SCÈNE III
.IULES et GEORGETTE.
JULES (à Georgelte qui suit tous ses mouvements d'un air d'inquiétude). N'aie donc pas l'air que tu as, Georgelte. Celle lettre est la plus heureuse lettre que nous puissions recevoir, (il baise la lettre.) Cher bon oncle! Baise-la aussi, ma Georgelte.
(;eor(;ette (baise machinalement la lettre en regardant toujours Jules d'un air inquiet). Je ne sais pas ce que je fais. Vous avez pourtant l'air bien content.
JULES. C'est la suite de la correspondance que j'avais avec mon oncle. Je craignais de l'en parler tant que je ne savais
pas comment cela tournerait; mais à présent qu'il n'y a plus rien à craindre, écoule. (Il lit.)
« Mon bon ami, tu as répondu fort net à la question que » je te faisais sur ta Georgette. Elle est dévouée et non pas- » sionnée. Tout était pour moi dans cette distinction. » — Comprends-tu, Georgette?
GEORGETTE. Nou, monsieur Jules.
JULES (continue de lire). « Je l'aime aujourd'hui presque » autant que tu l'aimes ; tu ne peux pas exiger davantage. » D'après ce que tu m'en as écrit, elle me rappelle si bien ta » pauvre tante que j'ai perdue! Eh bien! mon ami, cette » tante que tu as vue si distinguée, si remarquable par son » bon esprit, par son excellente conduite, un aveu que je » n'ai jamais fait à personne, elle n'avait pas une position » plus brillante que Georgette quand je l'ai épousée, et elle a » fait trente ans le bonheur de ma vie. Sa reconnaissance )) pour moi ne s'est pas démentie un seul instant. C'est un )) avantage que j'ai eu sur beaucoup de maris dont les femmes » croient ne rien leur devoir parce qu'elles ont apporté une » dot qui le plus souvent ne suffit pas au quart de leur dé- » pense.
» Je pars après-demain pour Paris, afin de connaître ta » Georgette par moi-même, et je ne la quitterai qu'après » votre mariage. »
GEORGETTE (avec la plus vive émotion). Mariage !
JLLES. Mariage; oui, Georgette. Lis plutôt.
GEORGETTE. Attendez un instant. Mariage! Bien sûr, je ne rêve pas; mes yeux sont ouverts; je vous vois; vous tenez une lettre. (Elle se laisse tomber à genoux.) Ah! mon Dieul que te bon Dieu est bon 1
JULES (lui présentant la lettre). Lis, lis, Georgette.
GEORGETTE (essuyaut ses yeux). Je ne puis rien distinguer. Mais je m'en rapporte bien à vous, monsieur Jules ; vous ne m'avez jamais trompée.
JULES (reprenant sa lecture). « Une fois ma résolution » prise, j'ai voulu te l'écrire tout de suite; je n'aime pas les » coups de théâtre. Pour ta mère, il est censé que Georgette » a douze mille francs, et elle les aura, car je les lui donne