SCÈNE III
CLÉNORD, MADAME SAINT-REMI
CLÉNORD.
Hé bien ! belle dame , toute aimable , êtes-vous un peu revenue de l'agitation d'hier au soir?
MADAME SAINT-REMI, avec le ton d'une prude.
Ne parlons plus de (gâa , je vous en prie , jamais... jamais....
CLÉNORD.
Toujours toujours à vos ordi^es , délicieuse
femme ! . . .
MADAME SAINT-REMI
Qu'il est aimable !
Ah!
MADAME SAINT-REMI
Galant.
CLÉNORD.
Eh!
MADAME SAINT KEMI.
Gracieux.
CLÉNORD.
Oh!
COQUET. i37
MADAME SAINT-REMI
Vous donnez chaque jour des preuves de votre galauiex'ie.
CLÉNORD.
C'est un devoir auprès des autres , c'est un plaisir auprès de vous.... bijou. .
MADAME SAINT-REMI
Ah! vous allez recommencer encore.
CLÉNORD.
Oui , trésor.
MADAME SAINT-REMI
Je viens de faire un tour au jardin , et , dans les changemens que vous avez faits , soil^dans la plantation de vos arbres , soit dans le choix de vos fleurs..., j'ai remarqué que vous n'aviez point oublié mes goûts.
Tous vos goûts sont gravés là. ( // montre son cœur. ) Par exemple , les narcisses vous déplaisent , je les ai fait arracher.
MADAME SAINT-REMI
C'est trop de bonté.
CLÉNORD.
Puisque cette fleur a le malheur de ne point vous
i38 LE VIEUX
paraître agréable , qu'elle s'exile de mou jardin ! maîi» dites-moi la raison qui vous la fait haïr ?
MADAME SAINT-REMI
Toutes les fois que je vois un narcisse , je me rappelle le sort de ce beau jeune homme , qui fut assez malheureux pour n'aimer que lui-même.
CLÉNORD.
En vérité , madame , vous êtes trop bonne : re ÎNarcisse ne mérite pas vos regrets. C'était un fat.
Air du pas de charge.
Amant de ses propres attraits ,
Ce fat doit vous déplaire ;
Sans doute il n'était pas Français,
N'était pas militaire;
Un sot peut seul cire jaloux
De s^ propre conquête :
Mesdames , ce n'est que pour vous
Qu'on doit perdre la tête.
MADAME SAINT REMI Charmant....
CLÉNORD.
Avez-vous remarqué mon berceau de chèvrefeuille et cette allée solitaire consacrée à la muse Erato ? Comment la trouvez-vous ?
MADAME SAINT-RÉMI
Pélicieuse..., romantique.».
COQUET. i39
CLÉNORD.
Elle so nomme Tallée des souvenirs. Ah! madame Saiut-Rcmi I... (Georget parait dans le fond. )
Air : Souven
ez-vous-en.
Vous souvenez-vous du joui- Oîi je vous parlai d'amour ?
Je mis à votre corset Un gentil bouquet.
Tous étiez encor enfant.
GEORGET, à part.
Il se souvient de long-temps.
CLÉNORD.
Qu'est-ce donc , Georget ?