PROVERBE* LXXXIV
La Diète. — Il faut sm-oir hurler avec les loups. (P. 52 1.)
lîuaginando inorbuni^ morbum contrahimus.
Pour devenir bientôt malade.
Il sufEt qu'on se le persuade.
L^lmagination qu'on a ingénieusement appelé la folle de la
(i) La mate était autrefois une piace à Paris, où les coupe-bourses , les filoux et les escrocs avaient coutume de s'assembler. De tnat6 on a fait matois.
CXXVJ ENTIl ACTES DES PROVERBES
maison, est cette faculté féconde que la nature nons a donnée pour exercer nos perceptions et notre juf;emc'nl : l<»rsfju"clle est bien réglée, elle voit les objeLs j.ous leurs vt'riLibles rapports, elle les rassemble, les classe avec ordre dans le cerveau; lorsqu'elle est déréi^lée, elle les brouille, les confond , elle en fait une masse bétérogène qui conslilue un véritable désordre didécs : plus ce désordre prend de l'intensité- , plus il approcbe de la folie; alors ce présent si précieux nous devient funeste lorsqu'il n'est point asservi à la raison. 1j imagination qui n'est «'garée que jusqu'à un cerLiin degré, produit ceîte exaltation qui donne la vicau\ objets inanimés au point qu'ils produisent une illusion complète. Elle s'exerce aussi bien dans le sommeil que dans les veilles. Sénèque le rbéieur assure qu'un romain nommé Gallus Vibius, rbéieur de profession comme lui , perdit la raison en s'appliquant avec trop de contention d'esprit à imiter les mouvements , les attitudes de la folie pour cbarmer re>prit d<' ses auditeurs, et c est le seul que je sacbe , ajoute Sénèque, à qui il soit arrivé de devenir fou non par accident , mais par un acte de jugement. Si la force de l'imagination est dans le cas de faire pousser des cornes, comme Montaigne le raconte de Cvpus, roi d Italie, qui , après avoir assisté le jour à un combat de taureaux, avant eu en songe toute la nuit des cornes en tète, les produisit en son fri^'Ut par la force de l'imagination , ne pourrait-elle pas à plus juste cause, produire cet effet sur l'os coroual de certains jaloux?
Tonte la vie n'est qu'une illusion continuelle ; il est temps que je m'en aille, disait Fontenelle , je commence à voir les cboses telles qu'elles sont. Avec une imagination vive, un cerveau tondre , un esprit faible, on s'imagine tout ce qu'on imagine : c'est la situation d esprit de M. Despreuils, qui n'est guéri de son entêtement mental que par la pbilosopbie de celte bonne madame Baba, qui ne veut pas, à i exemple de son maître, guarder le ocche al prête, rendre le cimetière bossu ; comme le dit le proverbe italien.
DU TOME 111. CXXVJJ
Mii^uel Cervantes a lire le parti le plus ingénieux de la force de i"iin.i:^in;Uioa , dans sa charmante nouvelle du Licencié Vidritra. Sous celte allégorie, il (ait débiter à la iolie même les maximes les plus sensées , avec celte hardiesse que la soui'ce doîi elles sortent rend scu'e excusable. Un homme de beaucoup desprit et du jugement le plus droit, lorsque sa raison n'élaii point en campagne, s'était imaginé qu'il était devenu théière. Dans les accès de sou délire, il affectait Taltitude el la pose d une théière , en arrondissant un bras sur la hanclie pour repn'senter l'anse, et levant l'autre bras pour repr: senter le goulot : sa corpulence aidait à la représentation de cet objet fantastique.
Il y a beaucoup de physiologistes qui mettent en doute le pouvoir qu'on attribue à l'imaginalion sur la production des élres. Thomas Morus a fait une épigramme latine , pleine de sel, sur la femme d'un certain Sabino , Bolonais, laquelle s'étant abandonnée au désordre en l'absence de sou mari, et redouiant son retour, avait engendré un enfant qui, sans avoir re semblance au une avec l'adultère dont il provenait, ressemblait trait pour trait au mari dont il ne pr<wenait pas. Ce qui contredit un peu le système des molécules de l'illustre Bufïon.
Ce proverbe a beaucoup d'analogie avec un opuscule dramatique de M. de Sacv, intitulé p^ive ta vie f L'auleur a représenté un homme possédé de relie maladie mentale qu'on appelle anglomanie : toujours prêt à se noyer, à se pendre ou à s'empoisonner, et à y inviter les autres ; mais qui s y prend toujours assez maladroitement, pour se donner le plaisir d'attendre et de remettre la partie. On ne parvient à le corriger de sa manie, qu'en lui donnant une potion soporalive. Dans l'intervalle de son assoupissement, on prépare une représentation de l'enfer. Lorsqu'il se réveil, e, des diables secouent des chaînes; alors il se croit empoisonné et mort. Il se lamente. Sa femme, habillée en mc'gère, vient le tourmenter, et le force de comparaître devant son valet déguisé en Pluton.
CXXVllJ E>'TR ACTES DES PROV. DU" T. III.
Après un interrogatoire assez plaisant, on le condamne à retoaruer avec sa lemiue et à repartir pour Tautre monde, sous la coudilioa de renoncer à la manie du suicide.
Malgré tout le jargon de la philosophie. Malgré toDS les chagrins , ma fui , vitm la pie !
Une dame do hoauroup desMrit répondait à un de ces plulosoplies, (jul prétendait que l^i j/}c était la cliose la plus lia't*sal)le : Trouvez- moi donc giyetlfue chose de mieux. Les peuples du Nord, en i^éuéral, ont toajours témoigné- du mépris pour la vie , et lUie espèce d insensibilité pour les tourments les plus aigus. Un Anglais se brùlc plus aist-meitt la cervelle , qu'un Italien ne souflre une saignée. Ce que dit Athénée des anciens Tliraces est incroyable. Seleucus , dit-il , avait remar(|ué que quelques-uns des Tliraces jouaient à un certain jeu qu'on appelait leyV« du pendu. On attachait dans un lieu élevé une corde, sous laquelle on mettait perpeudiculalrement un caillou rond et uni. Apres avoir choisi par le sort celui qui devait cire l'acteur, on le faisait monter sur le caillou , armé dune fau\. Il était obligé de se mettre lui-même la corde au cou , pendant qu'un autre ôtait adroitement la pierre. Si celui qui demeurait suspendu n'avait pas le bonheur on l'adresse de couper à l'instant la corde avec la faux qu'il tenait des deux mains , il était étranglé , et périssait au milieu des risées de tous les spectateurs, qui se moquaient de lui comme d'un maladroit. (Hist. des Celles, liv. il, ch. XIII.)
Ce jeu-là ne trouvera plus d'amateurs.
Volpeggiar con le Volpi. (Prov. ita.)