‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 3)Chapitre 131 sur 206 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

M. DE GERCOURT écrivant, MADAME DE GERCOURT.

jVime DE GERCOURT.

Et par quel hasard , monsieur, êtes-vous établi ici ?

M. DE GERCOURT, écrivant.

Je suis venu vous y chercher ^ j'y suis resté.

M'"e DE GERCOURT, s'asseyant.

C'est bien honnête à vous. Je me plaignais tantôt de ce que je ne vous vois jamais que des instants.

M. DE GERCOURT

Comment donc , ceci est nouveau !

M»'® DE GERCOURT

Mais point du tout. Il semble , à vous entendre, que je ne vous aime pas j vous savez bien le contraire.

M. DE GERCOURT, écrivant.

Moi! point du tout.

M™e DE GERCOURT.

Oh, laissez donc là vos écritures.

M. DE GERCOURT, écrivain.

Si vous voulez, je m'en irai chez moi.

M™e DE GERCOURT.

C'est bien répondre à tout ce que je vous dis de tendre I

M. DE GERCOURT, écrivant.

De tendre ! Sûrement ce que je fais vaut mieux que de la tendresse pour vous. Je suis occupé à recueillir, quand vous ne faites que songer à répandre , à dépenser.

M^^e DE GERCOURT.

L'un est plus lionnête que Taulre. Répoucîez-moi donc. N'avez-vous vu personne depuis que vous êtes rentré?

M. DE GERCOURT, écrivant.

Non. Ah î j'ai vu mon frère. Il marie sa fille ^ il est enchanté !

M™« DE GERCOURT

Je le crois.

M. DE GERCOURT^ écrivant.

Au marquis de Fervillc.

M™^ DE GERCOURT

Au marquis de Fervllle! C'est hien fait à eux! C'est ma helle-sœiir qui aura fait ce mariage-là^ car c'est la plus ridicule créature avec sa vanité...

M. DE GERCOURT, écrivant.

Je me suis chargé de vous le dire.

M™« DE GERCOURT

A la bonne heure , comme ils voudront. Mais vous avez vu quelqu'un encore?

M. DE GERCOURT, ccrivanf.

Je vous dis que non.

M™e DE GERCOURT.

Pour cela, vous dites que vous venez me chercher, et vous êtes bien peu occupé de moi : comment voulez-vous qu on cause avec vous pendant que vous écrivez? Dites-moi donc , on m'a dit que vous aviez vu quelqu'un encore?

M. DE GERCOURT

Ah .' un Juif.

M™e DE GERCOURT.

Un Juif? Quoi, vous auriez acheté quelque chose pour moi? Je vous reconnais bien là ; il y a long-temps que vous ne m'aviez rien donné , et vous vous en êtes souvenu : qu'estce que c'est?

M. DE GERCOURT

J'avais acheté un diamant.

M™e DE GERCOURT.

Pour moi?

2 3o LE DIAMA^^T.

M. DE GERCOURT

Oui.

jVime j)E GERCOURT.

Laissez donc cela... Eh bien, où est-il? Donnez-le moi. Il est sûrement beau 7

M. DE GERCOURT

Oui , il est fort beau.

]VXme £,E GERCOURT.

Voyons-le donc.

M. DE GERCOURT

Écoutez-moi.

M™e CE GERCOURT.

Mais , que voulez-vous dire? Voyons le diamant.

M. DE GERCOURT

Laissez -moi vous expliquer ceci.

jVime j)E GERCOURT.

Mais, quelle explication faut-il? Donnez-le moi.

M. DE GERCOURT

Attendez; c'est un marché admirable que jai fait. Mon frère Ta estimé dix mille francs.

M^^ DE GERCOURT

Il doit être beau.

M. DE GERCOURT

Oui, vraiment, il est beau, et je ne lai acheté que cent louis.

M^^ DE GERCOURT

Voyons-le donc.

Voici bien le meilleur : mon frère Va trouvé charmant , il en a eu envie.

M™<^ DE GERCOURT

Vous ne le lui avez pas donn('> ?

M. DE GERCOURT

Je n ai pas été si sot.

I^ime DE GERCOURT.

Vous avez bien su tout le plaisir que vous me feriez.

M. DE GERCOURT

Écoutez jusqu'au bout ; il voulait que je le lui cédasse pour cent louis. •

M'"^ DE GERCOURT

Mais point du tout.

M. DE GERCOURT

Sans doute : voici ce que j'ai fait. J'ai dit : Puisqu'il marie sa fille , je serai obligé de lui faire un présent.

jVjme DE GERCOURT.

Eli bien?

M. DE GERCOURT

Je lui ai dit : Vous trouvez qu'il vaut dix mille francs -, en vous le cédant pour cent louis...

M^ne DE GERCOURT , intriguée.

Comment?

Voyez mon calcul j c'est comme si je donnais à ma nièce sept mille six cents livres.

M^e DE GERCOURT.

Eh bien , vous le lui avez donné ?

M. DE GERCOURT

Oui -y mais il me rendra mes cent louis. Voilà ce qu'on appelle saisir l'occasion.

M™e DE GERCOURT.

Allez, vous êtes odieuxj c'est une vilenie abominable!

M, DE GERCOURT

Voilà bien comme sont les femmesj elles n'entendent rien aux affaires.

M^e DE GERCOURT.

Mais, si c'est un bon marché, pourquoi n'en aurais-je pas profilé?

M. DE GERCOURT

Mais songez donc que c'est sept mille six cents iiyres que je donne, sans qu'il m'en coûte un sou.

232 LE DIAMAIS'T.

M™e DE GERCOURT,

Je songe que vous ne savez rien faire qui puisse me faire plaisir. Non ^ monsieur, jamais, j'étais bien sotte de l'imaginer.

M. DE GERCOURT

Mais...

01"!^ DE GERCOURT

Non, je ne veux rien entendre.

M. DE GERCOURT

On ne peut donc jamais avoir d'agrément dans sa maison, en clierchant même à faire de son mieux. J'étais revenu ici pour souper avec vous, et je m'en vais.

M™e DE GERCOURT.

Allez, allez, monsieur, chercher à gagner sur un Juif; V oilà comme sont ces messieurs les marisj et ils veulent qu on les aime après cela!

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