SCENE II
(Rambouillet. — Une petite auberge vis-à-vis la poste. — Au milieu de la salle une table couverte de différents plats.)
MADAME DEMBRUN, M. FLAMET, SUZANNE, L'HOTESSE, .lOSÉPHINE.
MADAME DEMBRUN. J'avais toujours cru que Rambouillet était beaucoup plus loin de Paris.
M. FLAMET. Douze licues.
MADA.ME DEMBRUN. Eh bien ! mais nous avons fait ces douze lieues-là bien lestement. Je ne suis pas plus fatiguée que si je sortais de mon lit. Vous n'avez pas été incommodé d'avoir changé de place avec Suzanne? Un homme, qu'est-ce que ça lui fait d'être sur le devant ou sur le derrière d'une voiture?
l'hotesse. Madame veut=elle prendre quelque chose?
M.VDAME DEMBRUN. Pas moi ; mais monsieur.
M. FLAMET. Vous ne déjeuHcz pas?
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MADAMt DEMBKLN. Je lie suis pas pressée. Quand nous aurons encore fait une poste ou deux, je verrai. Je prendrai peut-être un peu de café à la crème, mais sans nous arrêter. (A l'hôtesse.) Ce que je voudrais pour le nioraenl, madame, ce serait une chambre un peu propre, si vous en avez une.
l'hôtesse. Toutes celles que j'ai sont très-propres, madame, et même trop propres; car je sais ce qu'elles m'ont coûté à faire arranger.
Madame dembrun. Allons, tant mieux. Faites-m'en ouvrir une, et qu'on y porte du feu.
M. FLAMET. Du feu I au mois de juin! Est-ce que vous avez froid ?
MADAME DEMBRUN. Je ne sais pas, mais c'est égal. Venez, Suzanne.
SUZANNE (fixant les yeux sur la table). Si madame mengeait un peu ?
madame DEMBRUN (avec dédain). De ce qui est là-dessus? Je ne veux pas déranger les mouches. Pourquoi ne couvrez vous pas tout cela, madame? On fait à présent des cloches qui sont si commodes.
l'hôtesse. C'est le déjeuner de la diligence (jui va arriver.
MAD.4ME DEMBRUN. Pour dcs voyageurs de diligence, c'est autre chose. (A Joséphine.) Petite, demandez au domestique un sac de nuit, rouge et vert, qui est dans la voiture. Mangez, monsieur Flamet; déjeunez à votre aise; je vous donnerai tout le temps.
(Elle sort avec Suzanue et l'hùlesse; Joséphine sort d'un autre côté.)
M. FLAMET (seul. Il SB promèiie avec l'air de la plus grande contrariété; petit à petit il s'apaise, et tlnit par sourire.) 11 faut prendra mon parti; c'est fait. Qui diable se serait imaginé (ju'une femuie d'une apparence si tranquille, d'un accueil si gracieux dans un salon, put être une compagne de voyage aussi incommode? Ce qu'il y a de charmant, c'est qu'elle ne s'en doute pas le moins du monde.
(.léricho sort.) IV. 12.
JÉRICHO. Monsieur, le postillon dit bien qu'il faut remonter les soupentes; ces deux dames sont si lourdes!
M. FLAMET. Vous avez une clef anglaise; faites-vous aider, et arrangez cela.
JÉRICHO. Est-ce que nous ne déjeunerons pas?
M. FLAMET. Si fait. Ainsi dépêchez-vous.
JÉRICHO. Que monsieur n'ait pas d'inquiétude. Je meurs de faim.
(11 sort.)
M. FLA5IET (tournant autour de la table). Je ne sais pas si on peut disposer de ce qui est sur cette table. Madame Dembrun a emmené l'hôtesse et sa fille ; il n'y a personne à qui parler. Le déjeuner de la diligence a fort bonne mine. (A l'hôtesse qui entre.) Ah! madame, je voulais vous demander ce que vous auriez à me donner.
l'hoïesse. a moins que monsieur ne veuille quelque chose de chaud, tout ce qui est là est à son service.
M. FLAMET. C'est à merveille. Si, avec cela, vous pouvez faire faire un peu de soupe pour mon domestique qui en a l'habitude
l'hôtesse. Nous avons toujours du bouillon tout prêt; ce sera l'affaire d'une minute. Monsieur désire-t-il que je lui mette une petite table auprès de la croisée? Il pourra, tout en déjeunant, avoir l'œil sur sa voiture. Ce n'est pas qu'il y ait le moindre danger; mais enfin il y a quantité de voyageurs qui tiennent à ça.
(Jéricho entre.)
M. FLAMET. Mon domestique va vous aider.
l'hôtesse. Monsieur peut ne pas s'en donner la peine.
M. FLAiiET. Jéricho, approchez cette table.
l'hôtesse (mettant le couvert). Ça contentera l'épouse de monsieur, parce qu'elle a l'air de craindre qu'on ne touche à son petit bagage; c'est si naturel. ^
JÉRICHO. Comment! l'épouse de monsieur! Ce n'est pas l'épouse de monsieur.
l'hôtesse. Pardon. Mais comme cette dame, quoique bien belle assurément, ne m'avait pas pnru de la première jeu-