SCÈNE II
ARTHUR. Ah ! dame ! c'esl le ton de l'égalité, de la république, des étudiants.
MADAME DUPCis. Je VOUS en prie en grâce, Arthur, ne me parlez pas des étudiants ; je les ai en horreur. On devrait fermer les écoles. N'y a-t-il pas assez de médecins et d'avocats?
ARTHUR. J'étais tout à l'heure au café de Paris, tout près d'une table où il y avait de ces messieurs qui veulent la guerre, qui sympathisent avec les insurgés de tous les pays.
MADAME DUPUis. Mou Dieu ! qu'ils aillent les rejoindre.
ARTHUR. Qui sont pour les peuples contre les tyrans.
MADAME DUPUIS. C'est-à-dire, qui ne demandent que l'anarchie et le pillage.
ARTHUR. C'est cela.
MADAME DUTUis. Leurs vociférations soi-disant patriotiques ne sont autre chose que de l'envie contre tout ce qui a de la fortune, contre les classes élevées. Depuis que les nobles nous ont cédé la place, c'est à nous qu'on en veut. Quelle inconséquence! Y a-t-il l'ombre de comparaison à faire? La noblesse n'est qu'une fiction ; l'argent est réel.
ARTHUR. Malheureusement pour ces messieurs, cette réalité-là n'est qu'un rêve.
MADAME DUPUIS. On assure cependant qu'il y en a parmi eux qui ne manquent pas d'une espèce d'aisance.
ARTHUR. Alors ce sont des ambitieux.
MADAME DUPUIS. Il fâut le croife. Ils ont beau déguiser cela sous des grands noms d'honneur national...
ARTHUR. L'honneur national est dans le crédit public.
MADAME DUPUIS. C'est frappant ce que vous dites là.
.ARTHUR. Si la baisse eût continué, mon père pouvait se trouver dans le plus grand embarras.
MADAME DUPUIS. Mon mari n'était pas trop rassuré non plus. H est pourtant épouvantable qu'une poignée de factieux puisse donner des craintes aussi sérieuses à des maisons comme les nôtres.
ARTHUR. Ils veulent nous faire peur des étrangers ! Comme si le premier besoin d'un peuple n'était pas la tranquillité intérieure!