‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 3 sur 255 · SCENE IL M. DE SAIINT-BRICE, M. DU PARC · texte numérisé non relu

SCENE IL M. DE SAIINT-BRICE, M. DU PARC

M. DU PARC

Pourquoi ne veux-tu pas venir souper chez madame de Sainte-Placide? c'est une très -bonne maison.

M. DE SAINT-BRICE

Je le sais bien.

M. DU PARC

Elîe t'en a prié ; et si tu reviens ici quelquefois , tu seras Jjien aise de la trouver.

M. DE SAINT-BRICE

Si mon affaire se finit , je ne crois pas qu'on m'y revoie de sitôt.

M. DU PARC

Oui , mais il faut qu'elle se fasse.

M. DE SAINT-BRICE

C'est pour cela que je veux faire mon mémoire , afin de le présenter demain.

M. DU PARC

Tu trouverais peut-être * chez madame de Sainte-Placide des gens qui pourraient te servir.

Qui?

M. DU PARC. -

Des premiers commis : il en vient beaucoup chez elle , et

qui sont très-honnêtes.

M. DE SAINT-BRICE

Tu as raison , diable J

M. DU PARC

Quand je te dis , allons ; viens , viens.

M. DE SAINT-BRICE

Je veux faire mon mémoire avant , il est encore de bonne heure.

M. DU PARC

Et qu'est-ce-ce que c'est que ton affaire?

M. DE SAINT-BRICE

On m'a dit que j'aurais de la peine à Tobtenir.

M. DU PARC

Il faut en parler à madame de Sainte-Placide.

M. DE SAINT-BRICE

Si tu crois qu'elle puisse m'y servir, je ne demande pas mieux.

M. DU PARC

Je te dis que c'est la meilleure femme du monde et la plus obligeante.

BI. DE SAINT-BRICE

Voici de quoi il est question. J'ai passé l'hiver chez mon père, comme tu sais.

M. DU PARC

Oui. Quel âge a-t-il ton père?

M. DE SAINT-BRICE

Soixante et quinze ans -, mais il se porte bien.

M. DU PARC

Il faudrait demander la survivance de sa lieutenance du roi.

M. DE SAINT-BRICE

C'est cela justement que je veux.

M. DU PARC

Tu as raison.

M. DE SAINT-BRICE

Tu connais mademoiselle Adélaïde?

M. DU PARC

La fille de madame de la Bellière, à Douai?

lO l'officier

M. DE 9AINT-BRICE.

Eh, non!

M. DU PARC

Ah, la fille de M. Desfoias, votre major.

Justement : elle est charmante î

M. DU PARC

Mais il me semhle que non.

M. DE SAINT-BRICE

C'est que tu ne te la rappelles pas.

M. DU PARC

Et parbleu si fait ; n'est-ce pas une grande fille pâle , qui a- Tait mal à la poitrine?

M. DE SAINT-BRICE

Oui , mais ce mal là n'est rien : notre chirurgien major l'a entreprise , il m'a promis qu'avant un mois elle serait guérie.

M. DU PARC

Si tu avais connu le nôtre I il n'en manquait pas une , des maladies de poitrine ^ c'était bien le plus habile homme du monde. Achève donc : je parie que tu es amoureux de mademoiselle Adélaïde.

M. DE SAINT-BRICE

Il est impossible de l'aimer davantage.

M. DU PARC

Et t'aime-t-elle aussi ?

M. DE SAINT-BRICE

Tout ce qu'on peut aimer ; et je parie que sa langueur ne vient que de ce que son père ne veut pas consentir à notre mariage.

M. DU PARC

Quoi, le bon homme Desfoins est donc un peu entêté?

M. DE SAINT-BRICE

Que trop. Il n'y a que dans le cas où j'aurais la survivance de mon père, qu'il le voudrait bien.

M. DU PARC

Je le crois.

M. DE SAINT -BRICE

Mon père a écrit à son ancien colonel qui Taimait beaucoup; celui-ci venait de mourir. II a encore écrit pour cette survivance à bien des officiers généraux de sa connaissance sous lesquels il a servi : quelques-uns ne lui ont pas répondu, et les autres lui ont mandé qu on n'accordait plus de survivances ; et comme il y a un de ses camarades qui en a obtenu une pour son fils , j'ai pris le parti de venir ici y ce n'a pas été sans être désespéré de me séparer de mademoiselle Adélaïde.

M. DU PARC

Il faudra conter tout cela à madame de Sainte-Placide. Si lu veux, je la préviendrai.

M. DE SAINT -BRICE

N'oublie pas de dire que c'est celle du lieutenant de roi du Quesnoi qui a été accordée.

M. DU PARC

Celle du Quesnoi?

M. DE SAINT-BRICE

Il y a six semaines.

M. DU PARC

Ah çà, tu viendras bientôt?

M. DE SAINT-BRICE

Oui, quand j'aurai fini mon mémoire.

M. DU PARC

Allons, c'est bon ^ je m'en vais t'annoncer, ne sois pas long-temps.

M. DE SAINT-BRICE

Non, non.

M. DU PARC

Adieu.

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