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mouvants, représentanl les scènes variées de la vie, et des paysages tracés sur du papier très -fin et posés sur châssis, et procurait ainsi aux admirateurs de ses talents dramatiques, des sujets échappés à la facilité de son pinceau ou de son crayon; il déroulait aux yeux des spectateurs une série de tableaux remarquables par leur développement, qui avait quelquefois jusqu'à cent et cent soixante pieds de long; il en trouvait plus souvent le sujet dans ses proverbes mêmes, ce qui devait ajouter à leur célébrité. Voici ce que dit le baron de Grimm sur le talent de Carmonlelle pour le dessin :
« Il faut remarquer les révolutions favorables aux arts, comme celles qui contribuent à leur corruption et à leur perte; la bizarrerie dans les ornements, dans les décorations, dans les dessins et les formes de bijoux, était arrivée à son comble en France, il fallait en chan2:er à chaque instant, parce que ce qui n'est point raisonné, ne peut plaire que par la nouveauté. Depuis quelques années, on a recherché les ornements et les formes antiques; le goût y a gagné considérablement, et la mode en est devenue si générale, que tout se fait aujourd'hui à la grecque. La décoration extérieure et intérieure des bâtiments, les meubles, les étoffes, les bijoux de toute espèce, tout est à Paris à la grecque. Ce goût a passé de l'architecture dans les boutiques de nos marchandes de modes : nos dames sont coiffées à la grecque, nos petits-maîtres se croiraient déshonorés de porter une boîte qui ne fût pas à la grecque. Cet excès est ridicule, sans doute, mais qu'importe si l'abus ne peut s'éviter! il vaut mieux qu'on abuse d'une bonne chose que d'une mauvaise. Quand le goût grec deviendrait la manie de nos perruquiers et de
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nos cuisiniers (car enfin il faudra bien que d'aussi grands grecs que nous, soient poudrés et nourris à la grecque), il n'en sera pas moins vrai que les bijoux qu'on fait aujourd'hui à Paris, sont d'un très-bon goût, que les formes en sont belles, nobles et agréables, au lieu qu'elles étaient toutes arbitraires, bizarres et absurdes, il y a dix ou douze ans.
» M. de Carmonlelle, lecteur de monseigneur le duc de Chartres, qui dessine avec beaucoup d'esprit et de goût, a voidu se moquer un peu de la fureur du goût grec, en publiant un projet d'habillement d'homme et de femme, dont les pièces sont imitées d'après les ornements que l'architecture grecque emploie le plus communément dans la décoration des édifices; ces deux petites estampes auraient pu fournir l'idée d'une mascarade pour les bals du carnaval : c'est une très-bonne plaisanterie qui a été copiée tout de suite par des singes qui ne savent que contrefaire; ils ont publié une suite d'habillements à la grecque, sans esprit et d'un goût détestable. M. de Carmontelle se fait depuis plusieurs années un recueil de portraits dessinés au crayon et lavés en couleur de détrempe; il a le talent de saisir singulièrement l'air, le maintien, l'esprit de la figure, plus que la ressemblance des traits. Il m'arrive tous les jours de reconnaître dans le monde des gens que je n'ai jamais vus que dans ses recueils. Ces portraits de figures, toutes en pied, se font en deux heures de temps avec une facilité surprenante. Il est ainsi parvenu à avoir le portrait de toutes les femmes de Paris, de leur aveu. Ses recueils, qu'il augmente tous les jours, donnent aussi une idée de la variété des conditions; des hommes et des femmes de tout état, de tout âge, s'y trou-
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vent pêle-mêle, depuis monseigneur le Dauphin jusqu'au frolteur de Saint-Cloud. Plusieurs de ces portraits ont été gravés. »
Un élat voisin de l'indigence fut le partage des dernières années de la vie de Garmontelle, et l'avait réduit h mettre en dépôt au Mont-de-Piété, les fruits de ses veilles et de ses observations en nantissement d'une somme d'argent indispensable pour subvenir à ses besoins. Il remplissait avant la révolution la place de lecteur du duc d'Orléans, et comme il passait pour fécond en ressources dans l'art d'embellir les fêtes, ce prince l'avait choisi pour ordonner celles que ses richesses lui donnaient les moyens de créer.
Garmontelle joignait les talents de l'esprit h la noblesse des sentiments et de la probité.
Voici la liste de ses nombreux ouvrages qui ont eu le plus de vogue et de réputation.
I. Proverbes dramatiques, 6 volumes in-8°. Les Almanachs des spectacles des années 1774» 1770 et 1776, et le catalogue de la précieuse bibliothèque du duc de La Vallicrc, 2** partie, n° 18280, donnent la série de ces proverbes^ dont le nombre s'élève à 82. On les trouve également dans le recueil général des Proverbes Dramatiques , imprimé à Londres en 1785, 16 volumes in- 12; §4 nouveaux Proverbes Dramatiques et posthumes ont été imprimés chez Le Normand, et forment deux volumes in-8''. Garmontelle publia deux autres recueils de proverbes qui forment le VIP et le VHP volume de l'édition de 1 781. Voici le jugement qu'en porte le baron de Grimm, dans sa correspondance, (juillet 1781, tome XI, page oi4)- On vient de nous donner les tomes VII et VIII des
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proverbes de M. de Carmontelle. Ces deux volumes contiennent encore une vingtaine de proverbes nouveaux, et dans ce nombre il en est bien peu où l'on ne trouve au moins quelques traits d'une scène , d'une situation ou d'un caractère vraiment comique. Si M. de Carmonlelle avait eu l'esprit de son talent; s'il avait su nourrir d'une réflexion plus fine et plus profonde les premières idées que la fécondité de son imagination ne cessa de lui offrir; s'il s'était appliqué davantage à l'art d'écrire, il aurait pu enrichir notre théâtre de beaucoup d'excellents ouvrages. Il n'a donné et ne donnera jamais que des esquisses fort négligées; mais telles qu'el!a6 sont, la plupart de ces esquisses ne manquent ni d'invention ni d'originalité; une de celles qui nous a paru en avoir le plus est la Diète. C'est un homme h qui les médecins et le régime ont tourné la tête, il se croit mort; tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit pour s'entretenir de cette folle illusion, et tout ce qu'on imagine pour l'en tirer, est rempli de caractère, de naturel et de gaieté; il attend le moment où l'on doit venir le chercher pour le porter à l'église. Je suis bien fâché, ditil, d'avoir défendu les cloches, j'aurais entendu tout cela et je saurais quand on aurait fini. Persuadé que son convoi vient de passer, il s'ennuie d'être seul. « Ah mon dieu que je m'ennuie! on a bien raison de dire dans l'autre monde qu'on s'ennuie comme un mort. »
II. Le théâtre du prince Clenerzoïv, traduit en français par le baron de Blening, Saxon; deux volumes in-S".
Nous empruntons le sentiment du baron de Grimm sur cet ouvrage : Carmontelle^ dit- il, suppose que son Clénerzowest venu en France, et qu'il a très-bien saisi nos ridicules; et son traducteur saxon nous rend compte, dans