‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 265 sur 382 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

LE GÉNÉRAL. Jo 116 me permettrais pas de vous imposer silence. D'ailleurs, on ne peut jamais me paraître indiscret; je suis toujours prêt à répondre à tout.

MADAME DE GENNETIXES. Est-ce qu'à l'époque de votre mariage on craignait que vous ne fussiez dissipateur? Je sais pourquoi je vous demande cela.

LE GÉNÉRAL. Moi! non, je ne crois pas être dissipateur; mais on pensait peut-être que je pourrais dénaturer les biens de ma femme ; et, pour des gens de province, des biens de famille, c'est l'arcbe sainte. Qu'ils rapportent ou qu'ils ne rapportent pas, c'est égal ; ce sont des biens de famille. De quoi a-l-on besoin avant tout, cependant? de revenus, n'est-il pas vrai?

MADAME DE GENNETiNES. De revenus, de revenus! vous avez raison. Je ne connais que cela, moi.

LE GÉNÉRAL. Dès lors VOUS vovez que je ne devais mettre .'i4icun intérêt à avoir un enfant ou à ne pas en avoir.

MADAME DE GENNETiNES. Etant séparé de biens, c'est vrai. LE GÉNÉRAL. Il en cst veuu un cependant qui est beaucoup plus riche que moi aujourd'hui.

MADAME DE GENNETINES. Sa mère était-elle agréable? LE GÉNÉRAL. De figure, peut-être que oui ; mais femme d'ordre, femme de ménage, femme sérieuse, sédentaire, aimant la lecture, presque savante. C'est elle qui a commencé l'éducation de son fils.

MADAME DE GENNETINES. Si VOUS n'avez pas été amoureux d'elle, je vous le pardonne alors.

LE GÉNÉRAL. Dans tous mes commandements, soit en France, soit à l'étranger, j'ai connu tant de femmes charmantes!

MADAME DE GENNETINES. 11 esl sùr que quand on revient après cela auprès d'une femme comme madame Delorme, par exemple.

LE GÉNÉRAL. Tenez , je cherchais à VOUS donner une idée de ma femme; vous l'avez trouvée.

MADAME DE GENNETINES. Une femme sans élégance ne me paraît même pas une femme.

LE (iÉNÉRVL. Oui, oui, il faut qu'une femme soit gaie, ton-

jours de bonne humeur; sans cela, que voulez-vous qu'on lui dise?

MADAME DE GENXETiXES. Quaud OH a un mari qui convient, qui est plein de franchise et de naturel, rien, ce me semble, ne doit coûter pour lui plaire. C'a toujours été mon système. Malheureusement je n'ai jamais pu l'appliquer.

LE GÉNÉRAL. Vous êtcs veuvB pourtant.

MADAME DE GENNETiNES. Oui. Il était entré beaucoup plus de convenances que d'affection dans les nœuds que j'avais formés. A vous parler franchement, mon cœur n'a jamais été complètement satisfait.

LE GÉNÉRAL. C'cst sl rare dans le mariage !

MADAME DE GENNETiNES. Ne dites donc pas cela, général. Aimante comme je suis, un mari aurait été le plus heureux des hommes avec moi, s'il avait pu me comprendre.

LE GÉNÉRAL. Esl-ce quc VOUS êtes gaie?

MADAME DE GENNETiNES. Parfois jusqu'à la folie.

LE GÉNÉRAL. C'est drôle ! je ne l'aurais pas cru. Vous avez pourtant des opinions politiques. Vous aviez l'air de me reprocher d'être en activité.

MADAME DE GENNETINES. J'avais l'air.

LE GÉNÉRAL. Pourquoi douc renoncer à un traitement?

MADAME DE GENNETINES. Ce Serait de la démence.

LE GÉNÉRAL. C'est qu'il y a à présent un las de petites femmes qui ont la rage de vous apprendre ce que vous auriez dû faire pour rester pur, pour rester fidèle.

MADAME DE GENNETINES (faisant l'agréable). Et je crois que cela n'a jamais été votre fort.

LE GÉNÉRAL. Ah ! c'est à double entente, ce que vous me dites là. Mais dame ! quand on n'a plus rien à attendre d'une femme ou d'un gouvernement

MADAME DE GEN^^TINES. C'est jUStC.

LE GÉNÉRAL. Que Ics gouvernements se maintiennent, on leur restera dévoué. Ils vous demandent d'être passifs, et ils veulent que vous ayez des opinions qui leur survivent : arrangez cela.

MADAME DE GENNETINES. Votre fils tient bon pourtant?

LE GÉNÉRAL. Mon fils! lui, sa lubie c'est de ne se battre

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