‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 191 sur 382 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

nesse, il ne m'était pas venu à l'idée que ce fût antre chose.

(Elle sort.)

JÉRICHO (éclatant de rire). Autre chose ! monsieur, qu'estce qu'elle croit donc, cette folle-là?

M. FLAMET (riant aussi). Voulez-vous bien ne pas crier si haut, imbécile!

JÉRICHO. Dame! monsieur, c'est que c'est trop fort aussi.

l'hôtesse (apportant un potage). Où vais-je mettre cela?

M. FLAMET. Mettez, mettez ici. Il mangera au bout de la table.

(Ils s'asseyent. Moment de silence.)

JÉRICHO. Monsieur! le bon potage!

l'hôtesse (à Jéricho d'un air de satisfaction). N'est-ce pas, monsieur? Je ne dis pas pour le reste; mais pour le bouillon, je défie qu'on puisse en trouver de meilleur nulle part.

JÉRICHO. Vous devriez y goûter, monsieur.

M. FLA.MET (prenant du potage). Voyons donc.

l'hôtesse. C'est ma réputation ; je dois y tenir. Toutes les personnes qui viennent ici , les uns disent une chose, les autres une autre; mais mon bouillon, ah ! mon bouillon, il n'y a qu'une voix.

(Joséphine entre.)

JOSÉPHINE (à Jéricho). Monsieur, cette dame vous demande.

JÉRICHO. Êtes-vous sûre que ce soit moi?

JOSÉPHINE. Oui, oui, le domestique.

JÉRICHO (d'un air chagrin, à son maître). Voyez donc un peu si ce n'est pas un sort?

M. FLAMET. Allcz-y, mon garçon; ce ne peut pas être grand'chose.

JÉRICHO. Si nous eussions voyagé seuls! Ah! mon Dieu, pourtant!....

(Il sort.)

M. FLAMET. Et du vin, madame?

l'hôtesse. Voilà la première fois qu'il m'arrive de l'oublier. Monsieur veut-il du Beaugenci, tout ce qu'il y a de meilleur?

M. FLAMET. Je m'en rapporte à vous.

212 LE VOYAGli.

l'hôtesse. Joséphine, \ile du Beaugenci, catîliel noir. (Joséphine sort.) Quand je n'aurai plus de celui-là , je n'en aurai plus; mais ce sera dommage. C'est étonnant ce qu'il y a de voyageurs qui m'en font mettre dans leur voiture, parce que partout, en général, les auberges pèchent par le vin. Celui que vous allez boire est véritable tète de Beaugenci ; nous n'en achetons jamais d'autre; mais toutes les années ne se ressemblent pas, malheureusement. Encore mon mari l'amène-t-il lui-même, rapport que les conducteurs sont si abominables!.. Qu'est-ce qu'elle fait donc celte raorveuse-là? (Elle appelle.) Joséphine! il faut qu'il y ait quelque chose. (Elle appelle plus fort.) Joséphine! Ne vous impatientez pas, monsieur, je reviens tout de suite.

(Elle sort.)

M. FLAMET (se versaut de l'eau). J'ai une soif de tous les diables. (A Jéricho qui entre.) Eh bien! mon pauvre Jéricho?

JÉRICHO. C'était pour avoir son nécessaire, parce que la voilà qui refait toute sa toilette.

M. FLAMET. Mangez, mangez, pendant que votre soupe est encore chaude.

JÉRICHO (tout en mangeant). On ne peut pas s'empêcher de rire. Elle est là-haut tout comme elle serait dans sa chambre à Paris, en peignoir, auprès de sa cheminée, et mademoiselle Suzanne qui lui arrange ses cheveux.

l'hotesse (apportant du vin). Vous avez attendu, monsieur; mais il n'y a pas de la faute de ma fille. Madame lui avait fait dire de tout quitter pour lui aller acheter un lacet; il y a loin ; nous sommes à l'extrémité de la ville. Poun u qu'elle en trouve seulement! (Elle va pour déboucher la bouteille; on entend sonner avec violence.) Allons! encore! (Donnant le lire-bouchon à Jéricho.) Tenez, monsieur, voulezvous bien vous charger de cela? je vais voir ce que veut madame.

(t;ile sort.)

JÉRICHO (débouchant la bouteille). Est-ce que ce n'est pas terrible, monsieur?

Page 1