‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 147 sur 339 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

M'"« FRÂNGEOT, M-"" LE NOIR, M™« VARLOPE, M°" rUBLEU , M. LE NOIR.

jime TtJBLEU.

Mes voisines, jai bien l'honneur de vous souhaiter le bonsoir.

M°" FRANGEOT.

Bonsoir, ma voisine.

M"'«. LE NOIR

Mes voisines, lune portant l'autre, je vous souhaite bien le bonsoir.

M. LE NOIR

Ah çà , ma voisine Tub!cu , il faut que vous m'embrassiez.

(Il l'embrasse.)

jyjme TUBLEU.

Allons , dépècbez-vous , car je suis toute en sueur.

M"" LE NOIR

Et moi , lu ne me dis rien , ma petite maman?

M. LE NOIR

Je te parlerai tantôt.

M™= FRANGEOT.

Si vous saviez, ma voisine, comme il nous a fait enrager le voisin....

W"» LE NOIR

Cela est fort joli , monsieur.

M, LE NOIR

Allons , ne vas-tn pas te fa cher? Embrasse-moi.

M™e LE NOIR.

Je ne le veux plus , à présent.

M. LE NOIR

Si tu fais la fière, tant pis pour toi,

jime TUBLEU.

Ab! mon dieu, que j'ai cliaud .'

M. LE NOIR

D'où venez-vous donc comme ça , ma voisine?

jVXme TUBLEU.

Je viens d'avec la voisine le Noir.

Ah .' vous verrez qu'elles ont un petit amoureux en ville,

M™e £E NOIR.

Tu le mériterais bien .

mrae TUBLEU.

J'ai dit comme ca , quand mon mari a été sorti : il fait beau, j'ai envie d'aller prendre ma voisine le Koir, pour aller aux Boulevards : elle m'attendait j nous n'avons pas été plutôt en chemin , qu'il est venu de la pluie, nous avons été bien embarrassées.

M. LE NOIR

Il fallait vous mettre à couvert.

ajme TUBLEU.

C'est ce que nous avons fait.

]\l"e LE NOIR.

Et nous avons trouvé un monsieur bien honnête; car il voulait nous payer à chacune une carafe d'orgeat.

M""^ FRANGEOT.

Ah î je le connais. ]N"est-ce pas un grand homme en habit rouge , ma voisine?

M™« LE NOIR

Je crois que oui, ma voisine.

M""' FRANGEOT.

Ah ! il y a long-temps qu'il est amoureux de moi ; il m'attend tous les dimanches aux Récollets pour me donner une chaise.

Eh bien , vous avez enlevé comme cela à la voisine son amoureux?

jUme TUBLEU.

Point du tout.

2^8 LCS VOISINS

IVr°<= LK NOIR.

Nous lui avons dit : Monsieur, nous vous sommes bien obligées , cl nous avons été nous asseoir devant If j;rand caté. M™" VARLOPF.

J'y vais aussi quelquefois; mais il y a toujours trop de monde.

M"« LE NOIR

C'est que vous êtes un peu sauvarrc , ma voisine.

M™» VARLOPK.

Ce n'est pas cela , je vous assure ; mais c'est que j'aime a être à mon aise.

jgme TUBLEU.

Oli , moi, j'aime mieux n'être pas si bien, et entendre !a musique.

M"'« FRANGEOT.

A propos , ma voisine , on dit que vous l'apprenez?

^ime TUBLEU.

Je ne voulais pas qu'on le sîit; mais mon mari a prie mon maître à souper.

Eh bien , tant mieux , nous le verrons , abondance de bien ne nuit pas : plus on est de fous , plus on rit.

Bime TUBLEU.

Mes voisines , j al toujours chaud , parce que quand j'ai entendu sonner sept heures , nous sommes revenues tout de suite sans nous arrêter. Voulez-vous boire de la bière?

M'"^ LE NOIR

Cela n'est pas de refus, ma voisine.

M. LE NOIR

Si elle est bonne, j'en boirai bien aussi.

jVime TUBLEU.

Ah ! je vous en n'-ponds , qu elle est bonne ; car c'est un brasseur dont mon mari a peint toutes les machines, qui lui en a fait un quarteau exprès pour lui. (Elle se levé.)

M. LE NOIR

Où voulez-vous donc aller, ma voisine?

IHme XUBLEU.

Appeler Dame Jeanne, pour qu'elle nous en donne, mon voisin.

M. LE NOIR

Ah bien , celui-là n'est pas mauvais 5 est-ce que vous croyez que je suis manchot des jambes <^t de la langue? je vais y aller. Laissez, laissez-moi faire.

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