‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 281 sur 339 · PROVERBE LVIII · texte numérisé non relu

PROVERBE LVIII

La Recommandation. — Â^'ec les honnêtes gens il n'y a rien à perdre. (Pag. 23.)

Une recommandation est pour beaucoup de personnes un impôt de société dont elles cherchent à se déharrasser plutôt que d'une dette, et à quelque prix, que ce. .soit. Un grand seigneur, fort raisonnable sur ce point, disait souvent qu'il aimerait mieux donner une lettre de change qu'une lettre de recommandation ; car dans la première il n engageait que son crédit, au lieu que la seconde intéressait sa conscience et son honneur. Mais il en est des recommandations comme des lettres de change, beaucoup sont protestéos. Si tant de grands seigneurs étaient plus sobres de recommandations , ou du moins s'ils y faisaient autant d attention qu'ils en mettent k leurs intérêts personnels et à leurs projets d'ambition , on ne verrait pas en place tant d intrigants qui se prétendent nécessaires, comme s ils possédaient eux seuis la science, le secret et la marche des affaires. Il est déplorable qu'un chiffon de papier, empreint d'un nom sonore et qualifié, soit la clef de la fortune d un sot, d un fat ou d'un fripon. Le pouvoir luimême, intéressé le premier au choix des hommes, ne mesure pas toujours ses faveurs au mérite.

Le personnage de la comtesse peint bien ces femmes légères dont le cœur est aussi évaporé que le cerveau ; qui mettent plus d'importance à un pompon , à un attifet , à une bagatelle , qu'à obliger un galant homme; et qui, suivant l'expression de Duclos, coupent la conversation la plus intéressante pour dire que les tajjelas de l'année sont effroyables , et d'un goût qui fait honte à la nation. Le langage que Car-

Ixxxij ENTn ACTFS DES mOVERBES

moiitelle fail U'nir à la ronilesse, à propos de pièce nouvelle, esl n'i'lleiueiil «"c «(ui se passe maiiiienanld.ins la haute sori«'té, où le siiprouiebon ton est de parier delà piere nouvelle, qu'on a à peine entendue; du roman nouveau quOn a seulement parcouru des veux , ou dont un complaisant .lur.i lu quelques pages; de l'actrice à la inod<;, dont on s'est plu à louer ou à critiquer les charmes et la beautc; du musicien en vogue, dont les sons nocturnts et mciancoliques Tout palpiter les cœurs sensibles et augineutent de beaucoup le chapitre des émotions et des sentiments, comme on y parle du tlic, dxii out du jour, des vapeurs et <les indigestions, l/opposition du caractère de la comtesse avec celui de mddame de la Bruyère, femme obligeante et gén^-reuse , est bien saisi. Lord Chestertield recommandait à son lils de uit^n-tger les femmes, et surtout les vieilles temmes : elles sont bieu souvent les dispensatrices des plus brillantes hiTeurs, j'entende celles de l'ambitioû. En général, la recommandation î emporte sur le mérite; il en a été et il en sera toujours de même, et l'on peut dire en tout temps avec Molière : « Le mérite est trop maltraité aujourd'hui. »

Ou prix qu'il devrait obtenir ïu% mérite esl e&cliis sans ceiso Joinilre rimpudt-nce à l'adresse Est le mo^en de parveuir.

Page 1