OU LE POÈTE TRAGIQUE ET LE POETE COMIQUE
Tragédie-proverbe en une scène, enprose, avec tous ses agréments.
Le théâtre représeute le palier d'un sixième étage, une mansarde à droite et un grecier à gauche.
M. Giblet , poêle tragique, sortant de son grenier, une chandelle à la main et tout en chemise, va frapper rudement à la mansarde de M. Calidas, poète comique. Celui-ci, enseveli dans un profond sommeil, se réveille en sursaut, se lève, ouvre sa porte, se frotte les yeus tout éblouis qu'ils sont des rayons Inmiueux delà chandelle moulée des 6 à la livre.
M. GIBLET, avec enthousiasme.
Tombez à mes genoux, mon ami, tombez à mes genoux; adorez un génie que Melpomène favorise ! Je viens d enfanter
des vers; mais, que dis-jeî c'est Apollon lui-même qui
me les a dictés. Avant que je les montre à personne, je veux vous les réciter.
M. CALIDAS, étendant les bras, et bâillant à se fendre la mâchoire , s'aperçoit qu'il est dans un état peu différent de celui de pure nature.
Attendez un moment, (il s'mveloppe d'une veste râpée, qui lui descend
jusqu'aux genoux.) Jc VOUS remercie de la préférence; mais je me suis couché fort tard , le sommeil m'accable , et je ne réponds pas que jeutende, sans me rendormir, tous les vers que vous avez à me dire.
M. GIBLET.
Je vous en réponds bien . moi ; quand vous seriez mort, la scène que je viens de composer serait capable de vous rappeler à la vie. Venons aux vers dont je veux vous donner l'étreune.