CLÉ!^ORD
Tu ne remarques pas que mon air est un peu languissant , abattu ?
GEORGET
lYou 5 monsieur.
CLÉNORD.
Mon teint te semble frais ?
GEORGET
Très-frais.
CLÉNORD.
Cela m'étonne^ car hier j'ai fait les délices dp toute une société. Vraiment je me suis compoué comme un jeune homme de vingt ans.
rSa LE VIEUX
GEORGET
Ça vous fait honneur.
CLÉNORD.
Cette Lonne clame Saint-Remi , je l'ai bien agacée. Je ne serais point surpris que ce souvenir n'ait dérangé son sommeil , voilà comme je suis.
Air ; Je pars, déjà de toutes parts.
Toujours Je veux que les amours Embellissent mes jours D'un triomphe durable ;
Je veux Que mes goûts et mes vœux Laissent à nos neveux Un souvenir aimable.
Au bal Je n'ai point de rival , J'appris de Dauberval Menuet , pirouettes.
Mon chant Paraît encor touchant , Je ne vais point cherchant Les vieilles chansonnettes.
Mon refrein Que Bacchus inspire Met bientôt tout le monde en train.
Par'les arts , par leur empire Je dissipe le noir chagi-in ; Mon adresse Met sans cesse
COQUET. i33
La tristesse
A- vau-l'eau.
Pour surprendre J'aime à rendre Un air tendre De Nicolo.
Au jeu Je défends mon enjeu , Mais l'abandonne un peu, Surtout avec les femmes.
Je sais Qu'un chevalier Français Au jeu ne doit jamais Gagner l'argent des dames.
L'amour M'inspire sans détour , J'amuse tour à tour La marquise ou Fanchette.
A table , sans valet J'offre tout ce qui plaît, Et découpe un poulet Au bout de ma fourchette»
Complaisant Sans paraître fade Je donne, en les amusant, A la maîtresse une œillade , A la soubrette un présent.
Quand je cite C'est Tacite , Théocrite , Ou Sévigné.
Ma tournure, Ma parure, Ma figure ,
i34 LE VIEUX
Tout est soigne.
Aussi , Quand plaire est mon souci , Plus d'une belle ici
Me nomme Encor jeune homme.
Et tu vois que , toujours joyeux , Je suis à tous les yeux Aimable , quoique vieux.
Il faut faire ma toilette du matin ; je mettrai mon petit uniforme et mou chapeau à plumet blanc. As-lu tout préparé , mon eau de Stahl , mon huile de iMacassar , et mon savon de sultane ?
GEORGET
Tout est là.
CLÉNORD.
Mon rouge végétal , mon blanc minéral , et mu teinture pour les sourcils.
GEORGET
Tout est ici.
CLENORD, à son miroir.
Je crois , Dieu me pardonne , que les rides commencent à sillonner mon visage... oui... j'ai la pated'oie / Allons , il faut que l'art caclic les ravages de la nature. ( // se met du hlanc et du rouge. ) Je suis mieux , n'est-ce pas ? ( // sliahille on continuant de parler à Georgel. ) Que fait ma fille H
GEORGE T
Elle est clans lo petit saloa avec M. Eugène.
CLÉNORD.
Fort bien. Ils s'instruisent mutuellement.
GEORGET
Non, monsieur, ils se disputent liahituellement.
CLÉNORD.
C'est bon, nous leur proiWerons rfue l'on sait tout ce qui peut séparer ou réunir les deux sexes 5 avant la fin du jour tu verras mon petit stratagème. Cette bonne dame Saint-Remi n'est pas encore venue ?
Son fils l'accompagnait 5 elle se promène dans le jardin.
CLÉNORD.
Donne-moi mes odeurs. {Il se parfume^ et jette de son flacon sur Georget.)
Maintenant que ma toilette est faite, et que fe suis prêt à recevoir les dames , tu peux faire entrer dans mon salon. Cours chercher madame Saint-E,emi.
GEORGET
Monsieur, la voici..
i36 LE VIEUX