SCENE IL M. DE SAIINT-BRICE, M. DU PARC
M. DU PARC
Pourquoi ne veux-tu pas venir souper chez madame de Sainte-Placide? c'est une très -bonne maison.
M. DE SAINT-BRICE
Je le sais bien.
M. DU PARC
Elîe t'en a prié ; et si tu reviens ici quelquefois , tu seras Jjien aise de la trouver.
M. DE SAINT-BRICE
Si mon affaire se finit , je ne crois pas qu'on m'y revoie de sitôt.
M. DU PARC
Oui , mais il faut qu'elle se fasse.
M. DE SAINT-BRICE
C'est pour cela que je veux faire mon mémoire , afin de le présenter demain.
M. DU PARC
Tu trouverais peut-être * chez madame de Sainte-Placide des gens qui pourraient te servir.
Qui?
M. DU PARC. -
Des premiers commis : il en vient beaucoup chez elle , et
qui sont très-honnêtes.
M. DE SAINT-BRICE
Tu as raison , diable J
M. DU PARC
Quand je te dis , allons ; viens , viens.
M. DE SAINT-BRICE
Je veux faire mon mémoire avant , il est encore de bonne heure.
M. DU PARC
Et qu'est-ce-ce que c'est que ton affaire?
M. DE SAINT-BRICE
On m'a dit que j'aurais de la peine à Tobtenir.
M. DU PARC
Il faut en parler à madame de Sainte-Placide.
M. DE SAINT-BRICE
Si tu crois qu'elle puisse m'y servir, je ne demande pas mieux.
M. DU PARC
Je te dis que c'est la meilleure femme du monde et la plus obligeante.
BI. DE SAINT-BRICE
Voici de quoi il est question. J'ai passé l'hiver chez mon père, comme tu sais.
M. DU PARC
Oui. Quel âge a-t-il ton père?
M. DE SAINT-BRICE
Soixante et quinze ans -, mais il se porte bien.
M. DU PARC
Il faudrait demander la survivance de sa lieutenance du roi.
M. DE SAINT-BRICE
C'est cela justement que je veux.
M. DU PARC
Tu as raison.
M. DE SAINT-BRICE
Tu connais mademoiselle Adélaïde?
M. DU PARC
La fille de madame de la Bellière, à Douai?
lO l'officier
M. DE 9AINT-BRICE.
Eh, non!
M. DU PARC
Ah, la fille de M. Desfoias, votre major.
Justement : elle est charmante î
M. DU PARC
Mais il me semhle que non.
M. DE SAINT-BRICE
C'est que tu ne te la rappelles pas.
M. DU PARC
Et parbleu si fait ; n'est-ce pas une grande fille pâle , qui a- Tait mal à la poitrine?
M. DE SAINT-BRICE
Oui , mais ce mal là n'est rien : notre chirurgien major l'a entreprise , il m'a promis qu'avant un mois elle serait guérie.
M. DU PARC
Si tu avais connu le nôtre I il n'en manquait pas une , des maladies de poitrine ^ c'était bien le plus habile homme du monde. Achève donc : je parie que tu es amoureux de mademoiselle Adélaïde.
M. DE SAINT-BRICE
Il est impossible de l'aimer davantage.
M. DU PARC
Et t'aime-t-elle aussi ?
M. DE SAINT-BRICE
Tout ce qu'on peut aimer ; et je parie que sa langueur ne vient que de ce que son père ne veut pas consentir à notre mariage.
M. DU PARC
Quoi, le bon homme Desfoins est donc un peu entêté?
M. DE SAINT-BRICE
Que trop. Il n'y a que dans le cas où j'aurais la survivance de mon père, qu'il le voudrait bien.
M. DU PARC
Je le crois.
M. DE SAINT -BRICE
Mon père a écrit à son ancien colonel qui Taimait beaucoup; celui-ci venait de mourir. II a encore écrit pour cette survivance à bien des officiers généraux de sa connaissance sous lesquels il a servi : quelques-uns ne lui ont pas répondu, et les autres lui ont mandé qu on n'accordait plus de survivances ; et comme il y a un de ses camarades qui en a obtenu une pour son fils , j'ai pris le parti de venir ici y ce n'a pas été sans être désespéré de me séparer de mademoiselle Adélaïde.
M. DU PARC
Il faudra conter tout cela à madame de Sainte-Placide. Si lu veux, je la préviendrai.
M. DE SAINT -BRICE
N'oublie pas de dire que c'est celle du lieutenant de roi du Quesnoi qui a été accordée.
M. DU PARC
Celle du Quesnoi?
M. DE SAINT-BRICE
Il y a six semaines.
M. DU PARC
Ah çà, tu viendras bientôt?
M. DE SAINT-BRICE
Oui, quand j'aurai fini mon mémoire.
M. DU PARC
Allons, c'est bon ^ je m'en vais t'annoncer, ne sois pas long-temps.
M. DE SAINT-BRICE
Non, non.
M. DU PARC
Adieu.