SCÈNE m
MADAME DEMBRUN. VoUS aveZ clu paill?
LA LIMONADIÈRE. Je serais bien malheureuse si je n'en avais pas. (Elle appelle.) Coco!
coco (en dehors). Maman?
LA LIMONADIÈRE. Apporte le pain, mon bichon, avec un couteau, et ne te blesse pas.
MADAME DEMBRUN (riani). Le pain! ah! ah! ah! ah! le pain ! Est-ce que vous n'avez pas de petits pains?
LA LIMONADIÈRE. OÙ y a-t-il des petits pains à cette heureci?
MADAME DEMBRUN. A Paris, je suppose.
LA LIMONADIÈRE. A Paris ! à Paris! Nous ne sommes pas à Paris. (A M. Flamet.) Mais c'est vrai.
■ M. FLAMET (bas). Ne prenez pas garde.
COCO (apportant un pain de quatre livres). Est-ce que c'est pour elles?
(Il indique madame Dembrun et Suzanne.)
LA LIMONADIÈRE. Oui, mon lapin.
coco (posant le pain sur la table). Tenez, v'ià le pain et v'Ià le couteau.
MADAME DEMBRUN (d'un ton mielloux). C'est à vous ce joli enfant-là, madame?
LA LIMONADIÈRE. Oui, madame.
M.ADAME DEMBRUN. Il paraît bien espiègle. (A Coco.) Vous n'èles plus d'âge à aimer les bonbons, mon petit ami?
coco. Tout de même.
MADAME DEMBRUN. Alors tendez votre petite main, je vais vous en donner.
(Elle lui donne des bonbons.
coco (après les avoir mis dans sa bouche). Pouah ! que c'est mauvais!
(11 se met à pleurer.)
LA LIMONADIÈRE. Qu'avez-vous douc donné à mon enfant, madame?
MADAME DEMBRUN. Ce sout des pastilles de menthe.
coco (pleurant plus fort). C'est des dragées d'allrape, maman, c'est mauvais comme tout.
LA LiMo.NADiÈRE. Bois de l'eaii, mon chérubin, bois-en
beaucoup. (Elle lui verse de l'eau.) Je ne vous avais pas priée de lui donner des bonbons, madame. Il n'est pas élevé à cela. Bois toujours, mon petit; avale le plus que tu pourras.
MADAME DEMBRUN. Monsieur Flamet, expliquez donc à cette femme ce que c'est que des pastilles de menthe.
LA LIMONADIÈRE. Cette femme! (A Coco.) Comment te trouves-tu à présent, mon ange?
coco (pleurant toujours.) Pas si mal que tout à l'heure, maman ; mais il me semble toujours que ça me gargouille.
LA LIMONADIÈRE. Viens là-dedans te mettre devant le feu, je te frotterai le ventre.
(Elle emmène Coco.)
MADAME DEMBRUN. Il faut avouer, monsieur Flamet, que vous êtes d'un grand secours pour des femmes. Est-ce que vous ne pouviez pas imposer silence à celte harengère? Il ne doit venir personne chez elle. De quoi ça peut-il vivre? Avec la meilleure volonté du monde, moi qui ai l'habitude d'amadouer tous ces gens-là, je n'ai pas pu en venir à bout.
(Jéricho entre.)
JÉRICHO. Monsieur, j'avais peur de ne pas vous trouver. C'est qu'il n'y a pas à dire, en regardant la voiture, je viens de m'apercevoir qu'il fallait faire ficeler les ressorts. Le maréchal qui est là le dit bien aussi.
M. FLAMET. Le maréchal doit dire cela.
MADAME DEMBRUN. De grâce, monsieur Flamet, ne nous laissez pas seules; votre domestique suffit pour cela. Est-ce que vous vous connaissez en ressorts?
M. FLAMET. C'est pour votre sûreté plus que pour la mienne. Au surplus, je reviens tout de suite.
(Il sort avec .Téricho.)
MADAME DEMBRUN. Le voilà parti ! Qu'en dites-vous, Suzanne?
SUZANNE. Ne m'en parlez pas, madame, c'est une horreur. Il voit l'état dans lequel est madame, et il la quitte pour ménager quelques méchants bouts de ficelle.
MADAME DEMBRUN. Il ne lui manquait plus que d'être avare.
SUZANNE. Madame se rappelle-t-elle qu'elle était presque au