‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 366 sur 382 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

M. LRBÀiN. J'ai beau chercher...

MADAME URBAIN. Ah ! iiioiisieur Urbain, monsieur Urbain, on voit bien que nous ne sommes plus des nouveaux mariés.

M. URBAIN (avec un embarras toujours croissant). 3e l'assure bien, ma bonne amie, que je ne te comprends pas du tout, mais pas du tout, du tout. "

MADAME URBAIN. Ah ! Scélérat !

M. URBAIN. Est-ce qu'on t'aurait tait des contes sur moi, par hasard?

MADAME URBAIN. Je n'ai pas besoin qu'on me fasse des contes.

M. URBAIN. Allons, explique-toi donc, Julie.

MADAME URBAIN. Comment dites-vous?

M. URBAIN. Je te dis de t'expliquer.

MADAME URBAIN. Répjlez comme vous aviez dit la première fois.

M. URBAIN. J'ai dit : explique-toi donc, Julie.

MADAME URBAIN. Julie! Ce nom-là ne vous rappelle rien?

M. URBAIN (se frappant le front). Ah! pardon, ma chère petite amour du bon Dieu. (Il l'embrasse.) Va, sois sûre que je te souhaite une bonne et excellente fête, et ca de tout mon cœur et de toute mon àme. Que je m'en veux ! Je croyais que ta sainte ne venait que le mois prochain.

MADAME URBAIN. Nou, mousieur; ma sainte vient toujours le vingt-deux mai, et elle n'a pas envie de changer tant qu'elle sera sainte. ^larguerite, toute malade qu'elle est, ne l'avait pns oublié, elle. J'aurais voulu que lu pusses voir notre petit Julien avec le bouquet qu'elle lui avait mis dans sa petite menotte. C'est qu'il avait déjà l'air de savoir ce qu'il faisait!

M. URBAIN. Je te réponds bien que c'est la dernière fois que lu auras à me faire un pareil reproche.

MADAME URBAIN. F.coule (louc \ il faut bien que je te cherche des querelles d'Allemand ; je serais si embarrassée pour t'en faire d'autres !

(I':ile sort.)

M. URBAIN (seul). Parbleu! elle m'a fait une belle frayeur. C'était faute de réflexion. Comment pourrait-elle se douter...

iô2 Li: HENDEZ-VOUS MANQUL.

MADAME iRBAiN porUint un plat]. Qu'est-ce que vous croyez <jue j'apporte là-dedans, monsieur? Un civet; rien que cela.

M. URBAIN. Un civet!

MADAME URBAIN (faisant la révérence]. De la façon de votn; très-humble servante. J'espère bien que vous n'en aurez jamais mangé de meilleur.

M. URBAIN. Il te ressemblera donc?

MADAME URBAIN. Câlin ! mettez-vous à table. Tu n'ôles pas ton babit?

M. URBAIN. C'est inutile. Je me suis engagé bêtement à ressortir.

l^LADAME URBAIN. Ce SOif?

M. URBAIN. Eh! mon Dieu, oui. Imagine-toi que j'ai eu la sottise de passer devant le poste de la mairie ; ils étaient là plusieurs camarades à prendre l'air; ils m'ont entouré, et je n'ai pu m'en dépêtrer qu'en leur promettant de revenir leur faire un peu compagnie.

MADAME URBAIN (tristement). Ah !

M. URBAIN. C'est si long une nuit de garde !

MADAME URBAIN. Raisou de plus pour n'en passer que quand on y est obligé.

M. URBAIN. Que veux-tu? J'ai promis.

MADAME URBAIN. Tu n'as pas promis par-devant notaire?

M. URBAIN. Certainement non.

MADAME URBAIN. Dame! vois.

M. URBAIN. Et toi?

MADAME URBAIN. Tu pcnscs bien que ça ne [»eul [»as n)c faire grand plaisir.

M. URBAIN. D'honneur! je ne sais plus quel parti prendre. C'est comme un fait exprès ; tu me parais, ce soir, encore plus gentille qu'à l'ordinaire.

MADAME URBAIN. La belle avance! tu vas l'en aller.

M. URBAIN. Veux-tu que je reste? Dis.

MADAME URBAIN. Ou compte sur toi : je crains que ce ne soit mal.

M. URBAIN. Ce sera ce que ça voudra ; lu n'as qu'à dire un mol. (Il lui tenfl la main; elle hii donne la sienne.) Dis un

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