SCÈNE III
THOMAS, seul, et un peu après, MATHURIN.
THOMAS. Oui, oui, nous nous entendons joliment. Ce qu'il vient de me dire me donne encore plus d'envie de lui couper l'herbe sous le pied. Ce serait agriable, à mon âge, de débusquer un beau marie comme ça. Pas moins y a du risque. Y a (\n pour, y a du contre.
MATHURIN. Quoi que vous devisez donc là tout seul, voisin Thomas ?
THOMAS. C'est toujours ma vieille chanson que je répète, père Malhurin : ferai-je l'i ben de me marier? ferai -je t'i ben de rester garçon ?
MATHURIN. Savez-vous ben que v'ià une chanson qui pourrait devenir un tantinet ridicule pour peu que vous la chantiais encore queuque temps.
THOMAS. Que voulez-vous? je suis tâtonneux comme tous les diables.
MATHURIN. C'est pour ça qu'i faut vous marier.
THOMAS. Aveucqui?
MATHURIN. Parbleu ! aveuc une fille.
THOMAS. Aveuc une tille, aveuc une fille, c'est bentôt dit; mais aveuc laquelle?
MATHURIN. Tenez, asseyons-nous. Nous deviserons de ça plus à noire aise quand nous serons à table. (Ils s'asseyent et se versent du vin.) 1 demande aveuc laquelle, comme s'il manquait de filles dans le village ! Je ne vous parle pas de Thérèse; sa mère s'est mis dans la tête de la donner à Gervais, not' garçon de farme, et faudra ben que je finisse par le vouloir aussi. En attendant, je dis que non; mais je vois ma pauvre enfant qui pleure, sa mère qui soupire, Gervais qu'a l'air d'un imbécile; et tout ça me fend le cœur, voyez-vous.
THOMAS. Vous ferez pourtant une sottise, père Mathurin. Vous avez du bien ; vous n'avez qu'une fille ; il vous faut un gendre qui soit riche aussi.
MATHURIN. Allez donc parler comme ça à not' femme; aile