‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 138 sur 339 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

DUCHESNE, HEISRIETTE.

DUCHESNE

Henrielte? viens, viens, ma fille j j'ai une bonne nouvelle à te dire.

MNRIETTE,

Qu'est-ce que c'est, mon père?

DUCHESNE

Si tu savais comme notre monsieur est bon !

HENRIETTE

Mais ce n est pas là une nouvelle , mon père , nous l'éprouvons tous les jours.

DUCHESNE

Sans doute, c'est bien vrai ce que tu dis là. Si ta pauvre mère était encore vivante, comme elle serait aise, la pauvre femme, de ce qui va t'arriver.

HENRIETTE

Ah î mon père....

DUCHESNE

Tu pleures, mon enfant? tu as bien raison j mais sèche tes larmes , le plus beau jour de ta vie approche.

HENRIETTE

Comment donc?

'DUCHESNE

Croirais-lu que , sans que j'en aie ouvert la bouche seulement, c est notre monsieur qui y a pensé le premier?

HENRIETTE

Mais à quoi donc ?

DUCHESNE

A te marier.

HENRIETTE

A me marier?

28o LE BON SEIGNEUR.

DUCHESNE

Oui , vraiment; il te donue cent écas de rente en mariage, et il augmente les appointemens de Pierre le Noir.

HENRTETTE.

De Pierre le Noir? pour quoi faire?

DUCHESNE

Pour qu'il tVpouse. Oh , cela fera un bon mariage. Mais qu'as-tu donc, mou enfant? tu pâlis.

HENRIETI^.

Et TOUS consentiriez que je sois malheureuse tonte ma vie!

DUCHESNE

Comment donc?

HENRIETTE

Je ne saurais souffrir Pierre le Noir.

DUCHESNE

Pourquoi cela ?

HENRIETTE

C est un traître, qui abandonne madame la Baillive, quil a promis d':'pou5er.

DUCHESNE

Qui t'a dit cela?

HENRIETTE

Elle-même.

DUCHESNE

Apparemment qu'il ne l'aime plus.

HENRIETTE

Mais je ne le puis souflrir. Mou pore , je vous en prie , empêchez ce mariage-là , vous eu êtes le maître.

DUCHESNE

Eh non, vraiment , je ne le suis pas ; j'ai donné ma parole à M. de Valbon , qui est encbantë de ce mariage.

HENRIETTE

Il ne saurait être enchanté de faire mon malheur, il est trop bon pour cela.

DUCHESNE

Ouij mais eu lui résistant nous passerons pour des ingrats.

LE BON SEIGNEUR. 28l

HENRIETTE

Non , mon père , vous en devez être sûr.

DUCHESNE

Mais que veux- tu que je fasse7

HENRIETTE

Allez trouver madame la Baillive, apprenez-lui le dessein de M. de Valhou , elle lui parlera , et il se rendra à ses raisons.

DUCHESNE

J'y vais. Crois . mon enfant, que mon dessein n'est pas de forcer ton inclination.

HENRIETTE

Je connais trop votre îendresse pour moi pour n'en pas être sûre; mais, je vous en prie, ne perdez pas de temps.

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