‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 271 sur 339 · PROVERBE L · texte numérisé non relu

PROVERBE L

L'Étranger. — L'enUnit est au diseur. (Pag. 387.)

Il st'iitend bien lui-même, mais il ne se lait point entendre des autres : tel est M. Trothorg du proverbe. I^es anciens ont comparé le monde à un grand livre, dans lequel l'homme qui n'a vu que son pays natal n'a lu qu'une feuille. Pour s'instruire en voyage , il laul interroger à propos et avec mesure, s'astreindre aux usages reçus dans le pays, ne pas apporter avec soi les ridicules du sien , autrement on s'expose à attirer sur soi des regards curieux et malins. Je ne pense cependant pas qu'il faille tellement s'incorporer aux mœurs et coutumes des nations où l'on voyage, que, comme Alcibiade , on soit intempérant et dissolu chez les unes , sobre et chaste chez les autres : il y a un juste milieu à garder, dans lequel consiste la raison.

Les voyages perfectionnent l'homme, dit-on, lorsqu'il sait se garantir de ses préventions , juger et examiner de sangfroid. Ils lui fournissent chaque jour, chaque instant, de nouveaux objets, de nouvelles sensations j ils multiplient et agrandissent ses idées, ses connaissances; ils sont enfin regardés comme le meilleur remède à la mélancolie. On doit éviter les excès de la crédulité, et ne pas ressembler à cet Anglais qui , ayant rencontré sur le pont de Blois une femme rousse , écrivit sur son agenda que toutes les femmes de la ville étaient rousses; ou à cet autre qui, ayant vu une grue se reposer sur une pale, en conclut que toutes les grues de ce pays-là n'en avaient qu'une. Il y a des moralistes qui pensent que les voyages, loin de perfectionner l'homme, le détériorent.

Rarement , à courir le monde.

On devient plus homme de bien.

Chaque langue a son génie , son caractère , ses usages , ses privilèges, ses immunités et ses grâces particulières. Chacune demeure, pour ainsi dire, sur son quant à soi, et elles ue s'en-

DU TOME II. Ixxj

ire-commimiquent polat leurs singularités. Tel usage qui vous paraîtra ridicule , sera Tobjet du respect des indigènes. Il faut qu'un homme sage et curieux de s'instruire en voyageant, se pourvoie de quatre poclies , une pour la santé , l'autre pour Taj'gent , la troisième pour un bon compagnon , qu'on peut remplacer au besoin par la prudence et la circonspection , et la quatrième pour la patience , car elle est souvent mise à de rudes épreuves : l'ignorance de la langue, la difficulté et le besoin de se faire comprendre, exposent à des inconvénients sans nombre.

Le voyageur trouvera partout, et dans tous les pays, le vice insolent et la vertu bafibuée , la justice prostituée , léquité binnie ; Plutus , l'objet du culte de la plupart des bommes; les femmes partout coquettes, et les maris partout ...., battus et contents : les uns cherchant le mouvement perpétuel , la quadrature du cercle , et Tabsolu ; les autres , l'art de voler sans ailes , de plumer la poule sans la faire crier, et le secret de paraître savant à peu de frais, et de

Torater, de chute en chute, au trône académique.

Il verra partout les jeunes gens courant après la vieillesse, et les vieux, modernes Esons, cherchant à rajeunir; des fous vendant la sagesse , et de prétendus sages achetant la folie ; la politique agitant partout la founiiillière, partout des sociétés de désorganisateurs ; et enfin partout les funestes vapeurs sorties de la boîte de Pandore.

A beau mentir qui vient de loin, est un proverbe qui s'applique à presque tous les voyageurs. De luengas vias, biengas mentiras , disent les Espagnols.

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