M. SA VON EAU
Si ce n'est que cela qui vous arrête, il ne demandera plus raumône.
TATONET.
Je ne demanderai plus l'aumône?
M. SAVONFAU.
Non, sûrement. Il n'v a que ceux «jui ont un véritable besoin, à qui il est permis de la demander.
TATONET.
Abl monsieur le Commissaire, je vous demande bien pardon, mais, au nom de votre bienheureux patron, ce grand nmi de Dieu, ne me faites pas ôter la permission de demander l'an m une.
M. SAVONEAU.
A quoi vous d<nerminez-vous7
TATONET.
A faire tout ce que vous voudrez, pourvu qu'on me rende
mou .irgent.
M. SAVONEAU.
Allons, cela est bon, mais voilà mon clerc. Qu'est-ce qu il y a monsieur Pinçon? (D'uue autre voix.) Monsieur le Commissaire, c'est un aveugle qui a été assassiué par un de ses camarades, et qui a dit que ce chapeau appartenait à son assassin .
TATONET, i part.
Ab! mon dieu! que je suis malheureux!
M. SAVONEAU, de la voix du clerc.
Et il y a cent louis dans ce chapeau. (Repreaantlavoii du Commissaire.) Qu'est-ce que cela veut dire?
JEANNETON
Monsieur le Commissaire, ce n'est pas moi qui vous ai dit qu'il l'avait tué.
M. S.WONEAU.
Un moment, un moment, ceci devient sérieux. (ATatooet.) Comment vous appelez-vous, mon ami?
L AVEUGLE AVARE
TATONET.
George Tatonet, monsieur.
M. SAVONEAtJ.
Ecrivez, mon clerc. Reconnaissez-vous ce chapeau-là pour avoir été à vous?
TATONET. ,
Non, monsieur.
M. SAVONEAU.
Ces cent louis ne vous appartiennent doue pas?
TATONET.
Pardonnez-moi, monsieur.
Mais les cent louis ne vont pas sans le chapeau; et il faut que vous preniez le chapeau comme vous appartenant, si les cent louis sont à vous.
TATONET.
Eh bien, je prendrai aussi le chapeau, monsieur le Commissaire.
M. SAVONEAU.
Puisque vous reconnaissez que le chapeau et les cent louis vous appartiennent , vous voilà convaincu du crime d'avoir assassiné l'homme qui vient de mourir.
TATONET.
Mais, monsieur, ce n'est pas ma faute s'il est mort d'un coup de bâton que j'ai donné en l'air.
M. SAVONEAU.
Par le procès-verbal, il est dit que c'était pour avoir sa place dans celte rue.
TATONET.
Je ne savais pas que ce fût sa place.
M. SAVONEAU,
Vous n'en serez pas moins pendu.
TATONET, plearaot.
Je serai pendu I
8o l'aveugle avare.
M. SAVONEAU.
Sûrement.
TATONF.T, pleurant.
Ah! monsieur le Commissaire, ne pourriez-vous pas empêcher que ce malheur-là ne m'arrive?
M. SAVONEAU.
Attendez. Éloignez-vous , vous autres. Ecoutez-moi : l'autre avcu£;!e est mort ; abandonnez le chapeau et les cent louis, et l'on écrira dans la déposition qu'ils n étaient pas à vous.
TATONET.
Mais qui les aura?
M. SAVONEAU.
Cette fille , qui savait que vous aviez tué cet aveugle , et qui n'a pas déposé contre vous .
TATONET.
JEst-ce que sur sa déposition je serais pendu?
M. SAVONEAU.
Assurément.
TATONET.
Mais si elle voulait se contenter de cinquante louis.
M. SAVONEAU.
Elle ne pourrait pas se dispenser de dire que les cinquante autres et le chapeau sont à vous.
TATONET.
Elle ne le pourrait pas ?
M. SAVONEAU.
Non vraiment.
TATONET.
Mademoiselle , rendez-moi ce service-là , je vous en prie.
JEANNETON
Je ne sais pas les affaires , et je ne peux faire que ce que monsieur le Commissaire dira.
TATONET
Je vous en donnerai soixante.
l'aveugle avare. 8l
M. SAVONEAU.
Cela ne suffit pas : il faut donner le tout.
TATONFT, pleurant.
Le tout !
M. SAVONKAU.
Oui, mais on vous rendra votre chapeau.
JEANNETON
Et même votre bâton.
TATONET, pleurant.
Mon chapeau et mou Ixiton .'
ÎM. SAVOiVEAU.
Oui.
TATONET.
C'est là tout ce que j'aurai 7
Non, vous aurez encore la permission de demander toujours raumoue,
TATONET.
Allons, ce n'est pas tout perdre.
M. SAVONEAU.
Vous donnez ces cent louis à mademoiselle?
TATONET.
Il le faut bien, puisque je ne peux pas les reprendre sans être pendu.
JEANNETON
Monsieur, je vous suis bien obligée.
M. SAVONEAU.
Adieu, mon ami^ une autre lois soyez plus sage.
TATONET.
Ou moins malheureux.
M. SAVONEAU, à Jeannetnn.
Nous, allons chez la mère Dumoulin; je suis sûr à présent