CHAPITRE PREMIER
Origine et définition des Proverbes,
Les proverbes sont das vérités pratiques dictées aux nations par l'expérience et le bon sens , et des résultats d'observations générales et variées sur les causes morales et leurs effets. Ils sont d'utiles auxiliaires pour l'histoire du genre humain ; ils servent souvent de texte à l'apologue , et font quelquefois mieux connaître les mœurs des peuples, que les abstractions mensongères des philosophes et les sophismes des écrivains. Ils augmentent la richesse des langues , aiguisent l'esprit , animent les con versatîons et entretiennent les charmes de l'amitié; mais on peut, comme en toute chose , leur appliquer cet adage latin, ne quid nimis.i^ en faut user avec sobriété. Ce serait une tâche fort difficile de remonter à la source de beaucoup de proverbes, tant ils ont été altérés par le temps, par les diverses modifications qu'a subies le langage , et par les fausses interprétations que le vulgaire a appliquées à beaucoup d'entre eux qui ont perdu graduellement leur sens primitif. Les exemples ne manqueraient point à l'appui de cette vérité. II y en a d'autres qu'il faut renoncer à éclaircir, parce qu'ils se perdent dans la nuit
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des temps , et qu'il n'y a plus de route frayée pour arriver à leur berceau. Je me contenterai donc plus spécialem« nt de donner l'origine , Is sens et l'étymologie de ceux qui servent detexleaux proverbes dramatiques dont j'offre une nouvelle édition au public. J'éviterai surtout les interprétations et les étymologies qui prêteraient au ridicule. J'ose espérer que la table explicative imprimée à la fin des proverbes , réunissant l'utilité morale à l'agrément historique, pourra être considérée comme un travail amusant pour les personnes gaies , sérieux pour les gens graves el concilier à la fois tous les goûts. J'aurai atteint mon but , si cet ouvrage peut être agréé du public , sous ces divers rapports, et surtout sous celui de l'intérêt général, car pour un lecteur à qui l'on n'apprend rien , il y en a vingt que l'on instruit. Encore le premier , tout habile que je le suppose, ne sera t- il pas fâché de voir réunis en un corps d'ouvrage , mille traits analogue? dispersés auparavant dans autant de volumes où ils étaient introuvables. Ces traits déplairaient, s'ils n'étaient débarrassés de tout le fatras d'érudition si familière à nos anciens écrivains, et s'ils n'étaient reproduits avec toute la concision qui convient au sujet.
L'abbé ïuet , chanoine de Sens, dans son ouvrage intitulé les Matinées sénonoises , a suivi la méthode d'Erasme , et donné, h la delinilion des proverbes, un développement que ce précis ne comporte pas. Je m'efforcerai de resserrer le sujet dans de jtistes limites , avec cette concision qui devient une qualité pour bien des lecteurs, lorsque surtout elle ne nuit point à la clarté de la définilion.
Le proverbe , dans son terme générique , est un mot mis en avant, une expression , une phrase renfermant,
SUR LES PROVERBES. XXÎij
dans un sens complet, une vérité que l'usage met dans toutes les bouches et qui prend date. Dans le sens le plus étendu , c'est une expression relative aux mœurs , aux usages, à l'état des êtres existants, des choses physiques et morales , et h laquelle l'usage , ce souverain de la société, et la forme piquante sous laquelle elle est produite attachent un sens familier qui la fait passer dans la conversation comme un axiome. Cet axiome tire , des termes mêmes de l'expression , la noblesse ou la bassesse de son extraction. Je n'entends cependant pas parler ici de ces manières de s'exprimer dépourvues de sel^ de grâce et d'intérêt, et qui croupissent dans la boue où elles ont pris naissance.
Voici la définition que l'abbé Rouba'jd donne des proverbes, dans ses Synonimes fravçais. Le proverbe est une sentence populaire ou un mot ffimilier et plein de sens. "V adage est un proverbe piquant et plein de sel. Le proverbe annonce une vérité naïve tirée de l'observation. Uadage donne à celte vérité une pointe, pour la rendre plus pénétrante. Il n'y a que du sens et de la précision dans le proverbe ^ il y a de l'esprit et de la finesse dans Vadage. Le prot^erée instruit, l'adage excite; le proverbe qui joint à l'instruction des motifs d'agir est un adage. Tout ce qui reluit n'est pas or; monnaie fait tout ; nuLnest prophète en son pays] tel maître y tel valet. Voilà de simples proverbesqui nous apprennent ce qui est, ce qui se passe, ce qu'on a observé sans autre circonstance remarquable que la précision des phrases. iSo/iTie renommée vaut mieux que ceinture dorée; un tiens vaut mieux que deux tu auras; la mélancolie ne paie pas les dettes ; faites bien, bien vous vient. Voilà des proverbes qui deviennent adages par