‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 188 sur 382 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

chère avec cette grande boîte qu'on a attachée par-dessus la vache.

MADAME DEMBRUN. Yous auriez dû prévoir cela plus tôt.

CLÉMENT. 11 fallait bien la mettre, puisque ce sont les chapeaux de madame.

MADAME DEMBRL'N. Quon la détache avec précaution ; on sortira la voiture dans la rue, et on remettra la boîte ensuite. Veillez un peu à cela, monsieur Flamet; ces gens-là sont si gauches !

M. FLAMET. Vous ne pourriez pas vous passer de cette i)OÎte ?

M.iDAME DEMBRUN (riant). C'cst bien là une question de célibataire ! Une femme se passer de chapeaux!

M. FLAMET (laissant percer de l'humeur). Dépêchons-nous, Clément.

(Il sort avec Clément.)

MADAME DEMBRUN (à Marguerite). Marguerite, vous êtes adroite; je me méfie un peu de ce que vient de me dire .M. Flamet au sujet des draps qu'il prétend avoir fait mettre dans le cofîre; prenez toujours ceux-ci, et pendant qu'il sera occupé de ma boîte, glissez-les sous son coussin, le coussin à gauche, vis-à-vis la place de Suzanne. Ne vous avisez pas d'en mettre de mon côté ; je n'en veux pas, je serais assise trop haut.

MARGUERITE. Laissez-moi faire, madame.

(Elle prend les draps et s'en va.)

MADAME DEMBRUN (sculc). Je ne crois pas M. Flamet trèsgalant; que m'importe! je suis si peu exigeante. Mais je connais vingt femmes au moins qui l'auraient rendu bien malheureux dans un voyage comme celui que nous allons faire ensemble.

(Clément entre, et un peu après Marguerite.)

CLÉMENT. C'est fait, madame.

MADAME DEMBRUN. Quoi ! déjà?

CLEMENT. Ce monsieur est si adroit!

MADAME DEMBRUN. Il n'en a pas l'air.

MARGUERITE. Pour 88 peine, je lui ai fait un bon petit siège avec les draps.

MADAME DEMBRUN. ]l s'en apercevra peut-être.

MARGUERITE. One non.

MADAME DEMBRLN. D'ailleurs, s'il en a réellement emporlé, je les lui laisserai; il n'aura pas à se plaindre.

CLÉMENT. Il vous attend en bas; il a déjà fait placer mademoiselle Suzanne.

MADAME DEMBRUX. Allons, il n'y a plus à s'en dédire. Cléraent, descendez ce chapeau et ma pelisse. Adieu, Marguerite. Du soin, de la propreté et une grande surveillance. Aussitôt que je serai installée aux eaux, je vous enverrai mon adresse, afin que vous puissiez me donner des nouvelles de Bibi. Je m'en irai donc sans la voir, cette pauvre Bibi! (Faisant un effort sur elle-même.) Allons, allons, il faut être raisonnable. Adieu, adieu, Marguerite.

(Elle sort avec Clémeat.)

MARGUERITE (seule). Quelle histoire qu'un voyage! Je n'ai pas fait tant d'embarras, moi, quand je suis venue de mon pays, et me v'ià tout de même. (Elle s'assied sur un canapé et se renverse sur un des coussins.) Ma fine, je ne suis pas fâchée d'avoir deux mois devant moi pour respirer.

(Clément entre.)

CLÉMENT. Ils sont enfin partis! A la grâce de Dieu !

MARGUERITE. Voyoz-vous, Clément, je fais la dame.

CLÉMENT (s'asseyant auprès d'elle). Et moi le monsieur.

'Il l'embrasse.)

MARGUERITE. Prenez donc garde.

CLÉMENT. J'ai fermé la porte de l'antichambre; nous sommes ici comme au bout du monde.

(Il veut encore l'embrasser.)

MARGL^ERITE. Finissez, Clément. Si vous comptez prendre ce train-là, vous vous trompez.

CLÉMENT. Nous ne sommes que nous; il faut bien rire un peu.

MARGUERITE. Qu'est-ce que c'est que ce monsieur qui emmène madame? Il me semble que je ne l'ai jamais vu ici.

CLÉMENT. Il y est venu deux ou trois fois depuis quelque temps. C'est un monsieur que madame rencontrait dans des maisons où elle va. Il a parlé qu'il voulait aller aux mêmes eaux où madame voulait aller; alors ils ont trouvé que cp

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