‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 78 sur 382 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

LE COLONEL, EMMA, MADAME D'YVARl, monsieur DUFLOS, mademoiselle MODESTE, dans le fond du théâtre.

madame d'yvari. Nos opérations sont terminées, monsieur le colonel ; l'acte est tout prêt; il ne s'agit plus que d'en prendre lecture et de le signer.

le COLONEL. Déjà?

M. DUFLOS. Comment n'auriuns-nous pas terminé promptemenl? Nous n'avions qu'un même intérêt, et nous avons souvent oublié laquelle des deux parties adverses nous étions chargés de défendre. Madame la baronne a quelquefois plaidé

pour mademoiselle Emma , tandis que moi je soutenais voire cause.

LE COLONEL. Vous ètes trop obligeant.

M. DUFLOS. Voulez-vous que je vous fasse connaître le contenu de l'acte?

LE COLONEL. C'est à mademoiselle Emma qu'il faut le demander.

EMMA. J'aimerais mieux signer sans lire.

LE COLONEL. Moi de même. Il y a quelque chose de si triste dans le fond de cette affaire ! D'ailleurs une marque absolue de confiance n'est pas trop pour acquitter ce que nous devons aux soins obligeants de madame.

MADAME d'yvari. Vous ne me devez rien, monsieur, et mon cœur suffit pour payer tout ce que j'ai fait pour cette aimable enfant. (A mademoiselle Modeste.) Mademoiselle, faites demander ma voiture, s'il vous plaît.

(Mademoiselle Modeste sort.)

M. DUFLOS (présentant la plume à Emma). Signez, mademoiselle.

EMMA (refusant de prendre la plume). Je ne sais si ce que je vais faire est bien ; mais, madame, il me semble que c'est le moment de parler de cette lettre.

LE COLONEL. Quelle lettre?

EMMA. Elle me fut remise par mon bienfaiteur avec ordre de ne l'ouvrir que dans le cas où j'aurais à me plaindre des procédés de son neveu. N'ayant point à me plaindre, cette lettre ne m'appartient plus, la voici.

LE COLONEL (prenant la lettre). Je ne croyais pas avoir mérité une précaution aussi injurieuse. J'aurais voulu du moins que la preuve m'en eût été épargnée.

EMMA. J'hésitais, et je suis affligée maintenant de vous avoir déplu. Vous m'avez demandé de la confiance, j'ai pensé qu'il aurait toujours fallu vous le dire plus tard.

LE COLONEL. Qucl amour-proprc révolté ne serait pas apaisé par des paroles aussi douces? Emma, donnez-moi votre main comme à un frère, et pardonnez-moi.

EMMA. De tout mon cœur, si le tort est de votre côté.

LE COLONEL. Oui, oui, mille fois de mon côté; et pour m'en

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