SCENE PREMIÈRE
LE MARQUIS, LA COMTESSE
Je VOUS jure, madame, que le Chevalier n'est point coupable.
LA COMTESSE
Non , Marquis , je ne veux plus entendre seulement parler de lui.
Vous renvoyez ses lettres , vous ne voulez plus le voir , et sans être sûre du tort que vous croyez qu il a.
LA COMTESSE
Sans être sûre ?
Mais oui. J'avoue que les apparences sont contre lui. ...
LA CORITESSE.
Quoi , un billet écrit de sa main 7
Il est vrai.
LA COMTESSE
Et vous croyez pouvoir le justifier J Non, monsieur; ce serait en vain que vous Tentreprendriez.
Mais qui vous a remis ce billet?
LA COMTESSE
Une femme masquée , au bal de TOpéra .
Assez grande?
68 l'importuj^.
LA COMTESSE
Et VOUS , n'avez -VOUS pas reconnu la baronne de Belleville?
LA COMTESSE
Pardonnez-moi , et c'est ce qui m'a fait sentir la noirceur du procédé. Il a feint de m'aimer pour me sacrifier à elle. Le voilà ce billet. Lisez, pour voir comment vous pourrez le justifier. Vous connaissez son écriture?
Oui, c'est de lui. (Uiit.) «Ne croyez donc pas, madame, » que je puisse aimer la Comtesse ; j'ai voulu m'amuser de ses )ï prétentions , en feignant pour elle une passion que vous seu- » le êtes capable de m'insplrer toute ma vie. )>
LA COiMTESSE.
Eh bien, monsieiu', que dlrez-vous à cela?
Que la Baronne a voulu se venger de ce que vous lui avez enlevé le Cbevalier. Elle l'a mandé elle-même à une femme de ses amies , qu elle croyait brouillée avec le Chevalier, et qui lui a montré sa lettre : et si vous vouliez , il vous l'apporterait, car je lui ai conseillé de tacher de l'avoir.
LA COMTESSE
Cette lettre prouvera-t-elle que ce billet n'est pas du Chevalier?
Non , vraiment , mais vous y verrez que la Baronne a retrouvé par hasard ce billet que lui écrivit un jour le Chevalier, qui dans un souper avait feint de l'amour pour la Comtesse de Renicart, une femme de province, si ridicule, que vous avez vue ici , il y a un au.
Quoi , Marquis, vous ne me trompez point?
l'importun. 69
Vous verrez cette lettre , si vous permettez que le Clieva lier vous l'apporte.
LA COMTESSE
Mais en vérité....
Pouvez-vous hésiter, après tout ce que vous lui avez fait souffrir aussi injustement?
LA COMTESSE
Ai -je été plus tranquille que lui?
Je vais dire à votre porte qu on le laisse entrer, n'est-ce pas?
LA COMTESSE
Il faut bien y consentir, puisque vous le voulez.
J'admire l'effort que vous faites.