SCENE X
M. DE GERCOURT écrivant, MADAME DE GERCOURT.
jVime DE GERCOURT.
Et par quel hasard , monsieur, êtes-vous établi ici ?
M. DE GERCOURT, écrivant.
Je suis venu vous y chercher ^ j'y suis resté.
M'"e DE GERCOURT, s'asseyant.
C'est bien honnête à vous. Je me plaignais tantôt de ce que je ne vous vois jamais que des instants.
M. DE GERCOURT
Comment donc , ceci est nouveau !
M»'® DE GERCOURT
Mais point du tout. Il semble , à vous entendre, que je ne vous aime pas j vous savez bien le contraire.
M. DE GERCOURT, écrivant.
Moi! point du tout.
M™e DE GERCOURT.
Oh, laissez donc là vos écritures.
M. DE GERCOURT, écrivain.
Si vous voulez, je m'en irai chez moi.
M™e DE GERCOURT.
C'est bien répondre à tout ce que je vous dis de tendre I
M. DE GERCOURT, écrivant.
De tendre ! Sûrement ce que je fais vaut mieux que de la tendresse pour vous. Je suis occupé à recueillir, quand vous ne faites que songer à répandre , à dépenser.
M^^e DE GERCOURT.
L'un est plus lionnête que Taulre. Répoucîez-moi donc. N'avez-vous vu personne depuis que vous êtes rentré?
M. DE GERCOURT, écrivant.
Non. Ah î j'ai vu mon frère. Il marie sa fille ^ il est enchanté !
M™« DE GERCOURT
Je le crois.
M. DE GERCOURT^ écrivant.
Au marquis de Fervillc.
M™^ DE GERCOURT
Au marquis de Fervllle! C'est hien fait à eux! C'est ma helle-sœiir qui aura fait ce mariage-là^ car c'est la plus ridicule créature avec sa vanité...
M. DE GERCOURT, écrivant.
Je me suis chargé de vous le dire.
M™« DE GERCOURT
A la bonne heure , comme ils voudront. Mais vous avez vu quelqu'un encore?
M. DE GERCOURT, ccrivanf.
Je vous dis que non.
M™e DE GERCOURT.
Pour cela, vous dites que vous venez me chercher, et vous êtes bien peu occupé de moi : comment voulez-vous qu on cause avec vous pendant que vous écrivez? Dites-moi donc , on m'a dit que vous aviez vu quelqu'un encore?
M. DE GERCOURT
Ah .' un Juif.
M™e DE GERCOURT.
Un Juif? Quoi, vous auriez acheté quelque chose pour moi? Je vous reconnais bien là ; il y a long-temps que vous ne m'aviez rien donné , et vous vous en êtes souvenu : qu'estce que c'est?
M. DE GERCOURT
J'avais acheté un diamant.
M™e DE GERCOURT.
Pour moi?
2 3o LE DIAMA^^T.
M. DE GERCOURT
Oui.
jVime j)E GERCOURT.
Laissez donc cela... Eh bien, où est-il? Donnez-le moi. Il est sûrement beau 7
M. DE GERCOURT
Oui , il est fort beau.
]VXme £,E GERCOURT.
Voyons-le donc.
M. DE GERCOURT
Écoutez-moi.
M™e CE GERCOURT.
Mais , que voulez-vous dire? Voyons le diamant.
M. DE GERCOURT
Laissez -moi vous expliquer ceci.
jVime j)E GERCOURT.
Mais, quelle explication faut-il? Donnez-le moi.
M. DE GERCOURT
Attendez; c'est un marché admirable que jai fait. Mon frère Ta estimé dix mille francs.
M^^ DE GERCOURT
Il doit être beau.
M. DE GERCOURT
Oui, vraiment, il est beau, et je ne lai acheté que cent louis.
M^^ DE GERCOURT
Voyons-le donc.
Voici bien le meilleur : mon frère Va trouvé charmant , il en a eu envie.
M™<^ DE GERCOURT
Vous ne le lui avez pas donn('> ?
M. DE GERCOURT
Je n ai pas été si sot.
I^ime DE GERCOURT.
Vous avez bien su tout le plaisir que vous me feriez.
M. DE GERCOURT
Écoutez jusqu'au bout ; il voulait que je le lui cédasse pour cent louis. •
M'"^ DE GERCOURT
Mais point du tout.
M. DE GERCOURT
Sans doute : voici ce que j'ai fait. J'ai dit : Puisqu'il marie sa fille , je serai obligé de lui faire un présent.
jVjme DE GERCOURT.
Eli bien?
M. DE GERCOURT
Je lui ai dit : Vous trouvez qu'il vaut dix mille francs -, en vous le cédant pour cent louis...
M^ne DE GERCOURT , intriguée.
Comment?
Voyez mon calcul j c'est comme si je donnais à ma nièce sept mille six cents livres.
M^e DE GERCOURT.
Eh bien , vous le lui avez donné ?
M. DE GERCOURT
Oui -y mais il me rendra mes cent louis. Voilà ce qu'on appelle saisir l'occasion.
M™e DE GERCOURT.
Allez, vous êtes odieuxj c'est une vilenie abominable!
M, DE GERCOURT
Voilà bien comme sont les femmesj elles n'entendent rien aux affaires.
M^e DE GERCOURT.
Mais, si c'est un bon marché, pourquoi n'en aurais-je pas profilé?
M. DE GERCOURT
Mais songez donc que c'est sept mille six cents iiyres que je donne, sans qu'il m'en coûte un sou.
232 LE DIAMAIS'T.
M™e DE GERCOURT,
Je songe que vous ne savez rien faire qui puisse me faire plaisir. Non ^ monsieur, jamais, j'étais bien sotte de l'imaginer.
M. DE GERCOURT
Mais...
01"!^ DE GERCOURT
Non, je ne veux rien entendre.
M. DE GERCOURT
On ne peut donc jamais avoir d'agrément dans sa maison, en clierchant même à faire de son mieux. J'étais revenu ici pour souper avec vous, et je m'en vais.
M™e DE GERCOURT.
Allez, allez, monsieur, chercher à gagner sur un Juif; V oilà comme sont ces messieurs les marisj et ils veulent qu on les aime après cela!