‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 188 sur 339 · IV · texte numérisé non relu

IV

JJO L UNIFORME

M. DUVERDIER

Je vous ai chassé, moi?

M. DÉTASSIER.

Mais, sùremem.

M. DUVERDIER

Mais regardez-moi bien.

M. BÉTASSIER.

Oui, pourvoir encore M. Gobergeau.

M. DUVERDIER

Vous êtes bien obstiné î

M. BÉTASSIER.

Mais vous l'êtes plus que moi, puisque vous voulez toujours me l'aire croire que vous êtes M. Duverdier.

M. DUVERDIER

Mais est-ce qu on peut s'y tromper?

M. BÉTASSIER.

Pardi , je vous le demande, avec tous ces diables d'habits verts.

M. DUVERDIER

Ah! vous les désapprouvez?

M. BÉTASSIER.

Et j'ai raison.

M. DUVERDIER

Vous avez raison? Mais approchez-vous donc, et regardezmoi.

M. BÉTASSIER, regardant.

Ah!

M. DUVERDIER

Quoi?

M. BÉTASSIER.

Il est vrai. Il me semble à pré.sent que vous n'êtes pas M. Gobergeau. Ah çà, dites vrai : êtes-vous bien M. Duverdier? là, ne me trompez pas.

M. DUVERDIER

Et pourquoi diable voulez- vous que je vous trompe?

M. BÉTASSIEB.

C'est que vous m'avez di'jà trompé plusieurs fois.

M. DUVERDIER

Moi?

M. BÉTASSIER.

Vous.... ou M. Gobergeau.

M. DUVERDIER

M. Gobergeau aime à plaisanter, et il se sera amusé....

M. BÉTASSIER.

A se moquer de moi?

M. DUVERDIER

Mais, oui.

M. BÉTASSIER.

Ecoutez donc , je pense à présent que cela pourrait bien être.

M. DUVERDIER

Dites-moi d'abord pourquoi vous désapprouvez mon uniforme?

M. BÉTASSIER.

Je n ai point désapprouvé votre uniforme, je ne sais pas ce que c'est.

M. DUVERDIER

Ce sont les babits verts que nous portons ici.

M. BÉTASSIER.

Dame, premièrement, c'est qu'ils sont bien cbers.

M. DUVERDIER

Ail! vous êtes donc un avare?

M. BÉTASSIER.

Vous voyez bien que vous êtes M. Gobergeau ; car il m'a déjà dit cela. "^

M. DUVERDIER

C'est-à-dire qu'il vous connaît.

M. BÉTASSIER.

Kon, monsieur, car je ne suis pas un avare.

M. DUVERDIER

Qu'est-ce donc que vous êtes?

372 l'uniforme

M. liÉTASSIER.

Je STiîs économe.

M. DUVERDIER

Ce n'est pas trop le vice du temps; mais j'aime mieux, cela que tic (iiiie des dettes, en dipensant plus (|ue son revenu, comme (ont actuellement bien des gens dansée paj;s-ci.

M. BÉTASSIER.

Oliî je ne serai sûrement pas comme cela.

M. DUVERDIER

Voilà ce que m'a mandé plusieurs :bis votre père.

Vous connaissez donc son écriture?

M. DUVERDIER

Mais sûrement.

M. BÉTASSIER, irioDtrant la leltre.

Tenez, voyez un peu celle de cette lettre, de qui est-elle?

Bl. DUVERDIER.

De votre père. , '^

M. BÉTASSIER, donnant la lellrc.

Ah! vous êtes donc le vrai M. Duverdierj j'en suis bien sûr à présent, je suis bien votre très-liumble serviteur.

M. DUVERDIER, lisant.

Il m avait déjà mandé tout cela. Abl il vous avait recommandé de vous faire taire un babit vert?

M. BÉTASSIER.

Oui , vraiment; et je vous ai dit combien j'en avais été fâché.

M. DUVERDIER

Sûrement, ma sœur assurera tout sou bien à ma fille, lorsque vous l'épouserez.

ni. BÉTASSIER, se frottant les mains.

Cela fera une bonne aflaire!

M. DUVERDIER

Vous paraissez bien aimer largent.

M. BÉTASSIER.

Pas mal.

M, DUVERDIER

C'est votre affaire. Je vais vous mener chez ma sœur, et vous V verrez ma fille.

M. EÉTASSIER.

Cela me fera grand plaisir.

M. DUVERDIER

Vous serez donc bien aise de vous marier?

M. EÉTASSIER.

Oui y monsieur, avec mademoiselle votre fille.

M. DUVERDIER

Peut-être qu'elle ne paraîtra pas vous aimer beaucoup d'abord.

M. EÉTASSIER.

Ohl cela ne fait rien.

M. DUVERDIER

Mais, par la suite cela viendra.

M. EÉTASSIER.

Ou cela ne viendra pas, mais je serai son mari toujours.

BI. DUVERDIER

C'est donc là tout ce que vous voulez?

W. EÉTASSIER.

Oui, avec le reste.

M. DUVERDIER

Ab! aliî VOUS êtes un petit maliu.

M. EÉTASSIER.

Ob! point du tout, je veux dire avec le bien qu'elle m'apportera.

M. DUVERDIER

Mais fi donc' il ne faut pas dire cela.

M. EETASSIER.

Oh! pardonnez-moi, puisque je le pense.

M. DUVERDIER

Je vois du moins que vous êtes franc.

M. EÉTASSIER.

Oui, monsieur, c'est ce que je suis.

M. DUVERDIER

Allons, venez, venez.

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