SCENE XVI
LA MARQUISE , LE COMTE
LE COMTE, à la marquise qui veut sortir aussi.
Ah, madame, arrêtez, je vous en supplie. Quoi, vous pourriez m'abandonner? serait -il possible que mon repentir ne pût parvenir à vous toucher? Ah, croyez qu'il n'est rien....
LA MARQUISE
Non, monsieur, VOUS m'êtes devenu entièrement indifférent; je ne vous veux aucun mal , au contraire, je souhaite même que les nœuds que vous allez former puissent faire votre bonheur.
LE COMTE
Mon bonheur î Ah, madame, il n'en est plas pour moi , si vous ne me donnez Tespoir de pouvoir vous mériter un jour. Oui, je vais percer ce cœur que vous croyez qui a pu vouloir vous ofFeuser ; c'est une erreur oii il n'a point de part^ rien au monde ne peut lui tenir lieu de vous ^ sans vous la vie ne peut que m'étre odieuse ; mes torts n ont servi qu'à me faire connaître que je perds tout eu vous perdant.
LA MARQUISE
C'est vainement que vous tenteriez de vouloir me persuader : votre cœur vous avait trompé , vous aviez cru pouvoir m'aimer toujours , vous pouvez le croire encore dans ce moment 5 mais mon malheur ne serait que retardé, si je me rendais à vos instances , si je pouvais vous rendre mon cœur.
LE COMTE, aux pieds de la Marquise.
Quoi , vous avez pu réellement cesser de m'aimer? Ah , madame, je ne le saurais croirej je connais trop la délicatesse de votre âme, et cette dernière action m'a bien prouvé que vous ne vou'iez point ma perte. Regardez-moi, madame, regardez-moi, je vous en supplie: si vos yeux sont d'accord avec votre bouche, cet instant sera le dernier de ma vie.
LA MARQUISE, lui tendant la main.
Ah, Comte! mériterez- vous le pardon que vous m'arrachez?
LE COMTE, lui baisant la main.
Ma reconnaissance égalera toujours mon amour.