M. DE VALBON, PIERRE LE NOIR
M. DE VALEON.
Ah! Pierre le Noir, je suis bien aise de te trouver ici, j'ai à te parler.
274 ï^l' B^-^ SEIGNEUR.
PIERRE LE tJoIR.
Et moi je suis très-presse de vous dire uuc chose très-inléressante, et qui ne pourra que vous plaire, puisque personne n'aime autant que vous à obliger.
M. DE VALBON,
C'est qu'on n'est pas heureux sans eelaj mais écoute-moi d'abord, après je t'écouterai à mon tour.
PIERRE LE NOIR
Vous serez fâché d avoir dilFéré , monsieur, j'en suis sûrj mais n'importe, je suis fait pour vous obéir.
M. DE VALBON.
J'ai appris qu'il y avait dans le village une fille et un garçon qui s'aiment depuis long-temps...,
PIERRE LE NOIR
C'est mon histoire que vous dites là.
M. DE VALBON.
Si tu savais que ces malheureux, n'étaient pas assez riches pour s'épouser, il fallait donc me le dire, ils seraient mariés , les pau^TCS gens !
PIERRE LE NOIR
Je ne sais pas de qui vous voulez parler, et quand je disais à monsieur que c'était mon histoire, cela est très-vrai.
M. DE VALBON.
Je ne te comprends point.
PIERRE LE NOIR
Vous savez , monsieur, comme mademoiselie Henriette est jolie?
M. DE VALBON.
Oui ; et comme elle est sage , voilà ce dont je fais le plus de cas : aussi je peuse à la marier, et à quelqu'un qui lui convienne .
PIERRE LE NOIR
Le parti est tout trouvé,
IM. DE VALBON.
Tout de bon? j'en serais fort aise. Et couuais-je ce parti là?
PIERRE LE NOIR
Sûrement , monsieur j car c est moi , si tous le trouvez bon.
M. DE VALBON.
Toi, Pierre le Noir?
PIERRE LE NOIR
Oui , monsieur, si c'était votre bouté de vouloir bien consentir....
M. DE VALBON.
Mais tu n'es pas un trop bon sujet, toi.
PIERRE LE NOIR
Ah ! monsiexir.
M. DE VALBON.
Il est vrai qu'il ne faut pas écouter les mauvaises langues. Mais Duchesne ne m'en a pas parlé.
C'est qu'il n'en sait encore rien.
M. DE VALBON.
Il n'en sait rien !
PIERRE LE NOIR
Non vraiment.
M. DE VALBON.
Pierre le Noir, je n'aime pas cela ; se faire aimer d'une fille sans l'avis de ses parents , ce n'est pas marcher droit.
PIERRE LE NOIR
Mais , monsieur, voulez-vous que j'aille la demander à son père , sans savoir si je plais à la fille, que le père la force de consentir à m'épouser, et que si elle ne peut pas m'aimer, je sois cause , pour n'avoir pas su ce qu'elle pensait, qu'elle soit malheureuse toute sa vie?
M. DE VALBON.
Non , non ; c'est penser en honnête homme , et je ne puis pas trouver à redire à celte conduite.
PIERRE LE NOIR
Vous voyez bien, monsieur, que vous m'avez condamné sans m'entendre.
M. DE VALBON.
Allons , j'avais tort. Que faut-il que je fasse pour réparer tout cela?
Que vous nous rendiez heureux.
M. DE VALBON.
Eh , comment?
PIERRE LE NOIR
Le voici. Une fille ne peut pas dire décemment à son père, j'aime un tel.
M, DE VALBON.
Non.
PIERRE LE NOIR
Moi , je ne peux aller dire à M. Duchesne non plus, votre fille est amoureuse de mol?
W, DE VALBON.
Assurément.
PIERRE LE NOIR
Mais vous , monsieur, vous pouvez lui dire : Duchesne , j'ai pensé à marier ta fille. C'est un parti sortable qui lui conrieut. Il ne pourra que vous avoir obligation de penser à cela, et quand vous lui direz, C'est Pierre le Noir, il vous répondra : Monsieur, ma fille et moi nous ferons tout ce que vous ordonnerez ; vous ajouterez : Duchesne, tu m'en donnes ta parole? Et il la donnera ; ensuite j'irai le trouver de votre part , et cela sera fini tout de suite.
M. DE VALBON.
Mais , vraiment , rien n'est plus aisé ; je ne sais pas comment je n'avais -pas pensé à ce mariage-là. Et Hemnette t'aime donc?
A la folie.
M. DE VALBON.
Pour cela , j'ai grand tort d'être cause que cette pauvre fille languisse, qu'elle soit dans des alarmes , des craintes qu€ Ton a toujours quand on aime.
PIERRE LE NOIR
Ah! monsieur, ua bon mariage paiera tout cela.
M. DE VALBON.
Allons, va-t'en. Je vais parler dans le moment à Duchesne ; le voici justement.