‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 269 sur 339 · PROVERBE XLVIII · texte numérisé non relu

PROVERBE XLVIII

L'ÉcHivAiN DES Charniers. ■ — Il se sert de la pâte du chat pour tirer les marrons duj'tu. (Hag. ~)!\'S.)

L:i moralité de ce proverbe s'adresse à ceux qui veulenl, comme dit La Fontaine dans la Table du Singe et du Chat,

Leur bicD premièrement , et puis le mal d'autrui;

à ces intrigants liabiles qui savent mettre en avant des imbécilles, à qui ils disent, comme Bertrand dit à Raton:

Frère, il faut aajoard'bui Que ta fasses un coup de maître :

Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître Propre à tirer marrons du feu , Certes, marrons verraient beau jeu.

Tel est le langage de ces imposteurs dangereux qui , après s'être servis de leurs dupes comme de paravents pour cacher leur jeu , les abandonnent lâchement au moment du danger. La Bruyère a observé : « que le même fond d'orgueil qui nous faisait aspirer à la domination, nous rendait vils, souples et rampants près des hommes en crédit. » Ce sont les premiers échelons que doit enjamber un ambitieux. C'est un grand talent que celui de savoir deviner, apprécier, mettre en œuvre , et diriger le crédit et le talent des autres pour les faire servir à ses fins personnelles. Cette marche réfléchie suppose une perspicacité rare ; et celui qui sait donner une grande direction à ses affaires , est certes un homme qui a une idée nette et absolue de gouvernement , et à qui il ne manque que l'occasion pour sVlever, faire de grandes choses, et se rendre maître des événements. C'est le génie spécial des usurpateurs et des tyrans.

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