SCÈNE X
LE DEPUTE (tiranl un papier de sa poche;. Que tu m'impatientes avec ta destitution ! Veux-tu voir le cas que j'en fais?
LE SOUS-PRÉFET. Monsieur, ne la déchirez pas.
LE DÉPUTÉ. Tiens, la voilà.
(11 la met en morceaux ^u'il jette aux pieds du sous-préfet.)
LE SOUS-PRÉFET. Je suis désolé. On croira que j'ai employé la séduction...
LE DÉPUTÉ. On ne croira rien ; c'est moi qui l'avais sollicitée.
LE SOUS-PREFET. Bah !
LE DÉPUTÉ. Sans doute. Je suis très-influent au ministère. Pour celte raison-là je ne voudrais pas que cette aubade fût mise dans les journaux ; je connais les ministres , il n'en faudrait pas davantage pour leur mettre la tête à l'envers sur mon compte. Tâchons que ceci se passe en famille, entre nous.
LE SOUS-PRÉFET. Vous ètes influent, et vous avez peur 1
LE DÉPUTÉ. Nos relations sont basées là=dessus. J'ai cinq députés qui ne votent que d'après moi ; aussi ne me refuset-on rien. Ne pense pas à la députation , oa ne conviendrait pas à ton caractère. Laisse-moi faire tes petites affaires comnic je l'entendrai, et tu verras, ill se retourne du côté de la croisée, le sous-préfet l'arrête encore.) Je ne conçois rien à ta conduite. Que diable as-tu donc? Comme virtuoses, ces jeunes gens mériteraient mes applaudissements, quand même celte jnusique n'aurait pas été faite pour moi.
LE SOUS-PRÉFET. C'est qu'en effet elle n'est pas pour vous.
LE DEPUTE (stupéfait). Hein!
LE SOUS-PRÉFET. Vous avez pris feu si vite que je n'ai pas eu le temps de vous ôter votre illusion.
LE DÉPUTÉ. Ne m'avez-vous pas dit vous-même...
LE SOUS-PRÉFET. Que c'était une aubade : que c'était pour un dépuié; qu'on la donnait sous mes fenêtres, et que je savais d'avance qu'elle aurait lieu. Je n'ai pas menti d'un mot. Mais ce que vous ne m'avez pas laissé le courage d'ajouter, c'est qu'elle s'adressait à un de vos collègues qui a dîné dans la maison à côté, chez monsieur Lelong.
LE DÉPUTÉ. Je veux sortir d'ici. J'étouffe.
LE SOUS-PRÉFET. Calmez-vous.
LE DÉPUTÉ. Dussé-je être mis en pièces par vos jacobins, je veux sortir.
LE SOUS-PRÉFET. A tout hasard j'avais fait atteler ma calèche: elle est à vos ordres.
LE DÉPUTÉ. Je n'ai pas d'autre moyen de m'éloigner; c'est par force majeure que je l'accepte; mais sachez que désormais tout est rompu entre nous.
LE sous-PRKFET. Laissez-moi vous accompagner.
LE DÉPUTÉ. Vous! Est-ce pour prolonger cette odieuse mystification ! Faites avancer votre voiture.
LE SODS-PRÉFET. Tout comme il vous plaira! (Il sonne: Constance paraît.) Constance, dites à François qu'il avance.
CONSTANCE. Oui, monsieur.
LE DÉPUTÉ. Je descends avec elle; j'ai trop besoin de respirer.
LE SOUS-PRÉFET. Attendez qu'on vous avertisse.
(Le député sort sans répondre.)