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une préface en forme de lettre, de toutes les observations critiques que le prince russe à faites, durant son séjour à Paris , sur nos mœurs, nos usages, et surtout nos spectacles. On trouve de bonnes observations dans cette préface, mais il y a à choisir. Carmontelle n'a pas la présomption de croire que les pièces Clénerzowiennes puissent être jouées sur le théâtre; mais il pense que les troupes de société qui se sont fort multipliées depuis quelques années, et dans lesquelles les gens du monde exercent leurs talents d'acteurs, seront bien aises d'avoir un certain nombre de pièces qu'elles puissent essayer d'après leur propre talent, au lieu que dtms les pièces empruntées du théâtre français, un acteur ou une actrice de société n'oserait s'écarter de l'imitation servile du jeu des acteurs qui sont en possession de plaire au public, et la comparaison lui devient nécessairement préjudiciable.
ÏII. Théâtre de campagne, 1/7^» 4 volumes in-S". Ces deux derniers recueils renferment des comédies agréables, qu'une action plus développée pourrait rendre dignes de la scène française. Voici encore le sentiment de Grimm sur cet ouvrage. Ces quatre gros volumes sont dédiés aux aimables sociétés de province, que l'auteur trouve très-supérieures à celles de Paris, parce qu'on y sent bien mieux encore que dans cette malheureuse capitale, de quelle importance et de quelle utilité peuvent être les proverbes, pour le progrès des mœurs et pour le bonheur de la vie. On devine aisément qu'un nouveau recueil de comédies prétendues, ne peut être sorti que de la plume infatigable de l'auteur du Théâtre russe, des Amusements dramatiques, etc. , etc. , en un mot, de M. de Carmontelle; quelque inépuisable que soit la verve de ce célèbre écri-
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vain, elle paraît un peu plus faible encore qu'à l'ordinaire dans ce dernier ouvrage; il s'est persuadé qu'à force de faire des proverbes, on devait finir nécessairement par faire des comédies, et pour ainsi dire sans le vouloir, et sans y mettre beaucoup plus de façon. En conséquence, il s'est seulement attaché à étendre un peu ses plans, ou, pour parler avec plus de précision à les allonger. Tout ce qu'a produit une si noble ambition, c'est que le seul genre d'esprit qui avait fait le succès des premiers proverbes, se trouve noyé dans ces nouvelles pièces, au milieu d'un amas de paroles sans caractère et sans intérêt. Cependant, quelque dépourvues d'art et de vraisemblance que soient la plupart de ces compositions, il en est peu où l'on ne trouve une sorte d'invention, quelques aperçus comiques , quelques propos de caractère ou de condition, vrais et plaisans. ^>
IV. Triomphe de l'amour sur les m,œurs de ce siècle, ou Lettres du marquis de Murcin au commandeur de Saint- Brice, roman, 2 parties en 1 volume, 1777.
5° L'abbé de Plâtre, comédie en un acte et en prose; c'est la seule pièce que l'auteur ait osé faire jouer sur un théâtre public. Le baron de Grimm, dans sa correspondance (octobre 1780^ tome II, page 201) ,en fait l'analyse suivante.
L'abbé de Plâtre, espèce de comédie proverbe de M. de Carmon telle, a été donné pour la première fois sur le théâtre de la comédie italienne, le mardi 26 octobre 1780. En voici le sujet en peu de mots :
Un vieillard passablement imbécille, partage toute sa tendresse entre mademoiselle Agathe, sa fille unique, et une statue de plâtre représentant un abbé, tel qu'on en
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voit aujourd'îiui dans nos jardins des boulevards. Pendant l'absence du vieillard, le fils d'un voisin, qui a déjà tenté sans succès plusieurs moyens de déclarer sa passion à la jeune Agathe, s'avise enfin, de concert avec son valet, d'enterrer la statue de l'abbé et d'en occuper la place, revêtu du même costume. La jeune personne vient se promener dans le jardin , le feint abbé soupire ses amours sur l'air de la romance du Barbier de Séville. Elle l'entend et s'approche. Le maître de la maison arrive, il se désole de ce qu'on a fait tomber son cher abbé, il gronde sa lille d'y avoir touché. Il va chercher le jardinier pour le relever, et notre jeune homme a le temps de reprendre son poste; on persuade au vieillard qu'il n'y voit pas clair. Deux voisins cependant avaient vu enterrer un abbé, la maréchaussée en est avertie et veut s'emparer des assassins. Le père du jeune homme, si gravement accusé, vient raconter ses chagrins à son vieil ami; mais prêt à le quitter, il s'approche assez delà prétendue statue, pour reconnaître son fils. Celui-ci fait l'aveu de son stratagème, et le mariage que les deux pères avaient depuis longtemps projeté en secret, s'accomplit.
Cette petite pièce a été aussi bien accueillie, qu'une bagatelle de ce genre pouvait l'être; on y a trouvé quelques situations plaisantes, et l'on a ri sans songer à l'invraisemblance des moyens qui en préparent l'efTet. Il n'y a que l'incident de l'accusation d'un meurtre qu'on a eu peine h supporter, soit qu'il arrive trop brusquement, soit qu'il ait paru peu analogue au ton d'une facétie si folle.
V. Conversations des gens du. monde dans tous les temps de l'année^ in- 8% 1786. Cet ouvrage devait parai-
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tre en 24 livraisons, et former 4 volumes; il est resté incomplet. Les deux premières conversations, intitulées les Visites du jour de l'an, et la Promotion, offrent un tableau fidèle des coteries des gens du monde. Carmonlelle y a recueilli, en un petit nombre de pages, ce que cinq ou six personnes douées du talent de plaire en société ont pu débiter de plus piquant en un jour; et bien que les interlocuteurs n'aient cessé de parler, il ne reste rien de tout ce verbiage, sunt verba et voces prœtercaqiie nilùl; qu'en reste-t-ii souvent? du vent. L'esprit du grand monde n'a pas beaucoup changé aujourd'iiui, et pour surcroît de maux, la politique y a jeté comme un brandon de discorde, la dispute hautaine, mère des inimitiés et des dissensions.
Le Dictionnaire biographique de Chaudon et Delandine, dernière édition, fait un grand éloge des proverbes dramatiques de Carmontelle. Ce sont, y est- il dit, de petits drames remplis d'intérêt, de finesse, d'esprit d'observation et d'aperçus moraux. Le public a ratifié ce jugement par l'estime qu'il leur a accordée.
Carmontelle est mort en i8o6.