‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 262 sur 339 · PROVERBE XL · texte numérisé non relu

PROVERBE XL

I.E Pari. — On ne saurait tirer de l'huile d'un mur. (Pag. 219.)

Cliose aussi impossible que de tirer de l'argent d'un avare, la vérité d'un Gascon, de la modestie d'un poète, de la francliisedunNormandjCt de la conscience d'un vieux procureur, de la précision dans un acte de notaire, et de l'esprit dans le grifTonnage d'un huissier. Les Latins disaient : Jquam e pumice postnlare; demander de l'eau à une pierre ponce.

L'anecdote suivante est absolument le pendant de l'action du proverbe , à la dillérence près que la surdité de M. Ledoux est l'occasion dun pari qui fait le nœud de la pièce. Le célèbre arlequin Carlin Berlina2zi fui invité, par un de ses amis, à dincr à table d hôte. Le hasard le fit placer devant un homme qui ne s'occupait qu à manger, et qui avait l'air de ne se mêler en rien de la conversation, quelque intéressante qu'elle fût. Carlin devina la raison qui empêchait ce convive de prendre part à la conversation , qui était fort gaie. Il prit un verre de vin, et s'inclinant d'un air riant et gracieux, il lui dit

tout liant : Monsieur, allez-vous Jaire Tous les assistans

se regardèrent avec un étonncmeut qui fut suivi d'un grand éclat de rire, lorsque celui à qui Carlin s'était adressé répondit fort civilement : Monsieur, vous êtes bitn poli; vous me faites bien de l'honneur. C'était un sourd, qui, n'ayant point entendu le propos d'Arlequin , setait imaginé , à l'air affable de ce dernier, qu'il lui faisait l'honneur de boire à sa santé.

PROVERBE XLL

La Médaille d'Othon. — Ce qui est bon à prendre'est bon à rendre. (Pag. 25 1.)

Cela signifie ordinairement, qu'il vaut mieux se saisir d'une chose sur laquelle on croit avoir quelque droit , que de la laisser prendre par un autre , parce qu'au pis aller on est quitte pour la rendre.

DU TOME II. lix

Ce proverbe rappelle riiistoire du célèbre antiquaire Taillant, passionné poiu* la science des médailles. Il ayait entrepris de longs voyages, à l'effet d'en recueillir de précieuses. S'étant embarqué à Marseille pour aller à Rome , il fut pris dans la traversée par uu corsaire, conduit à Alger, et mis à la chaîne. Son malheur et la perte de ses collections ne le découragèrent pas. Après quatre mois de captivité, il obtint la permission de revenir en France , afin de solliciter sa rançon. Il s'embarqua de nouveau sur un bâtiment qui fut attaqué par un corsaire de Timis. Vaillant, dans cette triste conjoncture, craignant de perdre tout le fruit de ses peines, comme cela lui était déjà arrivé, prit le parti d'avaler une quinzaine de médailles d'or qu'il avait sur lui, et il fut assez heureux pour se sauver dans la chaloupe, et d'aborder sur les côtes de France , où la nature , soulagée d'un poids inusité , lui rendit intactes les médailles qu il avait confiées à son estomac. Se non è vero ben trovato.

En général , les archéologues sont si prévenus pour tout ce qu'ils croient avoir uu caractère, une apparence même d antiquité , qu'ils ressemblent aux Chinois , qui s imaginent être les seuls au monde qui aient deux yeux. Ils prétendent se faire jour à travers les plus épaisses ténèbres de l'antiquité. La moindre petite pièce de vieille monnaie ou de vieux vase qu'ils rencontrent , pourvu qu'elle soit bien crasseuse et couverte d'une rouille sacrée , est pour eux un trésor inestimable. Toutes les ressources de l'érudition , des conjectures , des commentaires sont mises en œuvre ; et souvent la postérité admet, sur la foi des archéologues , comme incontestable , ce qui est 1 œuvre de l'ineptie et de la fausseté. Henri Cadajo , célèbre graveur portugais , se moquait souvent des antiquaires , en leur faisant passer pour antiques des pierres sur lesquelles il avait gravé lui-même les oracles de la svbille. Un ami du savant jésuite Rircher auteur de l'ouvrage intitulé Munduni siibtevrantuin , s'amusa un jour à ses dépens. Il lui présenta une feuille de papier de la Chine , sur lequel il y avait des caractères si étranges . que le savant jésuite n'y put rien com-

Ll ENTu'aCTES des PROVF.nBES

prenilre. Son ami , ennu)('' ilc le voir prendre tant de peine, lui découvrit tout ie ni^sltTC, en présentiinl devant un miroir le p:i|)icr, sur lequel on avait écrit en caractères lond)ards renverst'S : yuli vana svctari, et trnipus ptrdcrc nuisis: Cesse de l appliquer à la reclierclie de choses vaines, el qui ne sont bonnes qu'à te faire perdre du temps. On disait, en parlant d'un .«-avant antirpiaire, <|uc lorsqu'il ne pouvait en plein jour décliillrer une médaille , ou une inscription , ii se faisait apporter une lumière , el que c'était l'ait tout de suite.

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