‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 204 sur 382 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

celle dame n'est pas co que vous voulez nous faire accroire. MADAME SÉNÉS. NoR , il y a dans son impatience quelque chose d'amoureux qui le trahit.

M. FLAMET. Ce quelque chose d'amoureux est une peur affreuse d'être encore grondé.

M. SÉNÉS. Cela revient à ce que nous disions ; c'est clair comme le jour. Consolez-vous, monsieur Flamet, le raccommodement n'en sera que plus agréable.

M. FLAMET (riant avec honhomie). Vous êtes fou.

LUDOVIC. Monsieur Flamet aura heau faire , je la verrai.

M. SÉNÉS. J'espère bien que nous la verrons tous.

MADAME SÉNÉS. Il ne faut pourtant pas pousser la plaisanterie trop loin.

M. SÉNÉS. Ma femme a déjà peur.

MADAME SÉNÉS. Si Cela devait faire réellement de la peine à monsieur Flamet...

M. FLAMET. Amusez-vous à mes dépens; riez tant que vous voudrez; vous êtes jeunes. Hier encore je riais aussi, moi.

LUDOVIC. Vous recommencerez à rire ce soir, monsieur Flamet. Après tout, votre sultane n'est pas un dragon.

M. FLAMET. Ma sultanc !

M. SÉNÉS. Je vous répèle que vous n'avez rien à vous reprocher. Cette dame n'étant pas décidée à repartir, ce que vous avez fait était tout simple.

M. FLAMET. J'aurais peut-être dû lui parler moi-même.

MADAME SÉNÉS. De quoi allez-vous vous inquiéter?

M. FLAMET. Une femme mérite toujours des égards.

LUDOVIC. Vous direz tout ce que vous voudrez, celte damelà vous tient au cœur.

M. FLAMET. C'est que, voyez-vous, il y a près de deux heures que je suis ici.

MADAME SÉNÉS. Et VOUS VOUS onuuyez déjà ?

M. FLAMET. La vérité est que je ne jouis pas de votre société ; mon imagination est toujours sur cette route.

M. SÉNÉS. Que faut-il donc pour vous tranquilliser? J'ai mis deux hommes à travailler devant la grille, avec ordre de nous avertir à la moindre voiture qu'ils apercevraient de loin. Antoine est monté à cheval ; il doit aller jusqu'à Chartres,

s'il n'a rien renconlré d'ici là ; vous avez parlé aux postillons qui connaissent tous celte maison aussi bien que l'auberge de la Poste; de plus, votre domestique...

M. FLAMET. Pardon, pardon ; j'ai tort. Dans le fait, c'est vrai; elle ne peut pas être passée; nous n'avons pas quitté cette place. N'est-ce pas, elle ne peut pas être passée?

MADAME SÉNÉS. Quei bon mari vous auriez fait!

M. FLAMET. Mais pas du tout; car si elle était ma femme, elle aurait été obligée de faire ce que j'aurais voulu.

(Monsieur, madame Sénés et Ludovic éclatent de rire.)

M. SÉNÉS. En voici bien d'un autre; elle aurait été obligée de faire ce qu'il aurait voulu!

M. FLAMET. Mais certainement. Si elle était ma femme!...

M. SÉNÉS. Il est d'une ingénuité incroyable. Mariez-vous donc une fois, monsieur Flamet, rien qu'une fois seulement ; je ne vous demande que cela ; vous saurez du moins ce que c'est qu'une femme.

MADAME SÉNÉS. Oui ; VOUS en parlez en connaissance de cause.

M. SÉNÉS. Loin de faire ce que voudrez, elle ne fera même pas ce qu'elle voulait faire, du moment qu'elle pourra se douter que cela vous conviendrait.

M. FLAMET. Et VOUS parlez ainsi devant madame ?

MADAME SÉNÉS (s'appuyaut sur l'épaule de son mari). Il y a du vrai dans ce qu'il dit.

M. FLAMET. Vous le Contrariez donc quelquefois?

MADAME SÉNÉS. A coup sûr. Souvent sans le vouloir, il est vrai ; mais parfois aussi, je l'avoue, pour tenter un peu sa patience.

M. FLAMET (à M. Sénès). Et vous fâchez-vous?

M. SÉNÉS. Comme on se fâche quand on aime.

M. FLAMET. A votre âge, tout cela est charmant; mais, moi, c'est sans compensation.

LUDOVIC. On ne vous demande pas d'aveux , monsieur Flamet.

M. FLAMET (courant à la grille). Paix donc! N'avez-vous pas entendu le fouet du postillon ?

M. SÉNÉS. Pas le moins du monde.

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