M"«DE L'ÉPINE, M. DE SAINT-MAUR, M. LEROIND
M. DE SAINT-MAUR
Est-il là, M. Lerond?
M. LEROND, allant à la porte.
Oui, oui, entrez ici.
M. DE SAINT-MAUR
Tenez, mon ami, voilà mademoiselle de TEpine, ma nièce, qui est charmée que vous vouliez bien la recevoir.
m'I® de l'épine , faisant une révérence.
Monsieur, c'est bien de Thonneur pour moi. ...
M. LEROND
Vous vous moquez, mademoiselle 5 vous êtes la nièce de mon ami , et quand vous ne la seriez pas , une personne de votre mérite est toujours sure de faire grand plaisir. Je vous ai vue bien petite, mademoiselle, (il veut l'embrasser.) Permettezvous?
M^^® DE l'Épine , reculant.
Quoi, monsieur.
M. DE SAINT-MAUR
Elle est un peu scrupuleuse. Allons, allons, embrassez mon ami Lerond.
l58 LA ROBE-DE-CHAMBBE.
M"e DE l'Épine.
Mais....
M. LEROND
Il faat bien faire connaissance. (U l'embrasse.)
M^^^ DE l'Épine , s'essayant le visage.
Mais en vérité, monsieur....
M. DE SAINT-MAUR
Qu est-ce que vous avez donc , ma nièce?
M"e DE l'Épine.
C'est que monsieur m'a jeté du tabac dans Tocil.
M. LEROND
Bon ! je n ai baisé que son oreille.
M. DE SAINT-MAUR
Cela ne sera rien.
M. LEROND
Il faut bien se faire à tout. Quand noas nous connaîtrons davantage , vous verrez que moi , je suis sans façons.
M"e DE l'épine.
Monsieur, il y a des choses que la pudeur ne permet pas.
Quand on n'y entend pas de mal, je crois qu'on ne doit pas se formaliser.
M. DE SAINT-MAUR
Non, non, c'est qu'elle ne sait pas comme vous êtes.
M. LEROND
Mademoiselle verra que je ne vais point par quatre chemins , moi: à quoi cela sert-il? J'aime la franchise.
M. DE SAINT-MAUR
Il a raison.
M. LEROND
Je ne vous montre pas encore votre chambre, parce qu'elle n'est pas arrangée j mais jespère que vous en serez contente.
m"« de l'épine.
Monsieur, tout ceci me paraît très-propre ^ c'est la premiè-
LA ROBE-DE-CHAMBRE. iSq
re chose que Ton doit désirer , et quand on la trouve , on est toujours bien.
M. LEROND
Écoulez donc , il y a encore une chose , c'est que les lits soient bons , et pour en être sûr, j'ai commencé par coucher dans tous mes lits pour les essayer.
Ml'e DE l'épine.
Quoi, dans celui où je coucherai?
Oui, mademoiselle, et c'est le meilleur de la maison.
m"® de l'épine.
Mais, monsieur, quand on destine un logement à des femmes , il ne faudrait pas que des hommes y logeassent jamais.
M. LEROND
Bon! et qu'est-ce que cela fait?
M. DE SAINT-MAUR
Laissez la dire. Je m'en vais retourner chez madame de Larue, à qui j'ai oublié de parler de quelque chose.
M. LEROND
Allez, allez , nous nous promènerons après dans mon jardin 'y je vous ferai voir tous les fruits que j'aurai cette année.
Je reviens tout de suite.