LE RENDEZ-VOUS MANQUÉ
M. URBAIN. C'est maciiinalemenl que je regardais ma montre. As-tu vu quelqu'un ce soir?
MADAME URBAIN. Ce bon mousieuf Frippet qui est toujours bien triste.
M. URBAIN (rianl). L'imbécile 1
MADAME URBAIN. Imbécile! je ne vois pas en quoi. Avec tout Te^jirit du monde, si votre femme n'est pas raisonnable...
M. URBAIN. Que veux-tu ? ça rne paraît toujours plaisant.
MADAME URBAIN. Tu fais le fier comme ça; je voudrais t'y voir, toi.
M. URBAIN. Ab ! quant à moi, ce serait dilTérent.
MADAME URBAIN. C'est bien naturel, je pardonne ça. J'entends des femmes qui trouvent que les hommes sont bien heureux d'être hommes. Ces messieurs peuvent tout sepermelire, disent-elles, et nous, ils nous font un crime de la moindre chose ; on \oil bien que ce sont eux qui ont fait la loi. La loi de quoi? Est-ce que les maris peuvent introduire des enfants de contrebande dans leur ménage? Comme c'est agréable pour un brave homme de s'échiner pour nourrir des enfants qui ne sont pas de lui.
M. URBAIN. Sais-tu que tu es rude !
MADAME URBAIN. Ce que je ne conçois pas, c'est que des hommes mariés, qui seraient comme des démons s'il leur arrivait malheur, ne se font pas scrupule d'aller porter le désordre dans les autres familles. N'ai-je pas raison?
M. URBAIN. A la bonne heure; mais tu t'échauffes, tu t'échauffes !
MADAME URBAIN. Moi, il me semble que si j'avais été homme, jamais je n'aurais fait un crime comme celui-là. Crois-tu?
M. URBAIN. Comment veux-tu que je sache ce qne tu aurai:5 fait, si lu avais été homme?
MADAME URBAIN. C'est humiliant; car, quelque courage qu'on ait, il n'en faut pas moins agir de ruse pour se cacher (l'un mari. Quand il n'y aurait que cela.
M. URBAIN. Donne-moi des fraises.
MADAME URBAIN. Fst-ce que tu ie .serais soucié d'une femme mariée, toi?