a pesoin t'arclient.
Mme DE GERCOURT.
Six mille francs. Combien cela fait-il de louis?
IKAEL.
Justement teux cent cinquante, comme cela il est vrai.
Mme DE GERCOURT.
Deux ceut cinquante louis? Mademoiselle, cela n'est pas cher, n'est-ce pas?
HENRIETTE
Non , vraiment 3 et vous trouveriez bien à vous en défaire à ce prix-là.
M™e DE GERCOURT.
Il me fait un plaisir!... que je ne puis pas dire.
IKAEL. .
Oui , il est fort plaisantement acréable ; matajne il a raison.
HENRIETTE
Eh bien, madame, il faut l'acheter.
jyjme DE GERCOURT.
Mais , je n'ai pas d'argent, et je n'ai rien à vendre.
IKAEL.
Si vous n'avez point t'archent , tonne-moi autre chose j je prends sur la pon prix.
M™e DE GERCOURT.
Que je suis malheureuse l
Mais si monsieur voulait. . .
M^^ DE GERCOURT
Mon mari! Oui, c'est bien à lui qu'il faut s'adresser! Allons, reprends ton diamant, je ne veux plus le voir, (eu rend
la bague.)
IKAEL.
Mais il a grand tort , il trouvera jamais un pareil , malame.
M'^e DE GERCOURT.
Allons , va-t'en ^ cela me donne une humeur épouvantable!
HENRIETTE
Monsieur Ikaël , attendez un moment.
IKAEL.
Je reste toujours , encore.
HENRIETTE
Madame, il me vient une idée. M. le comte de Tourmonl vous prêterait bien six mille francs peut-être?
jVjme DE GERCOURT , souriant,
Lui?
' HENRIETTE
Pourquoi pas? Vous les lui rendrez quand vous voudrez.
M^e DE GERCOURT.
Il est vrai que le comte... Henriette, tu as bien de Tesprit; au moins.
Madame , c'est mon zèle pour vous qui me fait imaginer cela. Ce marché est unique , et je ne voudrais pas vous le voir manquer.
M™6 DE GERCOURT , nonclialamment.
Mais , c'est que le comte... Crois-tu qu'il le veuille?
HENRIETTE
Sûrement : il n'y a pas assez long- temps qu'il vous connaît pour qu'il ne saisisse pas cette occasion de vous faire plaisir, puis madame lui fera vouloir.
M^e DE GERCOURT.
Je lui ferai vouloir? Mais c'est que je ne l'aime pas trop.
HENRIETTE
Qu est-ce que cela fait? Vous n'en aimez pas d'autre mieux que lui à présent.
IM"»e DE GERCOURT.
Non... Écoute. Tu as raison j il va sûrement arriver, et je lui ferai une querelle.. .
210 LE DIAMAISÏ.
HENRIETTE
J'entends , et le raccommodement se fera par la bague.
IM™« DE GERCOURT
Non, je ne veux pas qu iline la donne.
HENRIETTE
Sans doute 3 mais il tous prêtera l'argent qu il faut pour Taclieter.
M^^ DE GERCOURT
C'est cela même,
HENRIETTE
AU, j'entends un carrosse! (Elle va voiràiafenêue.) C'est lui qui arrive. Je vais fa'tfe cacher le Juif dans l'anti-chambre , et je reviendrai. Vous me direz quand il faudra le faire entrer.
M^e DE GERCOURT.
Oui, c'est fort bien. *
(Henriette emmène le Juif.)