DE MONTRICHARD
Mais vous avez votre maison?
LA MÈRE BABOLEIN
Nous avons aussi la vaclse,
M. DE MONTRICHARD
Et ce que je donnerai pour votre nourriture.
LA MÈRE BABOLEIN
Cela est bien vrai, monsieur; mais voilà tout.
BLUTEAU
Allons donc, la mère, vous ne comptez pas le trousseau de votre filie qu'elle a filé elle-même : nous aurons de quoi taire de la toile pour bien long-temps.
LA MÈRE BABOLEIN
Eh'ben, voilà ce que je voulons dire qui n'est pas à nous; et depuis qu'il est question de vot mariage, ça me donne ben du chagï'in, je n'en dors ni jour, ni nuit.
M. DE MONTRICHARD
Pourquoi donc cela, la mère, expliquez-vous.
LA MÈRE BABOLEIN
Ah! monsieur, quand on a toujours eu une bonne réputation, il est bien malheureux....
M. DE MONTRICHARD
Ne pleurez pas, et achevez. .. .
LA MÈRE BABOLEIN
C'est que Bluteau ne voudra peut-être plus de ma fille, quand il saura que ce trousseau n'est pas à elle?
264 l'A. QUEUE DU CHIEJV,
Et à qui est-il?
LA MÈRE BABOLEIN
A VOUS, monsieur.
M. DE MONTRICHARD
Quoi! vous m'auriez volé?
LA MÈRE BABOLEIN
Non, monsieur, nous ne l'avons pas été chercherj mais ce qu'elle a filé
M. DE MONTRICHARD
Eh bien?
LA MÈRE BABOLEIN
C'est la queue de votre chien Loulou.
M. DE MAMNVAL.
Qu'est-ce quelle veut donc dire, Montrichard?
M. DE MONTRICHARD
Elle est folle.
LA MÈRE BABOLEIN
Non, monsieur, mais je suis honnête femme.
M. DE MONTRICHARD
Allons, allez-vous-en.
LA MÈRE BABOLEIN
Monsieur, que je vous dise : la première fois que le chien est venu, il se tourmentait, et Geneviève lui a ôté la filasse qui était à sa queue; il Ta bien caressé, et depuis il est venu tous les jours, quelquefois deux fois, pour la prier de lui ôter cette filasse.
M. DE MALINVAL.
Quoi! la queue de Loulou esl de filasse?
LA MÈRE BABOLEIN
Quand j'en avons eu un peu, Geneviève s'est mise à la filer, et cela a augmenté, et puis velà que cela lui a fait un trousseau.
LA FORÊT, bas àM. de Montricbard.
Nous avions beau chercher dans les haies.
M. DE MONTRICHARD
Veux-tu te taire?
M. DE MALINVAL.
MoDtrichard, tu me rendras mes dix louis.
M. DE MONTRICHARD, bas à part.
La peste soit de la femme!
LA MÈRE BÂBOLEIN.
Vous voyez bien que ce trousseau n'est pas h Geneviève, à moins que monsieur n'ait la bonté de lui donner toutes ces queues de cbien qu'elle a filées.
M. DE MALINVAL.
Allons, Montricliard, tu ne peux pas les lui refuser j et puis je les ai bien payées.
M. DE MONTRICHARD
Oui, ris, ris, tu en as toujours été la dupe, conviens-en.
Tu crois que je ne le savais pas? Allons, finis donc tout cela, ue laisse pas plus long-temps ces bonnes gens dans l'inquiétude .
M, DE MONTRICHARD
Oui , je vais le finir; et pour leur prouver que je ne prétends pas qu'ils m'aient volé, je vais leur donner tes dix louis, qui ne sont pas plus à moi qu'à eux.
M. DE MALINVAL.
J'y consens de bon cœur.
LA FORÊT
Et vous faites bien, monsieur; car sans cela j'aurais dit que vous aviez toujours perdu.
M. DE MONTRICHARD
Perdu?
M. DE MALINVAL.
La Forêt
LA FORÊT
Eh bien, monsieur, dites-le vous-même.
M. DE MALINVAL.
A présent je le peux; je t'avais attrapé le premier, Monlrichard. (ii rit.)
M. DE MONTRICHARD
Et comment?
J'avais fait frotter la queue de toa chien avec nae drogue qui empêche le poil de revenir, (il rit.)
M. DE MONTRICHARD
Il faut avouer que tu es un grand coquin!
M. DE MALINVAL.
A peu près comme toi.
M. DE MONTRICHARD
Oui, mais ma supercherie a fait du bien à ces gens-là , et la tienne n'enrichit personne.
M. DE MALINVAL.
Et mes dix louis donc, les auraient-ils eus sans cela?
M. DE MONTRICHARD
Ah! tu as raison. Allez, mes enfants, je souhaite que vous
soyez toujours heureux. (Il donne Ic» dix lonis.) BLDTEAU.
Ail! monsieur, je le sommes déjà, n'est-ce pas, Geneviève?
GENEVIÈVE
Sûrement , puisque rien ne nous empêchera plus de nous épouser, et que ma mère sera contente. (Elle l'embrasse.)
LA MÈRE BABOLEIN
Monsieur, je ne pouvons assez vous remercier.
M. DE MONTRICHARD
Soyez toujours aussi honnêtes gens, et vous n'aurez rien à vous reprocher.
Oui, mais soyez toujours joyeux., la gaieté est le premier bien de la vie.