PROVERBE LVI
La Corbeille de Mariage. — Dame touchée, dame Jouée. (Pag. 433.)
Il y a dans ce proverbe une mère coquelte et sur le retour, qui voit avec déplaisir sa (ille croître , embellir et devenir nubile. Elle déguise Tage de sa tille pour donner le change sur le sien, et elle se laisse prendre à un quiproquo plaisant et qui motive la moralité du proverbe ; car le sens repose sur un terme usité au jeu d'échecs, où une pièce étant touchée est censée jouée. Mais, dans le proverbe, Carniontelle a voulu faire entendre que madame de Péraudière est dupe de la bonne opinion qu elle s'intagine laussementque le chevalier a conçue d'elle, et de la croyance dans laquelle elle est que ce dernier veut IVpouser. Le caractère de la mère n'est malheureusement que trop commun dans le monde , et cette jalousie , qui prend sa source dans un fol amour-propre et dans les vapeurs de la coquetterie, ne fait point honneur ans. mères qui ont le malheur d'en être atteintes, ctqtii, ne cherchant point à faire briller celles qu'elles devraient considérer comme leurs plus riches parures , les cachent comme des objets de comparaison qui les mortifient sans cesse. L'amour est un sentiment naturel, mais il faut qu'il soit de saison et de durée , autrement c'est un Jeu de paille. Le cœur d'une coquelte ressemble à un miroir. q«i ne conserve aucune image. Si les femmes qui ont reçu depuis long-temps leurs (quittances d'amour enlenôa'ienlhlen les intérêts de leur amour-propre, elles verraient que la beauté qui se soutient le mieux et le plus long-temps , est celle qu'entretiennent la bonté du cœur, les grâces de l'esprit, le calme de l'àme , et une parfaite résignation aux rigueurs obligées du temps ; et que la prétention de vouloir paraître plus jeunes qu'elles ne sont , fait précisément ressortir davantage sur leurs tronts les outrages journaliers qu'elles reçoivent de ce tyran qui détruit tout.
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