‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 295 sur 382 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

LE PRÉSIDENT. Dans l'affaire dont vons êtes chargé, je n'en sais rien; je vous parle comme à mon lils; je serais fâché de vous voir copier tous les bavardages dont nous a assommés le ministère public depuis vingt ans.

PROSPER. Esl-ce que les réquisitoires de la restauration pourraient me servir? Ce serait bien avantageux. Il y avait tant d'habile> gens à cette époque !

LE PRÉSIDENT. Fort habiles en effet, s'ils ont voulu amener ce que nous avons vu. Quand on cède à toutes les fantaisies d'un gouvernement, quand rien ne lui résiste plus en apparence, il se croit fort; c'est le moment oîi il tombe.

PROSPER. Le pouvoir ne peut pourtant pas rester désarmé en présence des faciioiis qui conspirent sa perte.

LE PRÉSIDENT. Je n'ai rien à vous répondre. J'ai fait en mémoire de votre père ce que ma conscience me dictait. Votre serviteur.

PROSPER. Mais, monsieur le président...

LE PRÉSIDENT. Adieu, adieu.

(U sort.)

PROSPER. (Il reste quelque temps pensif.) La tète me fend, je ne sais où j'en suis. Son équité! sa conscience! Parbleu, sa conscience ! si j'étais président, j'en aurais peut-être autant que lui. Avec sa conscience, il n'en cherche pas moins à me circonvenir, à m'altirer dans sa faction. Qu'il compte là-dessus! Je ne suis ni pour le passé ni pour l'avenir; c'est le présent tel qu'on le fera qui me convient. Les légitimistes, les anarchistes, me sont également odieux, et je compte bien m'expliquer là-dessus de manière à faire reculer le sieur .lustin. Lu parlant décela, comment qualilierai-je son client? Il a beau avoir été mon professeur, aujourd'hui c'est mon justiciable. L'appellerai-je le sieur un tel, le prévenu un tel, l'accusé un tel, ou tout simplement un tel? On ne peut m'appeler, moi, que monsieur le substitut; plus je rabaisserai mon adversaire, plus je m'élèverai ; c'est une espèce de fleur (le rliéiorique. Je parle au nom du roi, je poux tout me permettre. Qu'est-ce que c'est que de misérables écrivailleurs vis-à-vis fl'un magistral du roi?Des sycophantes. (Il s'arrête). .\h î sycophantes! il faut que j'écrive ce mot-là, il est .'^onore,

et peut trouver place quelque part. Cherchons auparavant dans le dictionnaire, pour savoir au juste ce qu'il veut dire. (Il ouvre un dictionnaire.) Sycophante, mot emprunté du grec, qui signifie fourbe, menteur, fripon, délateur, coquin. Bravo! c'est cela. Ah! monsieur Justin, vous ne l'éviterez certainement pas. Fourhe, menteur, fripon, délateur, coquin! la belle langue que le grec !

(Il se met à écrire.)

Page 1