‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 239 sur 339 · PROVERBE XV · texte numérisé non relu

PROVERBE XV

L'Important. — Belle montre , peu de rapport. (Pag. 171.)

II ne faut pas juger les gens sur l'apparence, dit La Fontaine, qui a traduit cette pensée de ce vers d'Horace : Fronti nulla fides. On peut dire aussi : Belle tête , mais de cervelle point.

L'important est celui qui fait continuellement parade de la science, des talents, de la faveur ou de la fortune. Les nuances de ce caractère sont très-variées. Le chevalier du proverbe est un fat ; il n'a pas assez de jugement pour faire l'important , et il n'est pas assez dépourvu d'esprit pour être tout-à-fait un sot, puisqu'il sent la mortification qui lui arrive. Il est enti'e le zist et le zest , qu'on me passe cette locution proverbiale , puisque aussi-bien je suis sur mon terrain. Oa prétend que la pointe du sarcasme ne saurait s'émousser , et glisse sur le harnois d'un fat. Je crois que beaucoup d'entre eux ont justifié le proverbe : Il fait bon battre glorieux , il ne s'en vante pas. Ils ont connu , à leurs dépens , qu'il ne fait pas toujours bon de s'attaquer à plus fort que soi. Des mortifications, essuyées dans le monde, leur ont appris à être circonspects; et les coups de fouet vengeurs de l'esprit et des talents , ont fait à plus d'un des blessures cuisantes , dont leur amour-popre ne se glorifie pas.

Une dame âgée et de beaucoup d'esprit , mais vêtue d'une robe analogue à son âge, paya en bonne monnaie le propos impertinent d'un fat, qui. dans la conversation, lui contait des

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balivernes, et la raillaul snr la vétusté de sa mise, lui disait, en feignant un transport amoureux : yihf madame, permettez que je baise celle robe, si respectable par son antiquité. — Vous pouvez faire mieux , si cela vous J'ait plaisir, lui ditelle sans se déconcerter , vous n'avez qu'à baiser mon derrière, il est encore plus antique que ma robe.

Les plus brillantes qualités sontlerniis par la f.iluité. L'or, amalgamé avec du vif-argent, est absorbé par celui-ci; il n'offre plus alors qu'un mélange grossier. Il faut une expérience pbvsique pour le dég.tger de son absorbant et le rendre à son premier état, comme il faut des tribulations et une expérience morale à la fatuité pour la détruire, et iaii c reparaître les belles qualités qu'elle étouffait. On est toujours petit, quand on u est grand que par la vanité.

Elle offense, elle irrite.

Et ternit tout l'éclat du pins parfait mérite.

Connait-on à l'habit aujourd'hui la canaille. Et n'est-il point, monsieur, à Paris de filous Et de taille et de mine aussi bonne que vous?

{Suite du Menteur.)

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