‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 273 sur 339 · PROVERBE LU · texte numérisé non relu

PROVERBE LU

Les Bons. — Aux derniers les bons. (Pag. 427.)

C'est ordinairement le cri des vendeurs de billets de loterie, parce que pour s'en débarrasser , ils disent que les derniers sont toujours les meilleurs. M^is, dans le proverbe, il s'agit de bons d'emplois accordés par le financier de Grantier à Lafont et Dubois, qui sont venus les derniers pour les demander. A cette époque, les traitants et les partisans, si décriés et si bonnis par l'aulem* de Turcarel et par La Bruyère, disposaient de tous les emplois de finances. Ces seigneurs suzerains de la maltote, de pressurante mémoire, furent obligés, par l'établissement de la cbambre ardente du 12 mars 1^15 , de regorger comme des sangsues le trop plein, Cbansonnés , bernés par les pampbicts du temps , ils ont survécu à leur déconfiture; leur héritage s'est perpétué jusqu'à la révolution, où leurs successeurs ont trouvé, sous d'autres noms, le moyen de s'enrichir en péchant en eau trouble. Si l'on comptait aujourd'hui avec tout le monde , combien de banquiers remis à tlot, dhonuètcs préteurs spéculant f intérêt des intérêts , de banqueroutiers rajeunis , de tuteurs et d'économes infidèles , de gens en place qui font tourner au profit de leurs neveux, cousins ou bâtards, les fonds des contribuables destinés à récompenser le mérite! combien d'accapareui'S de titres et de dignités seraient embarrassés d'une reddition de compte J combien de prétendus hommes habiles , après avoir exploité les mines fécondes des honneurs , des richesses et des distinctions , se reposent dans une heureuse indolence sans s'inquiéter des devoirs de leurs places , et repoussent le malheureux solliciteur , l'homme de mérite qui a l impertinence de troubler leur repos ou leur digestion ! Heureux ce dernier, si dans leur apathique insouciance ils daignent uoncbalemmeut lui dire :

Avei-vous ea le soin Je voir mon secrétaire? Allez lui demander si je sais votre affaire.

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