‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 221 sur 382 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

tous les propos qu'on me tient chaque fois que je sors pour reporter de l'ouvrage, et cependant je me mets toujours bien simplement

JULES. Tu es si jolie !

GEORGETTE. C'cst UH mot que cela. Je suis jolie! Mais, si vous me quittez, à, quoi cela me servira-t-il? Croyez-vous que je suivrai votre exemple, que je ferai une autre connaissance? Ah ! l'horreur !

JULES. Tais-toi donc, Georgette; tais-toi donc.

GEORGETTE (sanglotant). Non, monsieur Jules, je ne me tairai pas. Je veux que vous soyez bien sûre que jamais vous n'en retrouverez une autre comme moi. Qu'est-ce qu'il y a que nous nous connaissons ? Il y aura déjà six mois le 4 du mois prochain. Eh bien ! je vous jure que je n'ai pas passé un seul moment sans m'occuper de vous. J'étais trop heureuse; cela ne pouvait pas durer. Je n'avais pas assez d'esprit pour vous ; je le sentais bien. Aussi, quand vous m'avez dit, en plaisantant, que vous pourriez bien finir par m'épouser, vous rappelez-vous que je vous ai répondu : « Non, monsieur Jules, ça ne conviendrait pas ; vous avez de l'éducation, il vous faut une demoiselle de famille? » Croyez bien que je mourais en vous disant cela. Etre votre femme ! ô mon Dieu !

JULES (très-ému). En vérité, Georgette, je ne sais plus ce que je voulais te dire.

GEORGETTE. Tenez, monsieur Jules, je vous demande une dernière grâce; écrivez-le-moi plutôt. Vous m'avez tant aimée que mon chagrin vous ferait trop de peine à voir: moi, je me gênerais pour ne pas trop vous affliger. Quand je n'aurai plus d'espoir, je veux du moins pouvoir pleurer tout à mon aise.

JULES (lui mettant la main sur la bouche). Ah çà ! Georgette, veux-tu bien finir? A quoi ressemble tout ce que tu me dis? Je te jure, foi d'honnête homme, que je ne t'ai jamais chérie avec plus de tendresse. Tu crois que c'est en plaisantant que je t'ai parlé mariage; tu verras un jour si c'était en plaisantant. Avec de l'esprit, puisque tu trouves que j'en ai, comment peux-tu croire que je serais assez aveugle pour ne pas apprécier un cœur comme le tien? Il faut laisser parler les

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gens avant de se meure martel en tète comme lu \ieiis de le faire.

GEORGETTE (avcc tous JBs signes (3e la joie). Mon cher monsieur Jules! Ah! si je savais m'exprimer comme vous, vous seriez étonné de la force avec laquelle je vous aime. Vous ne pouvez pas vous en douter. Vous parlez de ma toilette, de mon ménage; qu'est-ce que c'est que cela? ce n'est rien du tout.

JULES. Nous autres hommes, Georgette, notre plus grand plaisir, quand nous aimons une femme, c'est de lui faire des présents.

GEORGETTE. Vous me croyez donc coquette?

JULES. Tu en es à cent lieues. Je veux seulement t'amener aux rêves qui me passent par la tête depuis quelque temps.

GEORGETTE. C'est drôle! moi, quand je suis contente, je ne rêve jamais.

JULES. Tu fais bien.

GEORGETTE. Et quels sont vos rêves, à vous?

JULES. Tu te rappelles qu'il y a eu une révolution au mois de juillet dernier?

GEORGETTE. Est-ce que je puis l'oublier, avec la cicatrice que vous avez à la main?

JULES. Cette révolution a donné naissance à plusieurs partis, mais surtout à deux : l'un qui pense qu'il faudrait que cette révolution eût franchement toutes ses conséquences; l'autre qui voudrait au contraire qu'on lui donnât le moins de suite possible.

GEORGETTE. Que VOUS avez de jolis cheveux !

JULES. Tâche de suivre un peu ce que je te dis, tu verras où je veux en venir.

GEORGETTE. Oui, monsleur Jules; parlez tant que vous voudrez.

JULES. Mon opinion à moi est du côté de ceux qui demandent que le changement soit complet. Cela me paraît plus net, plus clair; j'y vois moins de prise pour les intrigants; et, ma chère Georgette, il y a tant d'intrigants!

GEORGETTE. Je conuais bien quelqu'un qui ne l'est pas , et qui ne le sera jamais

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