SCENE IV
M'"« FRÂNGEOT, M-"" LE NOIR, M™« VARLOPE, M°" rUBLEU , M. LE NOIR.
jime TtJBLEU.
Mes voisines, jai bien l'honneur de vous souhaiter le bonsoir.
M°" FRANGEOT.
Bonsoir, ma voisine.
M"'«. LE NOIR
Mes voisines, lune portant l'autre, je vous souhaite bien le bonsoir.
M. LE NOIR
Ah çà , ma voisine Tub!cu , il faut que vous m'embrassiez.
(Il l'embrasse.)
jyjme TUBLEU.
Allons , dépècbez-vous , car je suis toute en sueur.
M"" LE NOIR
Et moi , lu ne me dis rien , ma petite maman?
M. LE NOIR
Je te parlerai tantôt.
M™= FRANGEOT.
Si vous saviez, ma voisine, comme il nous a fait enrager le voisin....
W"» LE NOIR
Cela est fort joli , monsieur.
M, LE NOIR
Allons , ne vas-tn pas te fa cher? Embrasse-moi.
M™e LE NOIR.
Je ne le veux plus , à présent.
M. LE NOIR
Si tu fais la fière, tant pis pour toi,
jime TUBLEU.
Ab! mon dieu, que j'ai cliaud .'
M. LE NOIR
D'où venez-vous donc comme ça , ma voisine?
jVXme TUBLEU.
Je viens d'avec la voisine le Noir.
Ah .' vous verrez qu'elles ont un petit amoureux en ville,
M™e £E NOIR.
Tu le mériterais bien .
mrae TUBLEU.
J'ai dit comme ca , quand mon mari a été sorti : il fait beau, j'ai envie d'aller prendre ma voisine le Koir, pour aller aux Boulevards : elle m'attendait j nous n'avons pas été plutôt en chemin , qu'il est venu de la pluie, nous avons été bien embarrassées.
M. LE NOIR
Il fallait vous mettre à couvert.
ajme TUBLEU.
C'est ce que nous avons fait.
]\l"e LE NOIR.
Et nous avons trouvé un monsieur bien honnête; car il voulait nous payer à chacune une carafe d'orgeat.
M""^ FRANGEOT.
Ah î je le connais. ]N"est-ce pas un grand homme en habit rouge , ma voisine?
M™« LE NOIR
Je crois que oui, ma voisine.
M""' FRANGEOT.
Ah ! il y a long-temps qu'il est amoureux de moi ; il m'attend tous les dimanches aux Récollets pour me donner une chaise.
Eh bien , vous avez enlevé comme cela à la voisine son amoureux?
jUme TUBLEU.
Point du tout.
2^8 LCS VOISINS
IVr°<= LK NOIR.
Nous lui avons dit : Monsieur, nous vous sommes bien obligées , cl nous avons été nous asseoir devant If j;rand caté. M™" VARLOPF.
J'y vais aussi quelquefois; mais il y a toujours trop de monde.
M"« LE NOIR
C'est que vous êtes un peu sauvarrc , ma voisine.
M™» VARLOPK.
Ce n'est pas cela , je vous assure ; mais c'est que j'aime a être à mon aise.
jgme TUBLEU.
Oli , moi, j'aime mieux n'être pas si bien, et entendre !a musique.
M"'« FRANGEOT.
A propos , ma voisine , on dit que vous l'apprenez?
^ime TUBLEU.
Je ne voulais pas qu'on le sîit; mais mon mari a prie mon maître à souper.
Eh bien , tant mieux , nous le verrons , abondance de bien ne nuit pas : plus on est de fous , plus on rit.
Bime TUBLEU.
Mes voisines , j al toujours chaud , parce que quand j'ai entendu sonner sept heures , nous sommes revenues tout de suite sans nous arrêter. Voulez-vous boire de la bière?
M'"^ LE NOIR
Cela n'est pas de refus, ma voisine.
M. LE NOIR
Si elle est bonne, j'en boirai bien aussi.
jVime TUBLEU.
Ah ! je vous en n'-ponds , qu elle est bonne ; car c'est un brasseur dont mon mari a peint toutes les machines, qui lui en a fait un quarteau exprès pour lui. (Elle se levé.)
M. LE NOIR
Où voulez-vous donc aller, ma voisine?
IHme XUBLEU.
Appeler Dame Jeanne, pour qu'elle nous en donne, mon voisin.
M. LE NOIR
Ah bien , celui-là n'est pas mauvais 5 est-ce que vous croyez que je suis manchot des jambes <^t de la langue? je vais y aller. Laissez, laissez-moi faire.