PROVERBE XXXV
Le Petit -Maître par philosophie. — Que chacun fasse son métier, les vaches seront bien gardées. (Pag. i55.)
Le Marquis est un de ces roués de bon ton, qui, las d'avoir couru les belles, fait le difficile et crache au plat pour en dégoûter les autres, •comme l'on dit proverbialement : Ce pbilosopl.e de bel air fonde les plus agréables jouissances de la vie sur l'amour-propre. On voit qu il a été à l école de La Rochelbucauld. Selon lui, le meilleur moyen de plaire à une femme est de paraître les adorer toutes. Il veut persuader au Chevalier que ce système est le seul qui puisse réussir dans le monde, qu'une indifférence affectée est un moyen infaillible pour irriter les désirs de la coquetterie, et s'assurer la victoire sur des cœurs déjà que trop disposés par tout ce manège à avouer leur défaite.
Que par ses mots (ÎJtteurs nn galant ne désire
Que de surprendre un cœur, et puis aprcs s'en rire.
Pour ce pctil-maîlre philosophe, l'amour n'est plus qu'un commerce de fourberie et dont on doit se proposer quelque avantage^ un amour délicat et désintéressé n'est plus à ses
liv ENTR ACTES DES PROVERBES
\cuï quiino cliimère; les longues passions lui paraissent des intrigues de roman, et pour lui un amant fidèle est un amant qui n"a rien obtenu.
Le conseil qu'il donne au Chevalier expose celui-ci à se fjiire «'-conduire, et molivc le sens du proverbe qui conseille à l'un de n'<'coutcr que son cœur, et à l'autre de ne point s'entremettre dans une passion délicate à laquelle sa fatuité, ses goûts volages et séducteurs le rendent insensible.
Ce proverbe est écrit du ton do la bnime compagnie, il décèle l'usage du monde, et prouve que Carmontelle pouvait, quand il le voulait, mouler son slvle au niveau de ses persouuages.
PROVERBE XXXYI.
Le Chanteur italien. — A l'impossible nul n'est tenu. (Pag. i55.)
Ea vain de «on (rain ordinaire On reut le désaccoutumer , Quelque chose qu'on puisse faire On ne saurait le réformer.
Ceci s'adresse aux successeurs en titre d'Atys et d'Origène,
a ces chantres flûtes qu'admire l'Aasonie.
En vain M. Octavini se tue de dire, comme un de ses pareils le fait dans Pétrone:i\'^o« intclligo me virum esse, non sentio, J'uncrata est pars illa coi'poris qua quondam Achilles eram. Il ne parvient que diÛicilement à faire comprendre à M. de Saint-Hygin, qu'il n'est venu que pur la concert, et non pur la mariage, et que son nom est caractéristique de sa personne : // signor Octa\'ini c un grau maestro, salvo cheno multiplica.
Dans une discussion que le célèbre musicienAlbanèseeut avec le comédien Dugazon , le premier faisait l'éloge de la musique ; cLacun, en effet, prêche pour son saint : et dans la chaleur delà dispute, il rabaissait les bouffonneries du roi de Cocagne, rôle que remplissait alors Dugazon. Madame, lui dît
DU TOME II. lr~
le comédien irrité, et se rengorgeant d'un air théâtral : Si je ne craignais de compromettre ma dignité, ou plutôt, si je ne respectais votre sexe, je i'ousjerais voir rju'un roi de Cocagne vaut bien un chapon du Mans.
Ce proverbe ne saurait être joué devant une compagnie délicate et pudibonde.