PROVERBE LI
Le Lièvre. • — Il Jaut gratter les gens où il leur démange. (Pag 407.)
La louange chatouille et gagne les esprits. A mentir et à flatter, l'homme du monde gagne des amis; à dire la vérité, il les perd. Le sage, au contraire , dit la vérité , sans craindre
Ixxij entr'actes des proverbes
ni amis ni ennrrnis. Ce provrrl>e est trcs-inoral : c'est tm beau portrait de la profession d avocat. Le caractère de M. Dubut est celui d'un parfait lionncte homme , et tel qu'on en devrait trouver dans cette nohlc profession. Du temps où la répul)li(jue romaine «'tait la plus llorissanle, les avocats qui aspiraient aux cliarj^es et aux honneurs plaidaient gratuitement. Mais dès que cet état honorable ne fut plus un moyen de parvenir aux dignitc'S , il devint mercenaire. Le nicticr d avocat fut un mrticr lucratif, et les avocats d'alors vendirent leur zèle , leur colère, leurs invectives, leurs sarcasmes contre l'autorité , comme beaucoup le font aujourd'hui. Il paraît tjuc de tout temps les avocats rançonnaient leurs parties. C est le privilège concèdt' à tout jamais sur les folies humaines. L honnête tribun Cincius lit une loi , qu on appela de son nom (Cincia), pour réprimer cet abus. Elle défendait aux avocats de ne rien exiger de leurs clients. L'empereur Auguste y ajùuta une peine j et Claude crut faire un grand coup que de les réduire à ne prendre pas plus de dix grands scxterces (4^7 f. lOS.) pour chaque cause : qu'on juge après cela de leur rapacité. Mais aujourd'hui c'est différent : un procès ne suÛJt pas pour nourrir ceux qui l'exploitent. Il faut dire, comme Scapin dans les Fourberies : « Combien d'appels et de degrés de juridiction! combien de procédures embarrassantes! combien d'animaux lavissants par les grilTcs desquels il vous faudra passer! sergents, procureurs , avocats, greffiers, substituts, rapporteurs, et leurs clercs! » Il faut que tout le monde vive. Il n'v a que le pauvre plaideur qui pourrait dire, comme le disait certain lieutenant-général de police à certain ciitique malin : Je n'en l'ois pas la nécessité.
Un avocat disait d un de ses confrères qui passait pour trèsignorant : Vous voyez un tel , il n'y a pas d avocat plus cher que lui; il ne donnerait pas un bon conseil pour cent pisloles.
L'n arocat, <1oiit les deslios Font un juge des plus notable», Croit que la loi des douze tables N'était qne pour leî grands festins.
DU TUME II. Ixxiij •