‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 80 sur 339 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

Les Acteurs précédents, M. DU II.\BLE.

M. DU H ADLE, sant paraître.

Allons donc, madame Hougcau, des chevaux, des chevauxj mais où est-elle donc?

W""^ ROUGEAU

Me voilà, me voilà.

M. DU H AELE

Ah, ah, ici? mesdames, je vous demande bien pardon.

(Il veut s'en allar.l

l'.a.bbé.

Entrez donc, monsieur, entrez donc.

M, DU HABLE

C'est que je crains d'être indiscret.

Ces dames vous en prient.

M""> DE SOUSAY.

Oui, monsieur, nous serons bien aises de causer avec vous.

l'abbé.

Monsieur, pourrait-on vous demander si vous viendriez de Sedan?

M. DU HABLE

Oui , monsieur.

M™e DE MORTILLIÈRE , à madame de Sonsay.

Ah , ah , madame , nous allons savoir.. ..

l'abeé.

' Monsieur, le chemin est-il sur?

LES VOYAGEURS. l65

M, DU HABLE

Oui , monsieur, c'est un fort bon chemin.

l'abbé.

Il n'y a donc rien à craindre?

M. DU HABLE

Non , pour le peu que voire voiture soit bonne, vous arriverez aisément à Sedan.

Hime jjE MORTILLIÈRE.

Mais ce n'est pas là ce que nous vous demandons. Nous voudrions savoir si nous ferons bien de traverser la foret la nuit?

C'est selon qu'on est brave.

Bime DE SOUSAY.

Comment brave l madame ...

l'abbé.

Voilk ces dames qui se récrient déjà . Pour moi , je n'aurais pas peur ; mais quand on est avec des femmes, vous sentez bien qu'on est fort embarrassé.

M. DU HABLE

Ma foi, monsieur, il me semble pourtant qu'on doit avoir peur la nuit; pour le jour, on voit venir, et l'on se tient sur ses gardes.

l'abbé , tremblant.

Comment sur ses gardes?

IM. DU HABLE

Oui , par exemple : j'ai vu Bras-de-fer venir à gauche , j'tii tenu mon pistolet sur la portière , il s'est éloigné. Je me suis bien douté qu'il reparaîtrait à droite. En effet, il s'y est présenté ; et moi mes deux, pislolcls à droite et à gauche, j'ai passé

la forêt tranquillement : ainsi , en faisant comme moi ; mais

de jour, vous n'avez rien à craindre.

l'abbé.

Mais nous n'avons point de pistolets ; je n'ai pas cru , en sortant de Paris , qu'il y avait à craindre sur ce chemin-ci.

iGG JLli:S VOTAGELThS.

M. vu HABLE.

Il y a des moments où vous pourriez passer.

Des moments?

M. DU HABLE

Oui , OÙ Bras-dc-fcr serait occupé ailleurs, par exemple.

M™e DE MORTILLIÈRE.

Monsieur lAbbo , je ne passerai jamais la foret.

M'"» DE SOUSAY.

Ni moi non plus sûrement.

LAEBÉ.

Attendez donc , mesdames ; il ne faut pas avoir peur comme cela : si vous étiez toutes seules , ù la bonne heare.

M. Dlf HABLE.

Mesdames , songez donc que vous avez mousicur l'Abbé cjui doit vous rassurer.

M""" DE MORTILLIÈRE.

Oui, mais nous ne voulons pas le faire tuer.

M. DU HABLE

Il n'v a rien à craindre avec des pistolets , je vous en réponds.

MWf DE SOUSAY.

Mais, monsieur, on vous a déjà dit que nous n'en avions point.

M. DU HABLE

Cela devient différent.

Attendez, mesdames, il me vient une idée.

M^^ DE niORTILLlÈRE.

Allons , voyons , l'Abbé.

M™* DE SOUSAY.

Ab ! il est charmant.

l'abbé.

Monsieur, vous pouvez nous faire un grand plaisir, et qui obligerait infiniment ces dames.

LES VOYAGEURS. IVJ

M. DU HABLE

Je ne demande pas mieux , assurément.

l'abbé.

Je le crois , ainsi voici ma proposition : tous pourriez nous prêter ou nous céder vos pistolets ; vous n'eu avez pas besoin pour aller d'ici à Paris ; il n'y a rien à craindre , nous en venons.

M. DU HABLE

Oui, monsieur ; mais je n'y vak pas , moi : h trois lieues d ici je quille la grande roule..,, et, ma foi, on ne sait pas pour lors qui on peut rencontrer ; je suis au désespoir de vous refuser ainsi que ces dames. Je voudrais de tout mon cœur...

Mme J5E MORTILLIF.RE.

Ah! monsieur, nous n'en douions pas. En vérité, l'Abbé, aussi vous ne songez à rien.

l'abbé.

Vous verrez que j'ai tort à présent.

M™e DE SOUSAY.

Les hommes sonl comme cela.

il'^^ DE MORTILLIÈRE.

Moi , je ne saurais souffrir les gens trop braves.

l'abbé.

Mais, madame, ce nesl pas ma faute si...

M"»« DE SOUSAY.

Il faut du moins craindre pour les auU'CS, el ne pas croire que tout le monde vous ressemble.

l'abbé.

Croyez-vous que je ne crains pas?

M. DU HABLE

Attendez , mesdames , je croi;s que je pourrai vous tirer d'embarras.

]>Iine DE lUORTILLiÊRE.

Ah î monsieur, dites donc promptement.

m. DU HABLE. '

Oui , sûrement, je dois les avoir.

lG8 LES VOYAGEURS.

l'abbé.

Quoi donc?

M. DU HABI.E.

Je mVu vais vous le dire.

ni"" DE SOUSAY.

Ne nous faites pas languir.

BI. DU HABLE

Un de mes cousins , qui raffole de belles armes , m'a prié de lui rapporter de Sedan une paire de pistolets , et je crois que je Icà ai dans ma malle.

Rccllemeut?

M. DU HABLE

Je n'en suis pas bien sur, mais je vais v voir.

M™« DE niORTILLlÉRE.

Ah , monsieur, ne perdez pas un inslaut.

l'abbé.

Pourvu que vous ne les ayez pas oubliés.

M. DU HABLE

Je me rappelle à présent qu'ils doivent y être. Je reviens dans le moment.

l'abbé.

Allez , allez , monsieur, allez vite , et en voyez -nous la maîtresse.

M. DU HABLE

La voici, monsieur l'Abbé.

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