‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 132 sur 339 · DE MONTRICHARD · texte numérisé non relu

DE MONTRICHARD

Mais vous avez votre maison?

LA MÈRE BABOLEIN

Nous avons aussi la vaclse,

M. DE MONTRICHARD

Et ce que je donnerai pour votre nourriture.

LA MÈRE BABOLEIN

Cela est bien vrai, monsieur; mais voilà tout.

BLUTEAU

Allons donc, la mère, vous ne comptez pas le trousseau de votre filie qu'elle a filé elle-même : nous aurons de quoi taire de la toile pour bien long-temps.

LA MÈRE BABOLEIN

Eh'ben, voilà ce que je voulons dire qui n'est pas à nous; et depuis qu'il est question de vot mariage, ça me donne ben du chagï'in, je n'en dors ni jour, ni nuit.

M. DE MONTRICHARD

Pourquoi donc cela, la mère, expliquez-vous.

LA MÈRE BABOLEIN

Ah! monsieur, quand on a toujours eu une bonne réputation, il est bien malheureux....

M. DE MONTRICHARD

Ne pleurez pas, et achevez. .. .

LA MÈRE BABOLEIN

C'est que Bluteau ne voudra peut-être plus de ma fille, quand il saura que ce trousseau n'est pas à elle?

264 l'A. QUEUE DU CHIEJV,

Et à qui est-il?

LA MÈRE BABOLEIN

A VOUS, monsieur.

M. DE MONTRICHARD

Quoi! vous m'auriez volé?

LA MÈRE BABOLEIN

Non, monsieur, nous ne l'avons pas été chercherj mais ce qu'elle a filé

M. DE MONTRICHARD

Eh bien?

LA MÈRE BABOLEIN

C'est la queue de votre chien Loulou.

M. DE MAMNVAL.

Qu'est-ce quelle veut donc dire, Montrichard?

M. DE MONTRICHARD

Elle est folle.

LA MÈRE BABOLEIN

Non, monsieur, mais je suis honnête femme.

M. DE MONTRICHARD

Allons, allez-vous-en.

LA MÈRE BABOLEIN

Monsieur, que je vous dise : la première fois que le chien est venu, il se tourmentait, et Geneviève lui a ôté la filasse qui était à sa queue; il Ta bien caressé, et depuis il est venu tous les jours, quelquefois deux fois, pour la prier de lui ôter cette filasse.

M. DE MALINVAL.

Quoi! la queue de Loulou esl de filasse?

LA MÈRE BABOLEIN

Quand j'en avons eu un peu, Geneviève s'est mise à la filer, et cela a augmenté, et puis velà que cela lui a fait un trousseau.

LA FORÊT, bas àM. de Montricbard.

Nous avions beau chercher dans les haies.

M. DE MONTRICHARD

Veux-tu te taire?

M. DE MALINVAL.

MoDtrichard, tu me rendras mes dix louis.

M. DE MONTRICHARD, bas à part.

La peste soit de la femme!

LA MÈRE BÂBOLEIN.

Vous voyez bien que ce trousseau n'est pas h Geneviève, à moins que monsieur n'ait la bonté de lui donner toutes ces queues de cbien qu'elle a filées.

M. DE MALINVAL.

Allons, Montricliard, tu ne peux pas les lui refuser j et puis je les ai bien payées.

M. DE MONTRICHARD

Oui, ris, ris, tu en as toujours été la dupe, conviens-en.

Tu crois que je ne le savais pas? Allons, finis donc tout cela, ue laisse pas plus long-temps ces bonnes gens dans l'inquiétude .

M, DE MONTRICHARD

Oui , je vais le finir; et pour leur prouver que je ne prétends pas qu'ils m'aient volé, je vais leur donner tes dix louis, qui ne sont pas plus à moi qu'à eux.

M. DE MALINVAL.

J'y consens de bon cœur.

LA FORÊT

Et vous faites bien, monsieur; car sans cela j'aurais dit que vous aviez toujours perdu.

M. DE MONTRICHARD

Perdu?

M. DE MALINVAL.

La Forêt

LA FORÊT

Eh bien, monsieur, dites-le vous-même.

M. DE MALINVAL.

A présent je le peux; je t'avais attrapé le premier, Monlrichard. (ii rit.)

M. DE MONTRICHARD

Et comment?

J'avais fait frotter la queue de toa chien avec nae drogue qui empêche le poil de revenir, (il rit.)

M. DE MONTRICHARD

Il faut avouer que tu es un grand coquin!

M. DE MALINVAL.

A peu près comme toi.

M. DE MONTRICHARD

Oui, mais ma supercherie a fait du bien à ces gens-là , et la tienne n'enrichit personne.

M. DE MALINVAL.

Et mes dix louis donc, les auraient-ils eus sans cela?

M. DE MONTRICHARD

Ah! tu as raison. Allez, mes enfants, je souhaite que vous

soyez toujours heureux. (Il donne Ic» dix lonis.) BLDTEAU.

Ail! monsieur, je le sommes déjà, n'est-ce pas, Geneviève?

GENEVIÈVE

Sûrement , puisque rien ne nous empêchera plus de nous épouser, et que ma mère sera contente. (Elle l'embrasse.)

LA MÈRE BABOLEIN

Monsieur, je ne pouvons assez vous remercier.

M. DE MONTRICHARD

Soyez toujours aussi honnêtes gens, et vous n'aurez rien à vous reprocher.

Oui, mais soyez toujours joyeux., la gaieté est le premier bien de la vie.

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