‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 302 sur 339 · PROVERBE T.XXV · texte numérisé non relu

PROVERBE T.XXV

L'Ane dans lk Potager. — Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. (Pag. oS^.)

Ce proverbe est une petite copie du Grondeur. L'Olive , dans un mouvement d'impatience bien motivée, dit à M. Gricbard : Monsieur, je me ferais hacher ; il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée : choisissez, comment la voulez-vous.^ Eh bien, ce que dit l'Olive est positivement ce qu'on peut dire à ces gens moroses et atrabilaires qui ne sont jamais contents de rien, et qui. comme les membres de cette assemblée d'exécrable mémoire , plus liabiles à détruire qu'à créer, rêvent des constitutions impossibles. Lorsqu'on leur démontre la fausseté de leurs cbimères et l'ineptie de leur délire, forcés dans leurs derniers retranchements par les armes de la raison , ils ne savent que répondre , comme M. Gricbard à l O-

live : Je te l'ai dit mille fois, coquin; je la veux. Je la

Ils n'achèvent jamais , et l'on sait trop pourquoi.

lis veulent proclamer, disent-ils , les idées libérales ; mais entendons-nous, il y a fagots , et fagots. Il v a des idées libérales qui ne le sont pas du tout; par exemple :

Fatisser son serment , lorsqu'on a juré fidélité à la constitution reçue, est-ce libéral?

Semer dans son pavs des germes continuels de division et de discorde , en invoquant sans cesse \e beau réel de 1793, est- ce libéral?

Insulter des gens paisibles, des ministres de paix qui prèclient la soumission aux lois , le pardon des injures et la foi de nos pères, est-ce libéral?

Ramasser le poison en un petit volume, pour le mettre à la portée de tout le monde et en rendre l'effet plus sûr et plus prompt, est-ce libéral?

CVIlj ENTR ACTES DES PROVERBES

Menlir à sa conscience et narguer ses commeltants, est-ce librral?

Si" pi('len<lre invlolnble, et vouloir que l'ordre cl les lois ne soient pas inviolables , est-ce libéral?

Crier contre les distinctions cl les titres, lorsque la plupart (les crieurs sont clianiarrcs d'ordres et de cordons tint nationaux qu'(*trangers , et reniplis'-cnt tous les dri;r<''s de la liit'rarcliie nobiliaire; lors<jue surtout dans leur intérieur, ou dans leurs coteries, ils se font donner des coups de l'encensoir bonorifique , au risque d'en avoir le nez contus , est-ce libéral?

Déclamer contre les majorais, et nager dans les dotations impériales comme le poisson dans l'eau , est-ce libéral?

F.ngagcr la jeunesse agissante , pensante et réfléchissante par de basses flagorneries, et par de sales caricatures, à manquer de respect h la vieillesse , et à tourner en dérision la ntornle religieuse , est-ce libéral?

Que veulent donc ces amateurs, propagaleuis et distributeurs d'id('es lib«'-ralcs? Ils veulent pécher en eau trouble, eux et leurs amis. Voici leur grand argument, leur vrai cliamp de bataille : mais vous , qui ne pensez pas comme nous , vous voulez comme nous les places , les lionneurs et les distinctions. Mais , penl-on leur répondre ,

Il est bien différent de les mériter ou de les usurper;

Il est bien différent d cire les suppôts du génie du mal, ou les défenseurs des bons principes;

11 est ])ien différent de servir son prince à la manière du 20 mars, ou de le suivre dans la terre dexil ou dans les champs de l'honneur cl de la fidi'lité ;

Il est bien diffcrcnl d'arborer l'étendard de la révolte, des factions , du trouble cl du désordre , ou de défendre le drapeau sous lequel viennent se ranger l'ordre, la morale, la religion , Ihonneur el la sainteté du serment.

Mah, à tout venant, beau Jeu. Entendez-vous? Qui mal veut mal lui arrive.

DU TOME III. Cix

Dans le proverbe, la caricature de M. Broute, vieux niétlecin , qui dit toujours allons doucement , allons doucement, et qui probablement ne fait pas de même lorsqu'il s'agit d'expédier son monde , est fort plaisante , ainsi que celle du procureur, qui gronde toujours, excepté sans doute lorsqu'il est question d'argent.

Dans une comédie , le caractère du procureur est d'être ridicule, avare et fripon. Le préjugé, et certain goût rapace, ont pu nuire au nom et à la qualité de procureur. Les poètes comiques n'ont pas peu contribué à les avilir, par leurs sarcasmes et leurs plaisanteries. Celte profession était qualifiée, dans le Droit romain, ùifumissiina vilitas , sen'ilis obstcondatio. Je crois qu'on l'a jugée avec beaucoup trop de rigueur : il y a , comme dans toutes les corporations , de fort estimables gens parmi les procureurs ; cet état s'est ennobli en cbangeant de nom ; il n'a rien que d'honorable lorsqu'on l'exerce avec délicatesse , et lorsqu'on ne cherche point à exploiter le patrimoine des veuves , des orplielius et des imbécilles. Voici l'origine des procureurs. Lorsque les formalités judiciaires se furent multipliées dans le barreau de Rome, et que les procès furent devenus d'une discussion plus difficile, plusieurs praticiens firent une étude particulière de ces formalités. On les appela d'abord cognitores Juris , experts des causes j enfin, ils devinrent si nécessaires à l'instruction des procès , qu'on ne put bientôt se passer d'eux , ce qui les fit appeler domini litis , maîtres des procès : c'est tout comme aujourd'hui. Ils étaient en effet si bien reconnus pour maîtres des procès dont ils avaient la conduite , qu'on les condamnait en leur nom. Un procureur on un avoué doit avoir des connaissances en jurisprudence , principalement celles d'un notaire et d'un avocat. Veut-on intenter un grand ou un petit procès , ce qui n'est pas toujours au choix des parties , les premiers pas sont dirigés vers le procureur : c'est à lui que l'on s'adresse; c'est lui qui vous sert d'introducteur dans le temple de Thémis, que bien des gens prennent pour lantre de la chicane. On lui explique l'affaire: alors il doit; suivant

ex entu actes des proverbes

le sormcnt qu'il a fail à sa réception, tl(''lourriCT h' client de plaider, s il trouve sa cause mauvaise , ou s fii eliarj^er s'il la croit }jonne, ce qu il ne inan(|ue jamais de taire , et ensuite se conformer ri^joureustniiont à I article 6 du serment des proeuifurs, qui dite\press«>mcnt qu ils feront expédier, le plus tôt (ju d leur sera possible, les .ifl.iires dont ils seront cliareés : pour cet article, c'est aujourd liui tout comme autrefois.

PROVKRBE LXXVI.

Le Marchand de Bijoux. — .-Jvec les fripons il n'y a rien h gagner. (Hai^. 371.)

Quand les i^'ciis d'esprit et d'honneur s entendront , les sots et les fripons joueront un bien petit rôle: mais m.in)cureusement il n*v a que les fripons <|Ui fassent des Iij:;ues. Si les lionnètes j»ens avaient, pour faire le bien , la plus petiie portion de lenerijie (jue les cocjuins ont à faire le mal, ces derniers auraient les dents longues; mais, dans les dangers, les premiers se tiennent trop souvent isolés, et TexpiTience nous a prouvé que la probité sans courasce perd beaucoup de sa considération.

Un notaire, qui avait aussi peu de probiti* que de pratiques, s'avisa de cette friponnerie pour gagner de l'argent. Etant alb' trouver un jeune bonime dont le père t tait mort depuis peu de temps, il lui demanda s'il avait été pavé dune certaine somme que son père avait prêtée a (juelqu'uu , qui était mort aussi. Le jeune homme dit qu'il n'avait pas trouvé cette dette parmi les papiers de son père. J'en ai fait moi-même l'obligation, continue le notaire, et je l'ai entre les mains ; il ne tient qu'a vous de l'acheter. Le jeune homme achète le faux acte, et fait assigner le fils du prétendu débiteur. Celui- \ cl soutint qu'il paraissait , par les livres de son père , qui était marchand, qu'il n avait jamais rien emprunté, et alla trouver le notaire pour l'accuser d avoir (ait un iaux acte. « Vous n'étiez pas au monde, dit le notaire, quand cette somme fut empruntée. Votre père la rendit au bout de quelque temps, et J'en ai chez moi la quittance. » I.,e jeune homme la ra-

Page 1